L'UE fléchit face à la crise énergétique
Également dans l'édition de mercredi : la gaffe de VDL sur la Turquie, Erdogan, Chypre, les talibans, Israël, Várhelyi
LA PRÉSIDENCE DE LA CRISE : Les dirigeants de l’UE – ainsi que des journalistes de renom comme Nicoletta et Thomas – font leurs valises pour un sommet informel de deux jours à Chypre, qui débute jeudi. Mais dès leur arrivée, ils devront faire face à une crise énergétique, à la guerre en Iran et à la situation dans le détroit d’Ormuz – des crises dont ils ne sont pas responsables.
Pendant ce temps, les priorités stratégiques autoproclamées, de la réforme de l’élargissement à l’élaboration d’une politique cohérente vis-à-vis de la Chine, peinent à se faire entendre. Les négociations budgétaires à long terme, prévues vendredi, suscitent bien moins d’urgence et d’élan qu’António Costa ne le souhaiterait. Lisez notre article complet sur les dirigeants à la recherche d’une issue au cercle vicieux de la crise.
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 22 avril. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta en route pour Chypre.
À savoir :
🟢 La Commission s’apprête à faire une annonce majeure sur la crise énergétique
🟢 Le masque de Von der Leyen glisse avec ses propos sur la Turquie
🟢 Erdoğan ne participera pas au sommet de Chypre
L’Europe, vue de Bruxelles
C’est le jour de la crise énergétique. À Bruxelles, l’atmosphère est chargée de questions quant à savoir si la Commission européenne donnera suite aux recommandations les plus médiatisées qu’elle a présentées aux citoyens ces dernières semaines.
Dan Jørgensen, le commissaire européen à l’énergie, a apporté son soutien aux appels en faveur d’un recours accru au télétravail, de la fermeture des bâtiments publics et même de la limitation des déplacements professionnels en avion.
Mon collègue Nikolaus J. Kurmayer m’a confié que ces idées figuraient dans une première ébauche du plan « AccelerateEU », dans le cadre de la réponse à la perturbation des marchés provoquée par la guerre en Iran. Mais ces orientations résisteront-elles à la réalité lorsque la Commission les présentera plus tard dans la journée ?
Les premières indications suggèrent que, face à une crise énergétique historique, le premier réflexe de la Commission a été de prendre prudemment du recul.
« Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’intervenir dans la façon dont les gens vivent, travaillent et voyagent », a déclaré hier aux journalistes Apostolos Tzitzikostas, le commissaire chargé des transports.
Cette prudence est peut-être compréhensible. Après tout, les commissaires ne s’accordent même pas entre eux sur la gravité de la crise. Et proposer des changements dans les modes de déplacement des gens est politiquement risqué.
Donald Trump a annoncé hier soir qu’il prolongerait le cessez-le-feu de deux semaines supplémentaires, tout en ordonnant à l’armée américaine de poursuivre son blocus dans le détroit d’Ormuz, artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole.
Si la Commission finit par vider de leur substance ses propositions les plus marquantes, le résultat ressemblera moins à une gestion de crise décisive qu’à une série de maladresses de communication de plusieurs semaines.
Von der Leyen dit les choses telles qu’elles sont… puis fait marche arrière
« Ces derniers temps, l’Europe est trop souvent restée silencieuse », a déclaré Ursula von der Leyen au journal Die Zeit lors d’un événement marquant le 80e anniversaire de ce journal allemand dimanche dernier. Alors que la polémique s’amplifie autour de ses propos sur la Turquie tenus lors de ce même événement, elle regretterait peut-être de ne pas être restée silencieuse elle aussi.
« Nous devons réussir à unifier le continent européen afin qu’il ne soit pas influencé par la Russie, la Turquie ou la Chine. Nous devons penser à plus grande échelle et en termes géopolitiques », a-t-elle affirmé. Le fait de placer un allié clé de l’OTAN aux côtés de deux des principaux rivaux de l’UE – la Russie en tête – a provoqué l’indignation.
