Le problème russe de l’Occident
Plus de 100 diplomates russes ont été expulsés de 14 États membres, des États-Unis, du Canada et d’Ukraine. Un geste de solidarité avec le Royaume-Uni inédit depuis la chute de l’URSS. Un article de notre partenaire, Ouest-France.
Plus de 100 diplomates russes ont été expulsés de 14 États membres, des États-Unis, du Canada et d’Ukraine. Un geste de solidarité avec le Royaume-Uni inédit depuis la chute de l’URSS. Un article de notre partenaire, Ouest-France.
Depuis la mort de l’Union soviétique, en 1991, on n’avait pas vu un tel remue-ménage. Les États-Unis, le Canada, quatorze pays de l’Union européenne et l’Ukraine ont annoncé, hier, l’expulsion de plus d’une centaine de diplomates russes. En geste de solidarité avec le Royaume-Uni, confronté – avec l’affaire de l’empoisonnement d’un ancien espion russe, Sergueï Skripal -, à une attaque de nature chimique sur son sol.
Annoncée depuis quelques jours, la riposte occidentale, si l’on s’en tient au chiffre total, peut paraître massive. Elle dessine les contours d’un bloc occidental, structuré par l’Otan, résolu à faire cesser les diverses interférences russes à l’Ouest. Des incursions militaires à la guerre de l’information, en passant par la toile tissée par le Kremlin auprès des partis amis d’extrême droite, le nouveau parti de Moscou.
Cette riposte est aussi, pour Theresa May, la Première ministre britannique, un signal d’unité inespéré, alors que son pays se sent terriblement seul depuis un an et demi. Sa place stratégique n’est pas remise en cause par les errements du Brexit.
Des nuances, toutefois, s’imposent. À commencer par le nombre somme toute limité d’expulsions décidées par pays. Quatre pour la France, comme pour l’Allemagne et le Canada. Deux seulement pour l’Italie, qui pourrait avoir, pour la première fois, dans quelques semaines, un gouvernement plus à l’écoute de Poutine. Aucune pour la Grèce, Chypre et la Bulgarie. Aucune pour l’Autriche où le parti d’extrême droite, qui participe au gouvernement et dirige la diplomatie, est lié par un accord au parti du Kremlin, Russie unie.
Une voie étroite pour Macron
Plus important, l’Amérique de Trump est traversée par des courants contradictoires. Les interférences russes pendant la campagne électorale privent le président américain de toute marge de manœuvre. Il ne peut faire aucun pas en direction de Poutine sans se retrouver sous le poids du chantage à l’influence. Ce qui laisse aux faucons de l’administration américaine, de plus en plus dominants, une latitude certaine pour renouer avec de bonnes vieilles habitudes. En faisant le ménage et en réduisant le nombre d’espions, notamment dans certaines zones sensibles.
La réponse russe sera proportionnée. Cette crise diplomatique entérine ce que tout le monde pouvait déjà constater. Non coopérative à l’ONU, intrusive dans nos démocraties, la Russie mène une stratégie de puissance asymétrique qui continue à toiser principalement l’Amérique. Mais dont l’Europe est aussi une cible fondamentale.
Le président Macron espérait sortir de la position très atlantiste qui a caractérisé l’approche française durant les mandats d’Obama. En tissant pour cela, parallèlement aux sujets qui fâchent, de nouveaux liens dans les domaines économique et culturel. En exploitant quelques convergences, comme sur l’accord iranien ou l’anti-djihadisme. Mais la marge pour le faire se réduit de mois en mois.
L’affaire Skripal a non seulement terni l’occasion d’une rencontre au Salon du livre (dont la Russie était l’invitée), elle creuse un peu plus un nouveau fossé Est-Ouest. L’Occident reste un désir inassouvissable pour les autocrates russes, sous peine de devoir libéraliser. La Russie reste une tentation pour les patriotes des nations européennes, mais incompatible avec les valeurs démocratiques.
La contradiction est ancienne, le contexte l’est moins. Car ce jeu de miroir ne structure plus le monde comme au XXe siècle. Il le complique encore un peu plus.
