L’opposition espagnole prépare une « résistance » massive contre le « coup » Sánchez-Puidgemont
Les principaux partis d’opposition espagnols ont annoncé qu’ils préparaient des actions massives de « résistance civile » contre l’accord conclu entre le Parti socialiste espagnol et les séparatistes catalans.
Les principaux partis d’opposition espagnols ont annoncé jeudi (9 novembre) qu’ils préparaient des actions massives de « résistance civile » contre l’accord conclu entre le Parti socialiste espagnol (PSOE) et les séparatistes catalans (JxCat), qui comprend une loi d’amnistie controversée pour les personnes impliquées dans la tentative sécessionniste de la Catalogne en 2017.
Cette « résistance civile » a été annoncée lors d’une conférence de presse à Madrid par Alberto Núñez Feijóo, le chef de file de la principale force d’opposition de droite au parlement espagnol, le Partido Popular (PP/PPE).
En échange du soutien des séparatistes catalans pour être rétabli dans ses fonctions de Premier ministre, le Premier ministre par intérim et chef du parti socialiste (PSOE) Pedro Sánchez a cédé au « chantage » de la formation séparatiste catalane JxCat, a déclaré M. Núñez Feijóo lors de sa conférence de presse, a rapporté El Periódico de Catalunya.
L’accord « historique » annoncé jeudi matin entre le PSOE et JxCat, dirigé par l’ancien président de la région catalane Carles Puigdemont, en auto-exil à Bruxelles depuis les événements de 2017, est une « capitulation inconditionnelle » de Madrid devant les séparatistes a déploré M. Núñez Feijóo, arguant que M. Sánchez a cédé à toutes les exigences fixées par les séparatistes pour obtenir leur soutien dans une coalition de gouvernement.
La présidente de la région de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, future rivale de M. Núñez Feijóo à la tête du PP, a également tenu des propos très durs.
« Ils [le PSOE et JxCat] nous ont apporté une dictature par la petite porte, et nous n’en sommes qu’au début », a-t-elle déclaré à propos de l’accord récemment conclu.
La porte-parole du PSOE, Pilar Alegría, a répondu à ces commentaires en accusant le leader du PP de ne pas être en mesure de former une majorité gouvernementale malgré sa victoire aux élections générales anticipées du 23 juillet.
C’est maintenant au tour de M. Sánchez, a-t-elle ajouté. « La droite et l’extrême droite ne respectent pas la décision des urnes », a déclaré Mme Alegría, tout en accusant le chef du PP de « capituler devant l’extrême droite ».
M. Núñez Feijóo et Santiago Abascal, chef du parti d’extrême droite Vox, troisième force au Parlement, ont annoncé jeudi que des « actions protestataires » seraient coordonnées dans les régions et les municipalités où ils gouvernent en coalition, afin de s’opposer à « l’accord de la honte », comme l’a qualifié le chef du PP.
« Nous opposerons une résistance pacifique, mais ferme », a déclaré M. Abascal, avertissant qu’après l’accord entre le « faiseur de coup d’État » et le « dictateur » Pedro Sánchez, « une période noire s’ouvr[ait] dans l’histoire de l’Espagne ».
Peu après la signature de l’accord à Bruxelles, M. Puigdemont, qui bénéficierait d’une mesure de grâce extraordinaire lui permettant de retourner en Espagne sans crainte d’être arrêté, s’est présenté à une initiative conjointe des associations de journalistes internationaux à Bruxelles (Press Club) pour divulguer quelques détails du pacte.
Pedro Sánchez entre les mains de Carles Puigdemont ?
Selon le leader séparatiste, l’accord, qui doit garantir le second mandat de M. Sánchez et la stabilité de toute la nouvelle législature — y compris pour l’approbation du budget national — ouvre une « étape sans précédent » dans le pays.
Cependant, le leader de JxCat a conditionné la stabilité de la prochaine législature au « progrès » et au « respect » du pacte par le PSOE et la plateforme progressiste Sumar, l’autre parti partenaire de coalition de M. Sánchez.
« Nous entrons dans une phase sans précédent qu’il faut savoir exploiter […] qui dépendra de notre capacité à faire ce que nous avons convenu », a déclaré M. Puigdemont, que certains médias ultraconservateurs espagnols, dans un jeu sémantique sur le mot allemand « coup d’État » (« Putsch »), ont qualifié, de manière péjorative, de « Putschdemont ».
L’ancien président catalan a lancé jeudi une menace subtile et a indiqué que la stabilité du gouvernement dépendra d’une « négociation permanente » du pacte avec le PSOE, dans laquelle « les deux partis (PSOE et JxCat) sont honnêtes dans l’exposé de l’énorme distance [idéologique] » qui les sépare, étant donné que la formation séparatiste est un parti idéologiquement marqué à droite.
M. Puigdemont a déclaré qu’avec l’accord, « un chemin incertain et plein de difficultés s’ouvre » et a appelé à « résoudre » la crise politique catalane « en des termes différents » de ce qui a été fait jusqu’à présent, faisant référence à la confrontation et aux affrontements entre Madrid et la Catalogne qui se sont produits sous les gouvernements du PP, en particulier sous l’ancien Premier ministre Mariano Rajoy (PP), qui a dû gérer une crise politique extrêmement complexe dans la région en 2017.
Un médiateur international controversé
L’un des points les plus controversés de l’accord est l’acceptation par Pedro Sánchez d’un « médiateur international » chargé de vérifier et de contrôler le respect du pacte.
Selon M. Núñez Feijóo, la « capitulation » de M. Sánchez face à M. Puigdemont signifie qu’il accepte — implicitement — que la démocratie en Espagne est boiteuse et donne à la relation complexe entre l’État central espagnol et la région autonome (generalitat) de Catalogne un « aspect de conflit international ».
Prochaines étapes : un dernier accord est nécessaire
Outre l’approbation d’une loi d’amnistie pour les séparatistes catalans, l’accord négocié prévoit également l’annulation de 15 milliards d’euros de dette de la Catalogne envers l’État central espagnol et le transfert de la compétence sur le réseau de trains de banlieue catalans de Madrid au gouvernement régional, a rapporté EFE.
Comme le demandait JxCat, la loi d’amnistie couvre également les cas d’« utilisation stratégique des lois pour nuire aux dissidents ou aux rivaux politiques », comme l’a décrit M. Puigdemont.
Bien que la voie soit désormais libre pour l’investiture de M. Sánchez, le PSOE doit encore conclure un dernier accord parlementaire pour former une majorité (176 sièges sur 350) au Parlement.
Il doit conclure un pacte avec le Parti nationaliste basque (PNV), qui exige également des concessions en échange de son soutien et doit enregistrer la proposition de mesure de grâce extraordinaire au parlement.
La présidente du Parlement, Francina Armengol (PSOE/S&D), doit fixer une date de débat et de vote d’investiture avant le 27 novembre, dernier délai, faute de quoi de nouvelles élections seront organisées en janvier 2024.
Des sources proches du PSOE sont convaincues que le débat d’investiture de M. Sánchez pourra avoir lieu les 15 et 16 novembre.