La rapporteure du Parlement européen sur la Turquie l’a vivement critiquée, et lors d’une conférence de presse mardi, un journaliste turc de l’agence de presse publique Anadolu lui a demandé ce qu’elle entendait exactement par là.
Chère lectrice, cher lecteur, pouvez-vous donner un sens à la réponse de Paula Pinho, porte-parole en chef de la Commission ? La voici dans son intégralité :
« En fait, la présidente a fait référence à la Turquie, comme vous le mentionnez à juste titre, et ce qui a été dit ici, c’est que la Turquie, précisément en tant que pays candidat, a également une responsabilité supplémentaire dans le voisinage et que nous ne contrôlons pas l’influence qu’elle exerce dans le voisinage ; donc, en ce sens, on attend également d’elle qu’elle agisse dans le voisinage, et dans ce cas précis, la référence concernait les Balkans occidentaux, conformément aux valeurs de l’UE ; c’était le contexte dans lequel la présidente a fait référence à la Turquie. D’autres questions ? » Non, je ne pense pas.
Il n’est donc guère surprenant que la Commission ait donné suite quelques heures plus tard par une nouvelle déclaration aux médias turcs, décrivant la Turquie comme un « partenaire important » et réaffirmant son statut de pays candidat.
Entretenir les perspectives d’adhésion de la Turquie à l’UE est depuis longtemps un exercice de fiction politique minutieux, et cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui, au milieu des tensions croissantes autour de Chypre. Mais on n’est pas vraiment censé le dire à voix haute, et certainement pas trois mois avant un sommet majeur de l’OTAN à Ankara. L’espace d’un instant, le masque de von der Leyen a glissé.
L’invitation d’Erdogan, c’est de l’histoire ancienne
Il aurait été pour le moins extraordinaire que Chypre invite Recep Tayyip Erdogan, l’homme fort de la Turquie, au sommet informel de l’UE de cette semaine. La Turquie ne reconnaît même pas Chypre.
C’est pourquoi cela a fait des vagues lorsque le président chypriote Nikos Christodoulides a lancé cette idée l’année dernière, avant la présidence chypriote de l’UE. « Tout comme nous inviterons tous les dirigeants, nous inviterons également le président turc », a-t-il déclaré. Il l’a répété pas plus tard qu’en novembre.
En fin de compte, cela ne s’est pas concrétisé. Marilena Raouna, la ministre chypriote des Affaires européennes, a invoqué de vagues « développements géopolitiques ».
La Suède mène les efforts de communication avec les talibans
Stockholm a confirmé qu’elle jouerait un rôle central pour faciliter la reprise des contacts avec les dirigeants talibans en Afghanistan, alors que Bruxelles intensifie ses efforts pour coordonner les retours des ressortissants afghans.
Lundi, Euractiv a été le premier à annoncer qu’une délégation talibane était attendue à Bruxelles dans les mois à venir pour des discussions sur les expulsions, à l’invitation de la Suède et de la Commission.
L’Italie et l’Allemagne bloquent toute avancée sur Israël
Une nouvelle tentative visant à suspendre l’accord d’association UE-Israël a échoué face à l’opposition de l’Allemagne et de l’Italie. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a indiqué mardi que la proposition avait été « définitivement mise de côté » en raison d’un manque de soutien.
L’Espagne, l’Irlande et la Slovénie ont remis la question sur la table, invoquant l’approbation de la peine de mort par Israël comme une violation des droits fondamentaux. Une initiative similaire l’année dernière visant à sanctionner certains ministres israéliens et à suspendre partiellement l’accord avait été bloquée par ces mêmes pays, ainsi que par la Hongrie.
Les libéraux soutiennent Várhelyi
Malgré les appels du Premier ministre élu Péter Magyar demandant aux personnes nommées par Orbán de se retirer, le commissaire hongrois à la santé de l’UE, Olivér Várhelyi, conserve le soutien de Bruxelles, y compris de certains détracteurs d’Orbán.
