Les vignerons français bloquent les importations de vin à la frontière espagnole
Des centaines de vignerons français ont manifesté leur colère jeudi en bloquant un péage d’autoroute à la frontière espagnole. Ils demandent des soutiens économiques pour surmonter la concurrence des producteurs étrangers et une aide à l’arrachage des cultures.
Des centaines de vignerons français ont manifesté leur colère jeudi (19 octobre) en bloquant un péage d’autoroute à la frontière espagnole. Ils demandent au gouvernement des soutiens économiques pour surmonter la concurrence des producteurs étrangers, et à la Commission européenne un droit à l’arrachage des cultures.
Des vignerons de plusieurs départements du sud de la France ont convergé jeudi matin vers le péage du Boulou, sur l’autoroute A9, dans les Pyrénées-Orientales, à la frontière espagnole, pour exprimer leur colère et bloquer les camions en provenance de l’étranger.
Entre 300 et 400 professionnels du vin ont également déchargé brutalement deux camions, dont une cargaison espagnole qui contenait du champagne.
Un camion qui transporte du champagne espagnol est vidé sur l'A9 par les #vignerons en colère de l'aide et des PO pic.twitter.com/QfxuwVjQku
— France Bleu Roussillon (@bleuroussillon) October 19, 2023
Selon les manifestants, les produits à bas coûts, provenant généralement d’Espagne ou du Maroc, entraînent une concurrence déloyale vis-à-vis des exploitations viticoles du sud de la France, affectant le marché et la situation économique des exploitants.
« Entre la concurrence étrangère […], les réglementations qui nous sont imposées, et la sécheresse historique qui compromet nos vendanges cette année, on demande au ministre de l’Agriculture de nous sauver », a expliqué, jeudi, le président des Jeunes agriculteurs des Pyrénées-Orientales, Pierre Hylari, sur France Bleu.
À cette crise multifactorielle qui frappe de plein fouet le secteur s’ajoute la baisse des prix du vin, accentuée par l’augmentation des importations.
En 2022, la France a importé plus de 6,5 millions d’hectolitres de vin, dont 65 % provenant d’Espagne, souvent du vin en vrac, d’entrée de gamme. Les bouteilles espagnoles s’y vendent à peine un euro le litre, contre plus de 3 euros pour celles produites et vendues dans le sud de la France.
Demande d’arrachage du vignoble à l’UE
Frédéric Rouanet, président du syndicat des vignerons de l’Aude et porte-parole de la manifestation, réclame de la part du gouvernement un « Plan Marshall » de la viticulture pour sauver le secteur.
« Nous demandons des exonérations de charges, des aides à l’hectare, des aides bancaires, des possibilités d’irrigation, tout ce qu’il sera possible de faire pour nous sortir la tête de l’eau », partage le viticulteur à Euractiv.
Les exploitants venus des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) exigent également que les acheteurs cessent d’acheter du vin à des prix inférieurs à ce qu’ils étaient en 2020.
Quant à l’UE, elle doit accorder un arrachage temporaire des vignes pour baisser les volumes de production, selon Frédéric Rouanet, comme cela a été fait récemment dans le bordelais.
C’est en effet la Commission européenne qui notifie les aides d’État pour la restructuration des vignobles européens, et notamment l’arrachage des vignes.
« C’est une introduction à la guerre économique que nous avons menée aujourd’hui. Et ce n’est pas fini », conclut le syndicaliste de l’Aude, qui appelle avec ses collègues des autres départements à une nouvelle manifestation le 25 novembre prochain.