Le Green Brief : la restauration de la nature en Europe, une mise « en pratique » taboue

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La restauration de la nature et l’inversion de la perte de biodiversité sont des éléments essentiels du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal). L’UE s’est engagée à protéger 30 % des terres et des mers d’ici à 2030.

Toutefois, les modalités de cette démarche sont très controversées.

Il est irréfutable qu’il faille faire quelque chose pour sauver la nature en Europe : 81 % des habitats sont en mauvais état et 1 677 espèces européennes sont menacées d’extinction. L’activité humaine — notamment l’agriculture intensive, l’urbanisation et les activités de loisirs, la sylviculture et la pollution — en est l’une des principales causes.

Cependant, il faudra marcher sur de nombreuses plates-bandes pour inverser le déclin. La politique environnementale est toujours complexe à Bruxelles en raison des différences majeures entre les écosystèmes à travers l’Europe. De plus, certains secteurs, comme la sylviculture et l’agriculture, sont profondément ancrés dans les identités nationales.

Le plan de la Commission européenne visant à redonner vie aux écosystèmes, le règlement sur la restauration de la nature, a réussi à se frotter à presque tous les domaines, de l’agriculture, la pêche et la sylviculture au logement et à la production d’énergie renouvelable.

Les avis sur ce règlement vont du scepticisme à l’opposition pure et simple, bien que quelques partisans le soutiennent fidèlement. La restauration de la nature bénéficie d’un large soutien « de principe », mais il reste à savoir comment le traduire « en pratique », un sujet qui reste tabou.

Frans Timmermans, le responsable de la politique climatique de l’UE, avait lancé un avertissement à ce sujet en décembre, en déclarant aux ministres de l’UE que « nous devons veiller à ce que [le soutien] “de principe” ne devienne pas un moyen de rejeter les objectifs concrets ultimes que nous devrons atteindre ».

La proposition est sur le fil du rasoir après avoir été rejetée par les commissions de l’agriculture et du développement rural (AGRI) et de la pêche (PECH) du Parlement européen en mai. Elle risque maintenant de se retrouver coincée dans les méandres de la procédure législative européenne si elle est rejetée par la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) le 15 juin.

D’ores et déjà, la force motrice qui s’oppose à la proposition, le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, semble prête à enfoncer le clou. Le rejet confirme qu’il y a un « énorme problème » avec la proposition de la Commission, a confié à EURACTIV Christine Schneider, la députée du groupe chargée des négociations au sein de la commission ENVI.

« Au PPE, nous avons travaillé dur pour améliorer la proposition de la Commission et pour trouver des compromis au sein de la commission compétente ENVI […] et je suis toujours en train de négocier. Des centaines d’amendements ont été déposés par le PPE, ce qui montre à quel point nous avons pris [cette proposition] au sérieux. Néanmoins, il est difficile de construire quelque chose de solide sur des fondations trop fragiles », a-t-elle déclaré.

D’autres groupes se montrent plus positifs, les principaux députés du parti centriste Renew Europe, de la Gauche et des Verts ayant indiqué à EURACTIV qu’ils ne voulaient pas voir la proposition rejetée.

« Tout rejet du règlement sur la restauration de la nature constitue une attaque directe contre les droits des citoyens européens à une nature vivable et exempte de produits toxiques ainsi qu’à la préservation des moyens de subsistance des personnes. La survie des espèces, y compris la nôtre, ne doit pas être sacrifiée sur l’autel d’une campagne politique à courte vue », a affirmé Jutta Paulus, membre du groupe des Verts.

De son côté, la députée Maria Soraya Rodríguez Ramos (Renew) a déclaré que ce rejet était inquiétant, mais pas surprenant et qu’elle était convaincue que la proposition serait adoptée par la commission ENVI du Parlement.

Les pays de l’UE, quant à eux, s’efforcent de trouver une approche commune avant la réunion des ministres de l’Environnement du 20 juin. Ils rencontrent également des problèmes avec le règlement, notamment en ce qui concerne les coûts administratifs, la manière de partager l’espace avec les secteurs des logements et des énergies renouvelables et les modalités de mise en œuvre dans les endroits où les autorités locales ont leur mot à dire, comme pour ce qui est de l’aménagement urbain.

Cependant, plusieurs sources diplomatiques ont expliqué à EURACTIV que les gouvernements de l’UE adoptaient une approche « constructive » et travaillaient à la résolution des problèmes dans le but d’approuver le règlement en juin.

D’ici là, tous les regards seront tournés vers la commission ENVI afin de découvrir si elle parvient à négocier et à contourner ces problèmes. Toutefois, tant que l’Europe ne se décidera pas à prendre des mesures concrètes, sa nature continuera à décliner et, un jour, une solution ne sera peut-être même plus sur la table.

— Kira Taylor


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


L’actualité en bref

Le règlement européen concernant les transferts de déchets est fin prêt pour des négociations finales. Le Conseil de l’Union européenne, qui représente les 27 États membres de l’Union, a approuvé mercredi (24 mai) son mandat de négociation afin d’entamer des discussions avec le Parlement européen sur une proposition visant à mettre à jour la législation de l’UE sur les transferts transfrontaliers de déchets.

« Nous ne pouvons pas continuer à exporter nos problèmes liés aux déchets. Ce règlement nous permettra de mieux veiller à ce que les déchets que nous expédions à l’étranger ne nuisent pas à la santé et à l’environnement », a déclaré Romina Pourmokhtari, ministre suédoise du Climat et de l’Environnement, dont le pays assure actuellement la présidence tournante de l’UE. Plus de détails ici. (Frédéric Simon | EURACTIV.com)


Agenda

JUIN

  • JUIN. Vote en plénière du Parlement européen sur la loi européenne sur la restauration de la nature.
  • 1ER JUIN. Trilogue sur le paquet gaz.
  • 3-11 JUIN. Semaine verte de l’UE.
  • 6 JUIN. Premier trilogue sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB).
  • 19 JUIN. Conseil « Énergie ».
  • 20-22 JUIN. Semaine européenne de l’énergie durable.
  • 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
  • 20 JUIN. Communication de la Commission sur le changement climatique, la dégradation de l’environnement, la sécurité et la défense.
  • 21 JUIN. Paquet pour un fret plus vert.
  • 29 et 30 JUIN. Conseil européen.
  • 30 JUIN. Date limite pour la mise à jour par les États membres européens de leurs plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) révisés.

JUILLET

  • 5 JUILLET. Présentation par la Commission du paquet « Alimentation et biodiversité », notamment de la législation sur la santé des sols et de la révision de la directive-cadre relative aux déchets (alimentaires et textiles).
  • 11 JUILLET. Présentation par la Commission du Paquet « Écologisation des transports ».

DEUXIÈME SEMESTRE 2023

  • Q4. Révision du règlement « Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques » (règlement REACH).
  • OCTOBRE. Vote en plénière du Parlement européen sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages.
  • 26 et 27 OCTOBRE. Conseil européen.
  • 30 NOVEMBRE—12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), Dubaï.
  • 14 et 15 DÉCEMBRE. Conseil européen.