Le Green Brief : la COP28 (déjà) condamnée à l'échec ?

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Alors que les gouvernements et les militants européens se sont montrés désemparés par les résultats de la COP27, ils risquent d’être encore plus déçus lors du sommet des Nations unies sur le climat qui se tiendra à Dubaï l’année prochaine. La diplomatie climatique internationale peut-elle survivre à deux mauvaises COP d’affilée  ?

Organisée dans la station balnéaire égyptienne de Charm El-Cheikh climatisée à des températures polaires pour l’occasion, la COP27 a été considérée comme catastrophique pour une multitude de raisons.

Pour commencer, l’état des droits de l’homme en Égypte a éclipsé la conférence à plusieurs reprises. De plus, l’accord de dernière minute sur la création d’un nouveau fonds d’indemnisation des catastrophes climatiques n’a guère contribué à effacer les faiblesses mises en évidence en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre — la principale raison pour laquelle les COP ont été mises en place.

Certes, la conférence de cette année restera dans les mémoires pour avoir abouti à un accord historique sur la justice climatique et pour avoir lancé des discussions nécessaires à la création d’un fonds de compensation pour les « pertes et dommages » provoqués par le changement climatique.

Mais pour les pays du Sud, il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a sans doute trouvé les mots justes pour en résumer les raisons :

« Un fonds pour les pertes et dommages est essentiel — mais ce n’est pas une réponse si la crise climatique raye de la carte un petit État insulaire — ou transforme un pays africain entier en désert. Le monde a encore besoin d’un pas de géant en matière d’ambition climatique. »

Selon de nombreux observateurs, la présidence égyptienne est en grande partie responsable de cette situation.

Présider une COP, c’est un peu comme diriger un orchestre. Les présidences sont supposées agir comme des courtiers honnêtes, dirigeant le travail préparatoire en amont des deux semaines de réunions. Un an de travail, pour un résultat retentissant.

Or, cette année, l’évènement organisé par l’Égypte a abouti à un résultat décevant. L’Arabie saoudite, superpuissance pétrolière et proche alliée du Caire, a joué un rôle clé pour empêcher la conférence de soutenir un engagement fort en faveur d’une limitation de l’augmentation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Il s’agit pourtant là du seul espoir dont dispose encore le monde pour éviter un changement climatique catastrophique.

Au terme de la réunion de deux semaines, la présidence a contraint les délégations à prendre des décisions sur des textes qu’elles seules pouvaient consulter, mais pas partager avec leur équipe. Selon les sources internes, les réunions préparatoires ont été relativement peu nombreuses.

Comme l’a souligné Simon Evans de Carbon Brief, la présidence égyptienne a retardé les négociations essentielles sur la « décision de couverture » jusqu’à ce que la COP soit presque terminée.

La question se pose de savoir si l’objectif n’était pas d’épuiser les négociateurs en leur imposant des heures supplémentaires. Le commissaire européen à l’Action climatique, Frans Timmermans, a admis qu’il n’avait pas dormi depuis plus de 24 heures à la fin du sommet.

La présidence égyptienne a également été critiquée pour ne pas avoir tenu compte du souhait de plusieurs pays de voir figurer l’objectif de réduction progressive des combustibles fossiles dans le texte définitif, a souligné Lola Vallejo, directrice du programme climatique de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), un think tank français sur le climat.

Certes, l’échec de cette COP ne doit pas être surestimé : la plupart des observateurs s’accordent à dire que les véritables enjeux de l’action climatique se situent en dehors des réunions annuelles de l’ONU.

Mais le climat peut-il être préservé sans les COP  ? Peut-il être épargné sans ces points névralgiques d’activité, où se côtoient militants et dirigeants du monde entier et où des mois de réunions préparatoires aboutissent à des échanges en personne  ?

Quoi qu’il en soit, la COP28 de l’année prochaine s’annonce déjà riche en déceptions.

Si les militants se sont plaints de l’Égypte, que diront-ils des Émirats arabes unis, l’un des plus grands exportateurs de pétrole au monde et pays hôte du sommet climatique de l’ONU l’année prochaine ? Selon le journal The Guardian, sur les 636 lobbyistes spécialisés dans les combustibles fossiles inscrits cette année, 70 étaient associés à des sociétés pétrolières et gazières des Émirats arabes unis.

