Les taxes sur l’électricité entretiennent la crise énergétique en Europe
Les taxes appliquées à l’électricité, comparables à celles prélevées sur le tabac ou l’alcool, empêchent l’Europe de sortir durablement de la crise énergétique.
Les prix de l’électricité pour les ménages européens restent à des niveaux critiques, en partie à cause de l’incapacité des gouvernements nationaux à s’attaquer au poids des taxes et redevances, qui constituent une part importante de la facture, selon des données publiées la semaine dernière par la Commission européenne.
Malgré un léger repli, les prix de l’électricité en Europe demeurent élevés. Facteur clé dans la transition vers les véhicules électriques et les pompes à chaleur, le coût moyen n’a baissé que de 0,5 % au premier semestre 2025 par rapport aux six mois précédents.
« Les prix restent bien supérieurs à ceux d’avant la crise énergétique de 2022 », reconnaît la Commission. En cause, non pas le soutien aux énergies renouvelables ni la dépendance aux centrales à gaz, mais bien la structure fiscale imposée par les États membres et les opérateurs de réseaux.
« La part des taxes et redevances dans les factures d’électricité est passée de 24,7 % au second semestre 2024 à 27,6 % au premier semestre 2025 », note l’exécutif européen.
Autrement dit, la baisse des prix de gros sur les marchés a été entièrement neutralisée par la hausse des prélèvements. Cette tendance alimente les inquiétudes : au lieu de soulager les consommateurs, la reprise du marché énergétique profite davantage aux budgets nationaux.
Un problème de longue date
Bruxelles exhorte depuis longtemps les États membres de l’UE à taxer l’électricité de manière plus rationnelle, au lieu d’imposer des prélèvements comparables aux taxes sur l’alcool et le tabac, qui relèvent des « droits d’accise ».
Mais Bruxelles n’a aucune compétence directe en matière fiscale, et les grandes économies européennes — l’Allemagne et la France en tête — continuent de tirer d’importantes recettes de ces taxes sur l’énergie.
Le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, l’a une nouvelle fois rappelé dans une lettre adressée aux dirigeants européens fin octobre : « Les taxes peuvent représenter jusqu’à un tiers de la facture énergétique. […] Les réduire fait une différence réelle et immédiate ».
Pourtant, peu de gouvernements semblent prêts à renoncer à cette source de revenus devenue essentielle dans un contexte budgétaire tendu.
Par exemple, en 2024, la taxation de la consommation d’électricité — payée principalement par les ménages — a rapporté 5,2 milliards d’euros à l’Allemagne. Une promesse de réduction de ces taxes, inscrite dans le programme électoral du gouvernement, a finalement été abandonnée, faute de marges budgétaires suffisantes.
En valeur absolue, ce sont les ménages allemands qui paient le plus cher leur électricité (environ 385 €/MWh), suivis des Belges (357 €) et des Danois (348 €).
Mais en tenant compte du pouvoir d’achat, les Tchèques sont les plus pénalisés (391 €), devant les Polonais (350 €) et les Italiens (344 €).