La députée européenne de Renew Europe, Stine Bosse, a salué son action. « Il a été rapide, il a été concis, il s’est rendu fréquemment à notre nouvelle commission [de la santé], il a écouté », a expliqué Bosse à Magnus Lund Nielsen d’Euractiv. « Il a réellement fait du bon travail en tant que commissaire. »
Bosse a également déclaré à Magnus que l’UE devrait réformer ses règles de vote avant de préciser sa clause de défense mutuelle naissante. Lire l’interview complète.
Kiev tempère les espoirs d’adhésion à la PAC
L’Ukraine pourrait devoir faire face à un long délai avant de pouvoir bénéficier des subventions agricoles de l’UE, même si elle rejoint l’Union dans l’année à venir, a averti le vice-Premier ministre Taras Kachka, suggérant que la pleine participation à la Politique agricole commune pourrait ne pas intervenir avant le cycle de 2034.
Il a ajouté que si les petits agriculteurs mériteraient d’être soutenus, certaines grandes entreprises agroalimentaires ukrainiennes pourraient choisir de se retirer complètement du programme pour éviter les contraintes réglementaires. Lire l’article complet de Sofia Sanchez Manzanaro.
Rond-point Schuman
PROMESSE DE MÉMOIRE : L’Estonie et la Lituanie se sont engagées à ériger un mémorial à Bruxelles en hommage aux victimes des régimes totalitaires.
LE GUARDIAN OFFRE UNE PROMOTION À UNE DÉPUTÉE EUROPÉENNE : Kathleen Van Brempt, une socialiste belge, a été présentée comme la « vice-présidente belge du Parlement européen » dans un article du Guardian consacré à Israël. Une nouvelle qui en surprendra plus d’une, à commencer par Sophie Wilmès !
JON S’EN VA : Jon Worth, qui se décrit lui-même comme un « commentateur ferroviaire indépendant » et un « fauteur de troubles », affirme avoir été licencié de son poste d’enseignant à temps partiel au Collège d’Europe à Bruges. Ce vétéran de la bulle européenne y enseignait depuis plus d’une décennie, et dispensait récemment un cours sur la communication jugé trop peu fréquenté.
Worth a riposté sur son blog : « On ne réussit pas là-bas en étant assidu. En étant juste. Ou en étant honnête. On réussit en étant passif-agressif, comme en politique en général. » Il a fait valoir que des problèmes d’horaires étaient en cause. Le Collège a refusé de commenter.
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
Le parquet de Berlin a inculpé un Syrien de 23 ans pour préparation d’un acte terroriste, financement du terrorisme et diffusion de propagande en faveur de groupes extrémistes. Le suspect, arrêté en novembre, est toujours en détention provisoire. Le parquet affirme qu’en mars 2025, il avait commencé à planifier un attentat à Berlin visant des Juifs et des personnes qu’il considérait comme des « non-croyants ».
– Victoria Becker
PARIS 🇫🇷
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mardi une aide ciblée sur le carburant d’environ 0,20 € par litre pour quelque trois millions de conducteurs réguliers, destinée aux travailleurs à faibles revenus touchés par la hausse des prix. Le gouvernement privilégiera une aide mensuelle ciblée plutôt que des mesures plus générales, tout en prolongeant le soutien aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux entreprises de transport. Paris estime que le conflit au Moyen-Orient pourrait coûter jusqu’à 6 milliards d’euros, ce qui a conduit à l’élaboration de plans visant 4 milliards d’euros de coupes budgétaires supplémentaires.
– Charles Szumski
BUCAREST 🇷🇴
La Roumanie risque de perdre l’accès à son programme de défense SAFE de 16 milliards d’euros à l’approche de la date limite légale du 30 mai, dans un contexte de crise de coalition suite au retrait des sociaux-démocrates du gouvernement du Premier ministre Ilie Bolojan. L’approbation parlementaire pourrait être bloquée malgré l’autorisation imminente du CSAT. Le ministre de la Défense, Radu Miruță, a averti que des retards pourraient compromettre des mois de travail, tandis que les querelles politiques menacent un programme liant le réarmement à la relance industrielle nationale. Lire la suite.
