M. Van Rompuy s'attaque aux détails de la gouvernance économique
Chargé par les leaders européens d'élaborer une proposition de réforme de la gouvernance économique de l'Union d'ici la fin du mois, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a déclaré que le groupe de travail avait abouti à un accord sur les points principaux mais qu'ils n'avançaient pas sur l'essence de la proposition.
Chargé par les leaders européens d'élaborer une proposition de réforme de la gouvernance économique de l'Union d'ici la fin du mois, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a déclaré que le groupe de travail avait abouti à un accord sur les points principaux mais qu'ils n'avançaient pas sur l'essence de la proposition.
"Ce sont sur les détails que le bât blesse", a-t-il insisté hier (14 octobre) à Bruxelles lors d'une conférence organisée par le groupe de réflexion "Friends of Europe".
M. Van Rompuy a été clair : des règles budgétaires plus strictes et une viabilité de la dette plus forte ne sont pas suffisantes.
Un meilleur contrôle du développement macro-économique des pays grâce à la création d'un système commun d'alerte rapide qui évaluerait le risque de bulles immobilières ou de modèles de développement non durable est tout aussi important.
"De bons bilans financiers ne sont pas suffisants : les problèmes de compétitivité ont été négligés lors de la dernière décennie alors qu'ils sont aussi importants que les choix budgétaires", a-t-il expliqué.
La plupart des observateurs sont d'accord : à moins que le président Van Rompuy soit capable de créer un consensus pour aboutir à un système qui obligerait les Etats membres à respecter les règles budgétaires, les marchés perdront confiance. "Ce sera le début de la fin du projet européen", a déclaré un intervenant.
En attente d'une gouvernance économique…
Pour le président du Conseil européen, les pays de l'UE ont tire les leçons de la crise et mettent en place les réformes sociales, économiques et structurelles adéquates pour restaurer la confiance en l'euro.
Rejetant les accusations sur les mesures prises à trop court terme, M. Van Rompuy a expliqué que les gouvernements européens étaient en mode de survie après la crise et qu'il fallait agir promptement.
Faisant référence aux mesures d'austérité appliquées en UE, il a insisté sur le besoin d'une consolidation fiscale progressive qui n'entraverait pas la croissance économique.
"Si les institutions n'agissent pas, les marchés financiers le feront pour elles", a-t-il ajouté.
Aux appels pour une union fiscale pour sauver l'euro, le président Van Rompuy a rapidement répondu que la solution résidait dans la convergence.
"Nous disposons d'une union économique et monétaire, mais en réalité, il s'agit d'une unité monétaire avec l'euro et d'une union économique. Nous avons besoin d'une convergence du développement et de la politique économique", a-t-il déclaré.
Selon les décideurs politiques à Bruxelles, l'investissement dans l'éducation, l'amélioration de la compétitivité ainsi que l'innovation et l'approfondissement du marché commun représentent les principaux piliers d'un rétablissement à long terme.
La stratégie "Europe 2020" lancée par la Commission en juin dernier est la preuve d'un tel raisonnement. En effet, la réunion du Conseil européen a placé les stratégies innovatrices en haut de l'agenda de sa réunion de décembre.
De l'emploi "intelligent" pour stimuler la compétitivité
Lorsque l'on écoute les hommes d'affaire, il devient évident que la stratégie de l'UE sur 10 ans n'est pas adéquate.
Selon Vittorio Colao, le directeur général de Vodafone, la stratégie "Europe 2020" doit devenir une réelle plateforme pour le futur si elle veut être acceptée par les citoyens européens.
Pour cela, l'UE doit créer de l'emploi "intelligent". "L'UE a réussi à créer une génération d'étudiants européens, à présent, elle doit créer une génération de travailleurs européens", explique-t-il.
M. Colao estime que 15-16 millions de job "intelligents" pourraient être créés dans des secteurs tels que les TIC, l'ingénierie, la santé, la chimie et les sciences de la vie. "Nous pourrions avoir un marché du travail européen unique", a-t-il dit, insistant sur le fait que cela pourrait être la clé pour stimuler la connaissance dans tous les emplois, y compris l'agriculture.
Un capital à bas prix
Toutefois, pour créer de l'emploi et permettre aux nouveaux entrepreneurs d'atteindre leur pleine maturité, les représentants du secteur privé sont convaincus que les conditions doivent être réunies pour augmenter le capital à bas prix.
Selon Dominique Cerutti, président et directeur général adjoint de NYSE Euronext, les start-ups aux Etats-Unis sont capables de générer 3 à 4 millions d'emplois. 90 % de ces emplois surviennent après l'offre publique initiale (IPO).
"Nous pouvons créer des millions d'emploi en réunissant les conditions nécessaires sur les marchés des capitaux pour y parvenir plutôt que de se laisser distraire par d'autres idées telles que l'impôt sur les transactions", a-t-il dit.
M. Cerutti a insisté sur le fait que l'Europe avait réellement besoin de regagner la confiance des marchés financiers et que cela serait possible en augmentant la transparence, en réduisant la fragmentation et en rendant les acteurs du marché plus responsables.
Déplorant l'opacité grandissante des marchés financiers, M. Cerutti a déclaré qu'il était temps de convaincre les "gros joueurs" de se rapprocher d'une économie réelle. "Personne n'en ressortira gagnant si nous ne nous attaquons pas à l'opacité", a-t-il ajouté.