Les séparatistes catalans exigent une loi d'amnistie comme condition préalable aux négociations avec Madrid

Une loi d’amnistie, la reconnaissance et le respect de la « légitimité démocratique » du mouvement indépendantiste catalan et la création d’un mécanisme de vérification des futurs accords politiques avec Madrid sont les conditions fixées par Carles Puigdemont.

/ / EFE avec EURACTIV.com
Catalan leader Carles Puigdemont Presser
M. Puigdemont a souligné qu’il s’agissait de « conditions préalables » qui aujourd’hui « n’existent pas » et qui, selon lui, « ne sont pas contraires à la Constitution (espagnole) de 1978 » [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Une loi d’amnistie, de reconnaissance et de respect de la « légitimité démocratique » du mouvement indépendantiste catalan et la création d’un mécanisme de vérification des futurs accords politiques avec Madrid sont les conditions fixées par le leader séparatiste Carles Puigdemont mardi (5 septembre) pour l’ouverture de négociations formelles visant à rétablir le Premier ministre espagnol par intérim Pedro Sánchez.

Lors d’une conférence de presse très médiatisée qui s’est tenue à Bruxelles et qui a été suivie de près à Madrid, M. Puigdemont, chef du parti indépendantiste de centre libéral Junts Per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne, JXCat), a souligné qu’il s’agissait de « conditions préalables » qui aujourd’hui « n’existent pas » et qui, selon lui, « ne sont pas contraires à la Constitution (espagnole) de 1978 », ce qui constitue un point final politique pour Madrid.

Le porte-parole du parti socialiste (PSOE/S&D) au Parlement, Patxi López, et la porte-parole du gouvernement, Isabel Rodríguez, ont souligné que les conditions de M. Puigdemont sont — en principe — inacceptables pour l’exécutif européen.

« Nos positions (PSOE et JXCat) sont diamétralement opposées », ont-ils tous les deux souligné mardi, ont rapporté les médias espagnols.

L’ancien premier ministre socialiste Felipe González, une figure vénérée par les nostalgiques d’un PSOE différent du parti actuellement dirigé par M. Sánchez, a également vivement critiqué les conditions de M. Puigdemont.

« Ni l’amnistie ni l’autodétermination n’ont leur place dans la Constitution », a souligné M. González, a rapporté EFE, le partenaire d’EURACTIV.

La fin du « duopole » de la gauche et du centre libéral sur le séparatisme catalan ?

Ces deux mesures sont demandées par JXCat et la formation séparatiste catalane de gauche Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche républicaine de Catalogne, ERC), qui se disputent le monopole du mouvement indépendantiste catalan.

En Catalogne, la branche locale du PSOE (PSC) a remporté les élections générales anticipées du 23 juillet. La bataille politique entre les deux partis indépendantistes catalans sera rude. Les élections régionales sont prévues en 2024.

L’eurodéputé JxCAT a quant à lui demandé de cesser de « criminaliser » le « fait historique du 1-0 (octobre 2017) », a donné raison à la déclaration (illégale et unilatérale) d’indépendance de la Catalogne (2017), à la consultation publique du 9 novembre 2014 (sur l’indépendance de la Catalogne) et a critiqué l’arrêt de la Cour constitutionnelle espagnole en 2010 contre le statut catalan et celui de la Cour suprême qui a condamné les dirigeants indépendantistes en 2019 pour le référendum illégal de 2017.

« Il faut le faire pour réparer une injustice, pas pour l’oublier ou y mettre fin, ni, bien sûr, pour mettre les victimes de ces injustices sur un pied d’égalité avec leurs auteurs », a souligné M. Puigdemont.

Enfin, il a appelé à la création d’un mécanisme de vérification du suivi et du respect des futurs accords avec Madrid, car « le manque total de confiance entre les parties rend ce mécanisme indispensable et doit fonctionner dès le début des négociations ».

Pendant ce temps, M. Feijóo, qui a poursuivi mardi sa tournée de contacts pour tenter d’obtenir un soutien pour son investiture « vouée à l’échec », comme l’ont décrit les analystes, a rencontré le dirigeant de VOX, Santiago Abascal, avec lequel le PP gouverne dans plusieurs conseils municipaux et communautés autonomes.

Cependant, après avoir pris connaissance des conditions posées par M. Puigdemont, il a refusé de rencontrer JXCat, un parti avec lequel il était en principe disposé à dialoguer. Les conditions de M. Puigdemont sont inacceptables pour le PP, ont souligné des sources du parti.