L’UE réinstaure des quotas sur le sucre ukrainien

Alors que les importations de sucre ukrainien dans l’UE viennent de dépasser le seuil imposé par l’accord de libre-échange entre les deux partenaires, la Commission européenne a annoncé qu’un nouveau contingent réduit sera imposé à partir de 2025.

Euractiv France
Above,Top,View,On,Agricultural,Machine,,Harvester,For,Cutting,And
Above,Top,View,On,Agricultural,Machine,,Harvester,For,Cutting,And [Roman023_photography / Shutterstock]

Alors que les importations de sucre ukrainien dans l’UE viennent de dépasser le seuil imposé par l’accord de libre-échange entre les deux partenaires, la Commission européenne a annoncé qu’un nouveau contingent réduit sera imposé à partir de 2025.

À compter du 1er janvier 2025, et ce jusqu’au 5 juin 2025, des quotas de sucre sans droit de douane seront réintroduits pour les importations de sucre ukrainien en Europe, a annoncé la Commission ce lundi (1er juillet).

Depuis 2022, l’UE a mis en place des mesures commerciales autonomes (MCA) : un cadre de libre-échange avec l’Ukraine pour l’aider dans son effort de guerre.

Mais devant l’afflux de produits ukrainiens à bas coût, notamment dans les pays frontaliers comme la Roumanie, Bruxelles a instauré des contingents tarifaires, autrement dit des quotas au-delà desquels des droits de douane s’imposent.

Ainsi, en 2024, les exportations ukrainiennes vers l’UE ne peuvent pas dépasser le volume moyen enregistré entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2023, soit 262 652,68 tonnes de sucre blanc.

Ces freins d’urgence ont également été introduits pour les œufs, la volaille, l’avoine, le maïs, les gruaux et le miel.

« Étant donné que les importations d’œufs et de sucre en provenance d’Ukraine depuis le début de 2024 sont déjà supérieures aux volumes fixés […], les importations supplémentaires se poursuivront avec les droits de la nation la plus favorisée (NPF) », a annoncé l’exécutif européen.

Cela signifie que, du 1er janvier 2025 et jusqu’au 5 juin 2025, l’Ukraine pourra exporter cinq douzièmes du seuil fixé pour le déclenchement du frein d’urgence, ce qui correspond à 109 438,62 tonnes de sucre.

Pas assez pour les industriels

Alors que l’Ukraine a envoyé vers l’UE près de 500 000 tonnes en 2022-2023, de telles restrictions sont jugées trop « drastiques » par les industriels.

« Cette sauvegarde automatique est économiquement injustifiée pour le sucre et incohérente par rapport à la promesse de l’UE de soutenir l’Ukraine et d’ouvrir la voie à l’adhésion », a déclaré dans un communiqué Yuriy Sharanov, président du Comité des utilisateurs européens (CUIS), qui représente de grandes entreprises transformatrices d’aliments sucrés.

Il demande à l’UE de rétablir le libre-échange « dès que possible », d’autant plus que, selon l’organisme, ce mécanisme a été introduit sous la pression des élections européennes, et sans études d’impact préalable. Alors que, globalement, le libre-échange intégral reste « bon à la fois pour l’Europe et l’Ukraine », et permet de combler le manque de production européenne.

Les industriels européens réclament ainsi un contingent de 500 000 tonnes supplémentaires pour l’année prochaine.

Trop pour les producteurs de betteraves

Un avis que ne partagent pas les producteurs de sucre. Si l’UE dépend de plus en plus des importations, c’est en raison selon eux des restrictions sur les pesticides — en particulier les néonicotinoïdes en France —, et du fait que ce type de libre-échange entraîne une concurrence déloyale pour les exploitants européens.

« En Ukraine, les betteraves sont exploitées par des agroholdings de 220 000 hectares en moyenne alors qu’elles ne dépassent pas 170 hectares en France, les conditions environnementales de production n’ont rien à voir », réagit pour Euractiv Timothé Masson, expert en marchés à la CGB, le syndicat français des planteurs de betteraves à sucre.

« Tout nouveau contingent entraîne des pertes de production et cause du tort à la filière européenne », poursuit-il.

Si la France importe encore très peu de sucre ukrainien, ce n’est pas le cas de l’Espagne ou de l’Italie, gros consommateurs de sucre français ou allemand, qui se fournissent de plus en plus sur le marché ukrainien.

Les producteurs européens espèrent que les prochaines négociations pour l’après-juin 2025 leur seront plus favorables.

« Il faut soit arrêter les contingents, soit imposer les mêmes normes à l’Ukraine », tranche le représentant de la CGB reconnaissant toutefois que revenir aux quotas très réduits d’avant-guerre — 20 000 tonnes par an — reste « illusoire ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]