– Pietro Guastamacchia
ROME 🇮🇹
Les tensions entre la Russie et l’Italie se sont exacerbées après les insultes proférées par le présentateur pro-Kremlin Vladimir Solovyov à l’encontre de Giorgia Meloni dans son émission Polnyj Kontakt, la qualifiant de « fasciste », « d’idiote » et de « honte pour l’humanité » en italien, et l’accusant d’avoir trahi Donald Trump. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré que Rome convoquerait l’ambassadeur russe pour protester contre ces propos « graves et offensants ».
– Alessia Peretti
MADRID 🇪🇸
Le gouvernement espagnol a approuvé mardi un plan national pour le logement de 7 milliards d’euros pour la période 2026-2030, visant à développer le logement social, à rénover le parc immobilier existant et à soutenir les locataires. La ministre du Logement, Isabel Rodríguez, a indiqué que le financement donnerait la priorité au « droit au logement » plutôt qu’à la spéculation. Le gouvernement central prendra en charge 60 % des coûts, les autorités régionales finançant les 40 % restants.
– Inés Fernández-Pontes
ATHÈNES 🇬🇷
Laura Kövesi est arrivée mercredi à Athènes alors qu’un différend l’oppose au gouvernement au sujet d’une enquête de l’UE sur les subventions agricoles visant des députés de la majorité. Le Parlement grec va voter sur la levée de l’immunité de 11 législateurs, une étape nécessaire à leur mise en accusation. Kyriakos Mitsotakis a appelé à faire avancer le dossier mais se heurte à des dissensions internes, tandis que les ministres accusent le Parquet européen de dépasser ses compétences. En savoir plus.
– Sarantis Michalopoulos
PODGORICA 🇲🇪
L’UE durcit son approche en matière d’élargissement afin d’endiguer le recul démocratique, a expliqué la commissaire à l’élargissement Marta Kos aux députés européens, avertissant que les futures adhésions nécessiteront des garanties plus solides en matière d’État de droit pour éviter que les différends avec la Hongrie ne se reproduisent. Le Monténégro, candidat le plus avancé de l’Union, devrait être le premier test. Kos a ajouté que la région devait accélérer ses réformes d’ici mi-2026 ou fin 2026, sous peine de perdre 700 millions d’euros d’aide au titre du plan de croissance.
– Bronwyn Jones
BRATISLAVA 🇸🇰
Un différend entre le futur Premier ministre hongrois Péter Magyar et Robert Fico risque de raviver les tensions autour des décrets Beneš de 1945. Magyar a exigé l’abrogation de la législation slovaque criminalisant la critique de ces décrets, qui ont permis les confiscations d’après-guerre auprès des Hongrois et des Allemands, subordonnant la poursuite des discussions bilatérales à des garanties protégeant la minorité hongroise en Slovaquie. En savoir plus.
– Natália Silenská
Également sur Euractiv
Dans une tribune publiée dans Euractiv, Sebastian Mang et Stanislas Jourdan, de la New Economics Foundation, affirment que les chocs inflationnistes répétés qu’a connus l’Europe, de la crise pétrolière de 1973 à la flambée actuelle, trouvent leur origine dans la volatilité des prix des combustibles fossiles, et avertissent que les gouvernements risquent d’aggraver le problème en subventionnant la consommation d’énergie au lieu de la réduire.
Ils citent le programme français de leasing subventionné de véhicules électriques comme un modèle transposable à plus grande échelle, suggérant que l’affectation d’une partie du Fonds social pour le climat de l’UE pourrait étendre un soutien similaire aux transports, au chauffage et à l’électricité, tout en réduisant les coûts des ménages et la demande en combustibles fossiles.
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeur : Magnus Lund Nielsen
Traductrice : Clara Vassent