Les agriculteurs français redescendent dans la rue, sous le regard attentif de leurs voisins européens

Affectés par de multiples crises, les agriculteurs français reprennent le chemin des manifestations dans la ville de Toulouse, à l’endroit même ou ont démarré les protestations agricoles il y a près d’un an, avant que cela se propage dans les différents États de l’Union européenne.

Euractiv France
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Dans la nuit de mercredi à jeudi (16-17 octobre), les agriculteurs français convergeront vers Toulouse, dans le sud-ouest du pays pour une manifestation d’ampleur, à l’appel de la branche départementale de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes agriculteurs (JA). [Shutterstock/Vernerie Yann]

Affectés par de multiples crises, les agriculteurs français reprennent le chemin des manifestations dans la ville de Toulouse, à l’endroit même où ont démarré les protestations agricoles il y a près d’un an, avant la propagation de la grogne dans les différents États de l’Union européenne (UE).

Dans la nuit de mercredi à jeudi (16-17 octobre), les agriculteurs français convergeront vers Toulouse, dans le sud-ouest du pays pour une manifestation d’ampleur, à l’appel de la branche départementale de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes agriculteurs (JA).

Alors que les éleveurs subissent des crises sanitaires inédites et que les récoltes ont été affectées par des épisodes climatiques intenses — avec la plus mauvaise récolte de blé des 40 dernières années —, le monde agricole reproche au gouvernement de ne pas soutenir suffisamment le secteur.

Il accuse surtout les pouvoirs publics de n’avoir pas tenu l’ensemble des promesses faites en janvier par Gabriel Attal, alors Premier ministre, en particulier la mise en œuvre de la loi d’orientation agricole faisant de l’agriculture française un « domaine d’intérêt majeur » de la nation.

À cela s’ajoutent les retards de paiement des aides Politique agricole commune (PAC) ou encore l’augmentation des taxes foncières.

Même si la nouvelle ministre de l’Agriculture Annie Genevard s’est engagée à faire aboutir la loi lors du récent Sommet de l’élevage — le plus grand rassemblement des éleveurs en France — et que le Premier ministre Michel Barnier a annoncé une aide exceptionnelle de 75 millions d’euros aux éleveurs, les syndicats considèrent que cela ne va pas assez loin.

« La colère [des agriculteurs] n’est jamais partie car les engagements pris n’ont pas été tenus », a affirmé Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, mercredi matin sur TF1.

Vers un acte II des manifestations européennes ?

L’annonce d’une manifestation à Toulouse, terre d’élevage, est symbolique. Il y a près d’un an, la « ville rose » a accueilli la première manifestation d’ampleur le 22 novembre 2023, avant que le mouvement fasse tache d’huile en Allemagne, puis dans le reste de l’Europe.

Cinq semaines plus tard, en effet, les tracteurs se rassemblaient à Berlin et les agriculteurs d’Europe de l’Est bloquaient les frontières pour empêcher les importations de denrées alimentaires en provenance d’Ukraine.

Le mécontentement à ce sujet n’est pas encore totalement dissipé en Pologne et en Bulgarie, malgré les aides financières récemment octroyées par les gouvernements de ces pays pour faire retomber la tension. Les terribles inondations de la mi-septembre en Europe centrale ont en outre empiré la situation.

La tension est donc palpable en cette fin d’année 2024. Partout en Europe, les agriculteurs et les syndicats accusent les États de ne pas avoir pris la mesure de leur colère l’année dernière.

C’est particulièrement le cas en France, où les agriculteurs constatent l’accélération de l’accord entre l’UE et les pays du Mercosur, alors même que le président Emmanuel Macron et les gouvernements successifs s’y sont opposés à plusieurs reprises.

D’autre part, les élections des chambres d’agriculture en janvier 2025 suscitent une véritable surenchère des différents syndicats pour grossir leurs rangs, avec un duel féroce qui oppose les deux premiers syndicats français, la FNSEA et la Coordination rurale.

Mercredi matin, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a donné un mois à la ministre pour « agir, mettre des mesures concrètes ». « On prendra des décisions au mois de novembre », a-t-il averti.

Depuis plusieurs jours, la Coordination rurale prévient quant à elle que le mouvement ne fait que commencer.

Son slogan : « TIC-TAC ». Le compte à rebours a démarré pour le syndicat, près d’un an après avoir organisé le bocage des routes de la capitale.

[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]