En Europe, les gouvernements désabusés tentent déjà de planifier le sauvetage des futurs pots cassés.

Mme Vallejo, de l’IDDRI, a souligné que « l’intérêt économique des Émirats arabes unis réside, pour le moins, dans le maintien du pétrole et du gaz comme éléments de la solution ».

Les COP ont-elles touché le fond, ou peuvent-elles encore sombrer davantage  ? La réponse à cette question dans un an, en terre aride.

Nikolaus J. Kurmayer


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


L’actualité en bref

La présidence tchèque de l’UE propose un compromis sur le gaz et les énergies renouvelables. En amont d’une réunion extraordinaire des ministres de l’Énergie de l’UE jeudi (24 novembre), la présidence tchèque de l’UE a fait circuler des textes de compromis mis à jour dans l’espoir de trouver un terrain d’entente sur deux propositions législatives.

Les ministres tenteront de trouver un accord sur les propositions de l’UE visant à maîtriser les prix du gaz, ainsi que sur les règles d’autorisation d’urgence destinées à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, qui ont été critiquées comme « stupides » par le secteur de l’énergie éolienne et solaire, dans la mesure où elles ne couvrent que les « nouveaux » projets et non les projets existants.

Les textes de compromis sont datés du 17 novembre et ne seront peut-être pas la dernière version présentée aux ministres lors de leur réunion de demain. Nous avons néanmoins estimé que leur lecture pourrait vous intéresser. Vous pouvez les télécharger ici et ici.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com).

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Marché carbone : l’industrie du recyclage tire la sonnette d’alarme sur les quotas gratuits accordés aux grands producteurs d’acier. Alors que les responsables politiques de l’UE se préparaient à un nouveau cycle de négociations sur la réforme du marché du carbone et la taxe aux frontières proposées par l’UE cette semaine, ils ont reçu une lettre d’avertissement de la Confédération européenne des industries du recyclage (EuRIC).

« Nous vous écrivons au nom de plus de 5 500 industries, pour vous faire part de nos vives inquiétudes concernant les textes législatifs relatifs à la révision du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) et du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) », explique EuRIC dans cette lettre, signée conjointement avec Sandbag, un groupe de campagne climatique à but non lucratif.

Au cœur de leurs préoccupations se trouve une proposition visant à étendre le régime des quotas gratuits du marché carbone (SEQE) aux producteurs d’acier jusque dans les années 2030. Cette mesure, selon eux, « perpétuera les distorsions de concurrence » sur le marché unique de l’UE et compromettra la « capacité de l’Union à s’adapter à un monde à faible émission de carbone ».

En effet, certains produits, tels que l’acier, seront couverts par le MACF, mais pas les produits situés en amont qui sont utilisés pour les fabriquer, notamment le charbon métallurgique, le minerai fritté et les ferro-alliages, indique la lettre. Cela place les matériaux recyclés dans une position désavantageuse par rapport aux matières premières primaires, estime EuRIC. En outre, les allocations à titre gratuit du SEQE ne s’appliqueront qu’aux grands producteurs, est-il indiqué, et les petites entreprises comme les entreprises de recyclage représentées par EuRIC « souffriraient en conséquence d’une concurrence déloyale ».

« Les décideurs politiques ne devraient pas se contenter d’écouter une poignée de grandes parties prenantes », conclut EuRIC, qui exhorte les négociateurs à également prendre en compte le point de vue des PME. Téléchargez la lettre complète ici et le communiqué de presse ici.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com).

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L’UE et l’Ukraine renforcent leur coopération dans le domaine des matières premières. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et le Ukrainian Geological Survey ont signé un protocole d’accord le 17 novembre, dans le but d’améliorer la gestion des données géologiques en Ukraine.

En numérisant les données géologiques, y compris les documents et les cartes, le protocole d’accord contribuera à améliorer l’accès des investisseurs aux matières premières en Ukraine, et à favoriser la transparence, la réglementation et la gouvernance des ressources naturelles de l’Ukraine, a déclaré la Commission européenne dans un communiqué.

