Les pharmacies en ligne lancent une campagne pour inciter l’UE à passer au numérique
Le secteur des pharmacies en ligne s’organise à Bruxelles pour pousser la Commission européenne à autoriser l’accès en ligne aux médicaments sur ordonnance.
Le secteur des pharmacies en ligne s’organise à Bruxelles pour pousser la Commission européenne à autoriser l’accès en ligne aux médicaments sur ordonnance.
Pour faire entendre leur voix, une quinzaine d’organisations sectorielles, dont l’Alliance for Safe Online Pharmacies (ASOP EU), l’European Association of e-Pharmacies (EAEP) et l’European Health Management Association (EHMA), lanceront mardi 29 octobre leur Coalition for Online Ordering and Home Delivery of Medications (Coalition pour l’ordonnance et la livraison de médicaments à domicile, OnHOME).
En unissant leurs efforts, elles entendent encourager la Commission à proposer une solution qui inciterait les 19 États membres qui n’autorisent pas encore l’accès en ligne aux médicaments à modifier leur politique. Actuellement, seulement huit États membres, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, autorisent les « ordonnances électroniques » et la livraison de médicaments à domicile.
Le lobby des pharmacies en ligne veut donc influencer la révision en cours de la législation pharmaceutique de l’UE. Il propose un amendement à l’article 172 de la directive instituant un code communautaire relatif aux médicaments à usage humain, qui définit les exigences applicables à la vente à distance au public.
Selon les membres de OnHOME, cela permettrait d’éliminer les interdictions qui « ne sont pas fondées sur des preuves et ne répondent pas aux principes de nécessité et de proportionnalité ». Selon eux, cela encouragerait les États membres à autoriser la mise à disposition en ligne de médicaments délivrés sur ordonnance par des pharmacies agréées, conformément aux règles du marché unique — ce qui profiterait à tous les patients et citoyens européens.
Pour promouvoir leur cause, les membres du groupe prévoient également de mettre en avant les gains de temps que les services pharmaceutiques en ligne pourraient offrir, y compris les consultations à distance en temps réel, comme c’est déjà le cas en Suède.
Réduire l’écart entre les zones urbaines et rurales
Les défenseurs des pharmacies en ligne ont fait valoir qu’une étude réalisée par le cabinet de conseil Copenhagen Economics montre que les prescriptions en ligne et la livraison à domicile pourraient contribuer à atténuer l’écart entre les zones urbaines et les zones rurales, où les pharmacies sont moins nombreuses.
« L’accès aux soins de santé ne devrait pas dépendre du lieu de résidence du patient ou de sa capacité physique à se rendre dans une pharmacie. L’Alliance OnHOME s’engage à défendre un avenir où tous les citoyens européens auront un accès en ligne sûr, fiable et pratique aux médicaments dont ils ont besoin, quel que soit l’endroit où ils se trouvent », a déclaré Martino Canonico, directeur du bureau de l’EAEP à Bruxelles.
L’étude de Copenhagen Economics montre que l’accès en ligne aux médicaments améliore le respect des traitements en résolvant des problèmes, tels que les ruptures de stock, les oublis de renouvellement d’ordonnance et le gain de temps pour obtenir ou renouveler les ordonnances. Selon cette étude, le mauvais ou non-respect des traitements coûte aux États membres 125 milliards d’euros par an, et est lié à environ 200 000 décès.
Gain de temps vs risques en ligne
Alors que certains s’inquiètent des risques que peut poser la technologie numérique, notamment en raison des produits de contrefaçon qui peuvent être vendus en ligne, le secteur des pharmacies en ligne considère qu’il s’agit d’une question distincte.
Selon les responsables des pharmacies en ligne, l’UE dispose déjà d’une législation garantissant la sécurité des livraisons de médicaments en ligne, à savoir la directive de 2011 sur la prévention de l’introduction dans la chaîne d’approvisionnement légale de médicaments falsifiés. Cette directive a introduit des mesures de sécurité pour authentifier chaque emballage de médicaments sur ordonnance, à la fois en ligne et hors ligne, afin d’empêcher les contrefaçons d’atteindre les patients.
La directive exige également que toutes les pharmacies qui proposent des médicaments en ligne affichent un lien vers un registre national permettant aux patients d’identifier les pharmacies légitimes.
Il n’est toutefois pas certain que cela suffise à convaincre les détracteurs des pharmacies en ligne, puisque des rapports publiés par l’Agence fédérale belge des médicaments et des produits de santé estimaient en 2023 qu’entre 50 et 60 % des médicaments achetés en ligne via des sites illégaux étaient des contrefaçons ou des produits falsifiés.
En ce qui concerne les solutions numériques, les membres de la coalition soulignent également que le développement de l’accès en ligne aux services et aux médicaments pourrait être facilité par les futures réglementations européennes, telles que l’Espace européen des données de santé et le portefeuille d’identité numérique de l’UE (eID), qui établiront des normes et des infrastructures d’interopérabilité.
Discussions interinstitutionnelles
Pour défendre leurs intérêts, les membres de la coalition commencent à s’organiser et à approcher les acteurs influents à Bruxelles. À la Commission, ils prévoient de discuter avec la directrice générale de la DG SANTE, Sandra Gallina, et son homologue de la DG CONNECT, Roberto Viola.
Au Parlement européen, certains membres sont également réceptifs à l’approche préconisée par la nouvelle coalition, comme l’eurodéputé croate Tomislav Sokol (Parti populaire européen, PPE). Ce dernier participera à l’assemblée générale de l’OnHOME en novembre.
Des discussions sont également prévues avec l’ancien commissaire européen à la Santé et eurodéputé lituanien Vytenis Andriukaitis (Socialistes et Démocrates, S&D), qui prononcera le discours inaugural lors du lancement de la coalition le 29 octobre.
Au-delà de ces alliés potentiels, la décision reviendra finalement aux États membres, qui sont responsables des politiques de santé. La bataille s’annonce difficile, car plusieurs pays, dont la France, se sont montrés réticents à l’égard de cette question, notamment en raison des investissements considérables réalisés pour renforcer les infrastructures physiques à la suite de la pandémie de Covid-19.
[Édité par Anna Martino]