Le FDP allemand redéfinit les équilibres au sein du groupe Renew fragmenté

Ces cinq dernières années, le Parti libéral démocrate allemand (FDP) a été le chef de file d’une minorité rebelle au sein du groupe Renew Europe au Parlement européen, mais au cours de la législature 2024-2029, ils pourraient exercer une plus grande influence sur la direction du groupe fragmenté.

Euractiv.com
Strack-Zimmermann and Valérie Hayer
Marie-Agnes Strack-Zimmermann (FDP) et Valérie Hayer, présidente de Renew [[Photo d'illustration par Esther Snippe pour Euractiv. Photos par EPA et Shutterstock].]

Ces cinq dernières années, le Parti libéral démocrate allemand (FDP) a été le chef de file d’une minorité rebelle au sein du groupe Renew Europe au Parlement européen, mais au cours de la législature 2024-2029, ils pourraient exercer une plus grande influence sur la direction du groupe fragmenté.

Lors de la précédente législature 2019-2024, le groupe libéral hétérogène Renew était en proie à des divisions, en particulier sur les questions environnementales, avec le FDP. En effet, le Parti libéral démocrate allemand est à la tête d’une minorité de droite dont les votes entraient fréquemment en conflit avec la majorité dominée par les Français du parti du président Emmanuel Macron.

La nouvelle présidente de la délégation du FDP, Marie-Agnes Strack-Zimmermann, semble en bonne voie pour perpétuer cette tradition. Alors que Renew et une large alliance centriste ont soutenu Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, PPE) lors de son vote d’investiture à la présidence de la Commission, le FDP a été l’une des quatre délégations de Renew à voter contre elle.

D’après des experts, avec la perspective des élections nationales en Allemagne l’année prochaine, il est peu probable que le comportement de vote du FDP change, mais cela pourrait maintenant avoir plus d’influence sur la direction de Renew face à des majorités remaniées.

« La dynamique a bien sûr changé ; les Français ont toujours beaucoup d’influence ici, mais moins qu’avant », a déclaré une source de Renew à Euractiv.

Les élections européennes de juin ont vu l’effondrement de la liste française Ensemble d’Emmanuel Macron, membre de Renew. Perdant dix sièges au total, les Français sont passés de plus d’un cinquième des législateurs du groupe à seulement 15 % (13 eurodéputés). Ils restent cependant la plus grande délégation nationale du groupe libéral.

Alors que Renew perd du terrain au Parlement européen et que la fragmentation s’accentue, le FDP figure parmi les principaux gagnants de la situation. Tout en conservant ses cinq sièges, le parti est passé de la quatrième à la deuxième plus grande délégation nationale au sein du groupe, une place partagée avec la Slovaquie progressiste (PS).

Changements de dynamique

La nouvelle dynamique libérale est apparue dès les élections européennes de juin lorsque l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE), la famille de partis européens du FDP, a failli renverser la présidente de groupe parlementaire, la Française Valérie Hayer. Les membres de l’ALDE ont longtemps constitué l’épine dorsale de Renew.

Le FDP s’est ensuite rebellé, aux côtés de Slovaquie progressiste et du parti néerlandais Démocrates 66, en s’opposant au remplaçant favori de l’ALDE à la présidence de Renew, le Portugais João Cotrim de Figueiredo (Initiative libérale, IL), qui n’a finalement pas obtenu le soutien nécessaire.

La délégation a envisagé de désigner Marie-Agnes Strack-Zimmermann à la place, mais a ensuite récupéré la présidence de la sous-commission parlementaire de la Sécurité et de la Défense (SEDE) des mains de la Française Nathalie Loiseau (Renew). Il s’agit de l’un des trois sièges que le FDP a obtenu pour ses cinq eurodéputés au sein d’un groupe parlementaire.

Le FDP a par ailleurs voté contre la réélection d’Ursula von der Leyen et a été rejointe par l’autre membre allemand de Renew, le groupe libéral-conservateur des Électeurs libres (Freie Wähler, FW) et ses 3 eurodéputés.

Avec huit eurodéputés en tout, les deux partis allemands ne sont plus qu’à cinq sièges des Français. Et s’ils s’associent et se coordonnent avec le Venstre danois (2 sièges) et le Parti populaire néerlandais pour la liberté et la démocratie (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, VVD, 4 eurodéputés) — qui faisaient partie de la minorité anti-régulation de l’Europe du Nord lors de la dernière législature — ils peuvent même dépasser les Français.

La coopération entre le FDP et FW est plausible, notamment l’opposition commune au Pacte vert (Green Deal) d’Ursula von der Leyen. « Nous avons une position allemande, que nous coordonnons et représentons naturellement [au sein de Renew] », avait confié l’eurodéputée FW Ulrike Müller à Euractiv lors de la dernière législature.

Incertitudes en Allemagne

Les experts ont vu des motivations nationales derrière le vote contre la présidente de la Commission, et le schéma de vote du FDP ne devrait pas faiblir, en particulier pour s’opposer au PPE.

Les membres allemands du PPE de centre droit, l’Union chrétienne démocrate d’Allemagne (Christlich Demokratische Union Deutschlands, CDU) d’Ursula von der Leyen et son pendant bavarois, l’Union chrétienne-démocrate de Bavière (Christlich-Soziale Union in Bayern, CSU), pourraient remplacer le gouvernement de coalition composé du Parti social-démocrate (SPD), du FDP et des Verts, lors des élections fédérales de l’année prochaine.

« Le FDP semble plus préoccupé par l’amélioration de son image et sa prise de distance avec le […] Green Deal avant les élections fédérales de l’année prochaine, mais aussi par la caractérisation de la CDU/CSU comme un adversaire politique et l’amélioration de son image par rapport à elle », a analysé Luise Quaritsch, experte en politique européenne au Centre Jacques Delors, pour Euractiv.

La pression s’accroît sur le FDP pour qu’il améliore son image, en témoigne sa position dans les sondages actuels. Le parti pourrait ne pas obtenir de sièges à l’assemblée lors des élections régionales en Allemagne de l’Est en septembre, et échouer lors des élections fédérales.

« Le FDP semble donc se concentrer à nouveau sur un rôle d’outsider », a ajouté l’experte.

La délégation du FDP n’était pas joignable pour commenter la situation.

Plus d’égalité, plus de fraternité

Les scissions qui en résultent sont une épine dans le pied de Renew, étant donné les majorités internes non concluantes. Les conséquences pourraient aller des blocages et de l’instabilité — en particulier si le bloc ALDE est divisé comme dans le cas du vote sur João Cotrim de Figueiredo — à une perte de pouvoir de négociation et à l’exploitation des divisions par d’autres groupes.

Les Français semblent donc vouloir intégrer le FDP : « c’est à nous de faire fonctionner l’axe franco-allemand, même si nous ne sommes pas exactement sur la même longueur d’onde […] », a indiqué l’eurodéputée française Renew, Stéphanie Yon-Courtin, à Euractiv.

Cela n’est pas passé inaperçu : une source de Renew a observé que la dynamique avait changé « pour le mieux ».

« Les Français parlent désormais anglais lors des réunions de groupe, un exemple qui montre qu’ils sont plus disposés à coopérer au sein du groupe et à ne pas le diriger à la française », a-t-elle expliqué à Euractiv.

 Magnus Lund Nielsen et Laurent Geslin ont contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Anna Martino]