Maroš Šefčovič, le commissaire européen aux Relations interinstitutionnelles et à la Prospective, était présent lors de la cérémonie de signature. Il a déclaré : « Les matières premières, essentielles pour les économies vertes et numériques, sont présentes en abondance en Ukraine, qui détient des gisements d’une vingtaine de ces matières sur 30. En intégrant l’Ukraine dans les chaînes de valeur de l’UE, nous diversifierons nos approvisionnements, renforcerons notre base industrielle, tout en contribuant à la reconstruction de l’économie ukrainienne déchirée par la guerre. »

Le protocole d’accord se fonde sur un « partenariat stratégique » signé par l’UE et Kiev l’année dernière, qui vise à développer une chaîne de valeur complète pour l’extraction, le raffinage et le recyclage des minéraux en Ukraine afin d’approvisionner le marché européen des voitures électriques et des équipements numériques.

Les réserves ukrainiennes de titane représentent plus de 6 % de la production mondiale, et l’Ukraine possède l’une des plus grandes réserves de graphite naturel. Les réserves de cobalt, de scandium, de terres rares, de magnésium et de lithium sont également considérables, a indiqué M. Šefčovič.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com)

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La transition écologique pourrait contribuer à la réduction de l’inflation, selon un membre du conseil d’administration de la BCE. Une utilisation renforcée des énergies renouvelables ne se traduit pas nécessairement par une hausse des prix et peut en réalité contribuer à réduire l’inflation par rapport à une dépendance continue aux combustibles fossiles, a déclaré mercredi Fabio Panetta, membre du conseil d’administration de la Banque centrale européenne.

M. Panetta critiquait l’idée, défendue par certains économistes dont sa collègue Isabel Schnabel, selon laquelle l’adoption de sources d’énergie à faibles émissions pourrait initialement entraîner une hausse des coûts, en particulier au cours du processus de transition.

« La transition écologique ne doit pas nécessairement conduire à une inflation plus élevée à l’avenir », a déclaré M. Panetta. « Des politiques publiques appropriées qui compriment la demande de combustibles fossiles et stimulent la production de sources d’énergie renouvelables moins chères peuvent contribuer à contenir les pressions inflationnistes et même à réduire l’inflation par rapport à une situation contrefactuelle. »

Il a plaidé en faveur d’une baisse des taxes ou des subventions pour les énergies renouvelables et de l’inverse pour les combustibles fossiles.

La BCE est aux prises avec les taux d’inflation les plus élevés depuis des décennies, bien que cela ait surtout été stimulé par la hausse des coûts des sources d’énergie traditionnelles, telles que le gaz naturel, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

(EURACTIV.com avec Reuters)


Agenda

NOVEMBRE

  • 24 NOVEMBRE. Conseil de l’Énergie
  • 30 NOVEMBRE. Paquet économie circulaire 2 :
    • Proposition de règlement relatif à la justification des allégations environnementales au moyen des méthodes d’empreinte environnementale de produit/organisation (allégations vertes)
    • Cadre politique pour les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables
    • Révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pour renforcer les exigences essentielles en matière d’emballages et établir des mesures et des objectifs de prévention des déchets d’emballages au niveau de l’UE
    • Certification liée au retrait du carbone

DÉCEMBRE

  • 5—17 DÉCEMBRE. Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP15) à Montréal, Canada.
  • 15—16 DÉCEMBRE. Conseil européen.
  • 19 DÉCEMBRE. Conseil «  Transports, Télécommunications et Énergie  » (Énergie).
  • 20 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement ».

JANVIER

  • 1 JANVIER. La Suède prend la présidence du Conseil de l’UE.
  • Q1 2023. La Commission européenne présentera une proposition de réforme du marché européen de l’électricité.
  • 23—24 MARS. Conseil européen.
  • Q3 2023. La Commission européenne présentera une proposition de banque de l’hydrogène.
  • Q3 2023. La Commission européenne présentera une proposition sur l’écologisation des flottes d’entreprises.
  • 29—30 JUIN. Conseil européen.