Macron l'Européen, un bilan encore maigre
Sacré Européen de l’année par le prix Charlemagne, Macron fête cette semaine son premier anniversaire à l'Élysée. Mais le bilan européen du chef d’État fait débat : si au-delà des frontières sa cote est au beau fixe, les résultats se font attendre.
Sacré Européen de l’année par le prix Charlemagne, Macron fête cette semaine son premier anniversaire à l’Élysée. Mais le bilan européen du chef d’État fait débat : si au-delà des frontières sa cote est au beau fixe, les résultats se font attendre.
L’énergie déployée par le chef d’État pour parcourir et séduire la terre entière tourne toujours à plein régime, du moins dans les apparences. Emmanuel Macron a en effet multiplié les rencontres, que ce soit avec Vladimir Poutine invité en France en juin dernier, ou Donald Trump qu’il a déjà vu deux fois en bilatéral, en France puis aux États-Unis. Il a aussi rencontré en bilatéral tous les dirigeants européens, chacun à son tour, et de nombreux plusieurs fois.
Macron est d’ailleurs très présent dans les médias internationaux, qui l’observent comme un phénomène étrange parfois, mais avec beaucoup d’intérêt. The Economist, référence internationale de l’économie, lui a consacré plusieurs Unes, le magazine Forbes vient de le sacrer « leader du libre marché » en opposition aux positions protectionnistes de Trump, et le Financial Times ou le New York Times suivent attentivement ses tentatives de réforme en France.
« Au niveau international, il faut reconnaitre qu’Emmanuel Macron a attiré l’attention sur la France ; que ce soit pertinent ou non, les diplomates s’intéressent de nouveau à la position de la France sur tel ou tel sujet. Sur les questions européennes, mais aussi sur la Syrie, l’Iran, etc. », souligne Manuel Lafont Rapnouil, à la tête du bureau de Paris de l’ECFR, think-thank spécialisé sur les relations internationales.
Peu de résultats au niveau européen
Du côté des résultats en revanche, les points d’interrogation s’accumulent. En Europe, le prix Charlemagne décerné à Macron est même pris avec ironie : un prix, c’est bien tout ce que l’Allemagne est prête à offrir à la France ? Malgré la patience et la diplomatie démontrée par l’Élysée, l’Allemagne peine à offrir ne serait-ce qu’une contre-proposition aux projets de Macron pour la réforme de la zone euro. L’idée d’un budget commun chiffonne outre-Rhin. « Nous aurons d’ici juin une proposition commune à présenter » assure l’Élysée, qui veut croire à une volonté d’avancer de l’Allemagne, tout en reconnaissant des difficultés à y arriver.
Comble de l’humour noir, c’est Angela Merkel, principal obstacle de Macron dans sa volonté de réformer l’Europe, et avec qui les relations ne sont pas au beau fixe, qui fera le discours « laudatif » lors de la remise du prix Charlemagne, qui récompense depuis 1950 l’engagement européen d’une personnalité politique.
Sur les autres dossiers, l’équipe Macron avance des succès du côté de la réforme des travailleurs détachés, mais aussi du climat ou du commerce international, des fronts sur lesquels Macron a montré si ce n’est la compétence commune, du moins l’identité des Européens. « Des dossiers concrets vont avancer en 2018, comme la taxe sur le numérique, la réforme de la zone euro, les migrations » assure une source à l’Élysée qui veut croire à l’impact de ces projets sur le moyen et long terme.
Les obstacles aux idées de réforme de Macron ne sont pas présents qu’en Allemagne. Huit ministres des finances des pays du nord de l’Europe, dont les Pays-Bas et l’Irlande, ont déjà fait part de leurs doutes sur la création d’un budget de la zone euro. Sur les migrations, l’Est bloque. Enfin quand la réforme de l’Europe passe par des conséquences directes pour la France, comme la réduction de 5 % des paiements directs de la PAC, la France se braque.
Enfin au niveau international, l’annonce des États-Unis de sortir de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran est un échec : le sujet était la priorité du déplacement d’Emmanuel Macron aux États-Unis en avril. Sur ce dossier, comme sur d’autres, la France marque certes un point en revenant sur le devant de la scène internationale, mais pas l’Europe. L’avenir de l’initiative de défense commune, qui doit réunir 9 pays prochainement à Paris autour d’un projet militaire commun, pourrait néanmoins donner un signal plus positif sur l’élan commun de l’UE au niveau international.