La transparence des prix alimentaires, un enjeu politique de part et d’autre de l’Atlantique
L’Union européenne (UE) s’est engagée à prendre des mesures pour renforcer la transparence des tarifs des aliments, et le Parti démocrate aux États-Unis semble également avoir fait du contrôle des prix l'un des ses chevaux de bataille, afin de lutter contre l'inflation.
L’Union européenne (UE) s’est engagée à prendre des mesures pour renforcer la transparence des tarifs des aliments, et le Parti démocrate aux États-Unis semble également avoir fait du contrôle des prix l’un des ses chevaux de bataille afin de lutter contre l’inflation.
« Je m’emploierai à faire adopter la toute première interdiction fédérale des hausses abusives sur les prix des denrées alimentaires », clamait la candidate démocrate Kamala Harris, lors de son premier discours de campagne en Caroline du Nord, vendredi 16 août.
La lutte contre l’inflation est un thème central de la campagne présidentielle aux États-Unis, et en particulier l’inflation des produits alimentaires, bien que celle-ci soit revenue à un taux presque « normal » de 2,9 % en juillet 2024.
Le reflux est encore plus important en Europe — l’inflation était de 1,3 % en juillet 2024 —, mais de part et d’autre de l’Atlantique, « le niveau général des prix reste élevé par rapport à ce qu’il était il y a trois ans », précise pour Euractiv Joseph Glauber, chercheur à l’International Food Policy Research Institute (IFPRI).
Opacité dans la fixation des prix
L’inflation alimentaire trouve son origine dans la perturbation des chaînes d’approvisionnements causée par la Covid, mais aussi par la flambée des prix de l’énergie à l’été 2022 suite à l’invasion russe en Ukraine.
Cependant, selon Tassos Haniotis, ancien directeur de la stratégie et de l’analyse des politiques à la direction générale de l’Agriculture et du Développement rural de la Commission européenne, ces facteurs « ne semblent pas expliquer le niveau de changement et la persistance de prix élevés, notamment parce que la transparence reste plus un souhait qu’une réalité dans les chaînes alimentaires ».
« De part et d’autre de l’Atlantique, on s’inquiète du fait que certaines entreprises aient pu profiter du contexte inflationniste pour majorer leurs prix bien plus que l’augmentation des coûts de production, afin d’accroître leurs marges », confie également à Euractiv le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).
Cette opacité dans la fixation des prix avait été dénoncée par les agriculteurs européens lors des manifestations de l’hiver 2023-2024, si bien que la Commission européenne avait annoncé en mars dernier la création d’un observatoire pour suivre les pratiques commerciales et les hausses de prix.
« Sans une réelle transparence, il sera impossible de comprendre clairement les causes profondes de ces évolutions tarifaires, et le soupçon que ces hausses sont indépendantes de l’évolution des prix des matières premières et des tensions géopolitiques subsistera », ajoute Tassos Haniotis.
Concentration du marché
Pour ce dernier, le marché européen est de plus en plus concentré en amont et en aval de la chaîne de valeur alimentaire : moins de dix acteurs sont responsables de 50 % de la production agro-alimentaire.
Cette concentration du marché dans les mains « d’un petit nombre de grandes entreprises », comme l’avait reconnu la Commission, se vérifie également aux États-Unis. Dans son programme, le Parti démocrate demande ainsi aux régulateurs fédéraux de se pencher sur « les fusions et acquisitions qui ont eu lieu depuis l’entrée en fonction du président [Donald] Trump ».
« Et en dernier recours, les régulateurs devraient envisager de démanteler certaines entreprises s’ils constatent qu’elles utilisent leur pouvoir sur le marché pour se livrer à des activités anticoncurrentielles », poursuit le parti.
« Nous aiderons l’industrie alimentaire à devenir plus compétitive, car je pense que la concurrence est le moteur de notre économie. Plus de concurrence signifie des prix plus bas pour vous et vos familles », a annoncé la vice-présidente de la Maison-Blanche lors de son discours, prévoyant de « nouvelles pénalités » pour les entreprises « qui exploitent les crises et enfreignent les règles ».
Contrôle des prix pour les agriculteurs dans l’UE
Pour l’UE, la transparence et le contrôle des prix au sein de la chaîne de valeur alimentaire visent moins à combattre l’inflation pour les consommateurs — jugulée par des baisses d’impôts, des aides d’État — qu’à aider les agriculteurs à améliorer leurs revenus, en leur donnant plus de pouvoir de négociation face aux entreprises.
La Commission a d’ailleurs récemment annoncé un renforcement de la directive sur les pratiques commerciales déloyales (PCD) pour garantir son application transfrontalière.
Le 1er février 2024, le président français Emmanuel Macron avait même demandé à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, une loi européenne permettant de fixer les prix des matières premières sur la base des coûts de production, lors des négociations commerciales.
Une problématique moins présente aux États-Unis, un pays qui compte un peu plus de deux millions d’exploitations agricoles — cinq fois moins que l’UE — et de taille dix fois supérieure à la moyenne des exploitations européennes. Les producteurs peuvent donc plus facilement peser dans les négociations.
Mesure critiquée
Les opposants ont rapidement fustigé la volonté de Kamala Harris de contrôler les prix des denrées alimentaires, une mesure qui entrainerait des pénuries en raison de l’augmentation de la demande et de la baisse de l’offre.
Ce scénario s’était produit en Hongrie en 2021. Le Premier ministre Viktor Orbán avait plafonné les prix sur les produits alimentaires, ce qui avait engendré des pénuries et une inflation sur d’autres produits.
« Les États-Unis ne seront pas en mesure de contrôler les prix des denrées alimentaires. Ils ont essayé cette approche dans les années 1970, sans succès. Les contrôles des prix mis en place sous les administrations Nixon et Ford ont été largement inefficaces », prévient Joseph Glauber.
Lors de la convention du parti démocrate le lundi 19 août à Chicago, cette mesure n’a pas été évoquée par la vice-présidente.