Moules, huîtres : la Commission pointe l'insuffisance des contrôles en Europe

Un rapport de la Commission européenne pointe des lacunes dans les systèmes nationaux de contrôles des mollusques, avertissant sur les risques pour la santé des consommateurs.

Euractiv France
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Les moules sont les coquillages les plus cultivés et consommés en Europe. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), évalue le marché à 600 000 tonnes, dont 100 000 d’importation. [Tommy Larey / Shutterstock]

Un rapport de la Commission européenne pointe des lacunes dans les systèmes nationaux de contrôles des mollusques, et alerte sur les risques pour la santé des consommateurs.

Nos coquillages estivaux sont-ils propres à la consommation ? Pas sûr, selon la Commission européenne qui a publié début août un rapport sur les contrôles et la surveillance entourant la production de mollusques bivalves (moules, huîtres, etc.) sur les côtes de l’UE.

« Bien que les autorités compétentes de tous les États membres producteurs aient mis au point des systèmes de contrôle officiels des mollusques bivalves, ces systèmes ne répondent pas toujours aux objectifs de la législation de l’UE », conclut l’enquête menée dans 15 pays producteurs.

En filtrant l’eau environnante, ces coquillages ont tendance à accumuler des micro-organismes et des contaminants chimiques, raison pour laquelle l’UE impose une surveillance régulière et des contrôles rigoureux. Tous les pays doivent notamment classer les zones de productions en trois catégories (A, B ou C) en fonction de leur degré de contamination fécale (bactérie E. Coli).

En zone A, les coquillages peuvent être récoltés et commercialisés directement, alors qu’en zones B ou C ces derniers doivent passer par des phases de purification plus ou moins longues afin de réduire leur contamination. Environ 4 000 analyses de ce type sont réalisées tous les ans en France, pour les huîtres – 90 % de la production européenne -, les moules ou encore les palourdes.

En Europe, ces dernières sont les coquillages les plus cultivés et consommés. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), évalue le marché à 600 000 tonnes, dont 100 000 d’importation.

Insuffisant pour protéger la santé des consommateurs

« Certains États membres ont déployé des efforts considérables pour satisfaire à cette exigence et ont mené des enquêtes complètes et bien structurées », précise le rapport, en s’appuyant sur des statistiques officielles, des résultats d’audits et un questionnaire soumis aux États.

« Toutefois, la situation dans d’autres États membres est moins positive, avec (au mieux) des enquêtes de qualité médiocre ou (au pire) aucune enquête ».

Concernant les biotoxines (toxines produites par des microalgues pouvant s’accumuler dans les coquillages), les contrôles s’avèrent « souvent » non conformes aux exigences de l’UE, en ce qui concerne la fréquence et le type de biotoxines testées. Même chose pour le dosage du plancton toxinogène (microalgue) : celui-ci « varie considérablement d’un État membre à l’autre. »

La législation européenne prévoit également une surveillance des contaminants non biologiques dans toutes les zones de production, comme les métaux lourds. Si ces derniers font bien l’objet de contrôles « dans la plupart des cas », d’autres contaminants chimiques indispensables y échappent, tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dioxines et polychlorobiphényles (PCB).

L’enquête pointe également des « classifications inadéquates des zones de production » ou encore des mesures effectuées uniquement pendant les périodes de récolte, alors que le règlement en impose à intervalles réguliers. Conséquences ? « Certains risques ne sont pas identifiés en temps utile ou contribuent à retarder la réponse des autorités compétentes à ces risques, ce qui affaiblit l’efficacité de la surveillance. »

Le rapport conclut que ces contrôles « pourraient ne pas être suffisants pour protéger la santé des consommateurs », rappelant que l’ingestion de mollusques crus ou mal cuits peut, le cas échéant, entraîner des maladies (salmonellose, hépatite A, gastroenterites).

Selon les derniers chiffres de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), 141 cas d’infections aux norovirus ont été enregistrées en Europe en 2021 suite à une consommation de fruits de mer – principalement des mollusques -, dont 53 en France. Ces virus peuvent provoquer une gastro-entérite plus ou moins sévère.

Améliorer la traçabilité

« Le système de surveillance européen permet d’avoir une bonne idée de la qualité microbiologique des zones de production, en particulier en termes de bactéries fécales », tente de rassurer Soizick Le Guyader auprès d’EURACTIV, à la tête du laboratoire Santé, environnement et microbiologie, laboratoire de référence qui vient en appuis aux organismes de contrôles biologiques agréés par l’État.

« En plus de cette surveillance régulière, il existe des systèmes d’alerte qui fonctionnent bien en France, avec des contrôles supplémentaires en cas de risque de dégradation de la qualité des eaux (orages, débordement des stations d’épuration…) », complète son collègue Pascal Garry.

Contactée par EURACTIV, la Commission n’a pas pu donner plus de détails sur l’identité des pays mis en cause dans cette étude.

L’exécutif européen annonce vouloir réaliser des audits supplémentaires auprès des États membres de l’UE afin de compléter son étude, et poursuivre ses discussions avec les principaux producteurs pour faire évoluer la législation. Un axe mentionné :  améliorer la traçabilité des mollusques destinés à la consommation humaine.

Une bonne chose selon les scientifiques. Les coquillages voyageant beaucoup, un même lot d’huîtres peut parfois contenir des spécimens élevés dans des zones de production de différentes qualités. Sans que le consommateur ne le sache systématiquement. Mais pour Soizick Le Guyader, la menace se situe à une autre échelle :

« Plutôt que des couches de réglementations imposées aux producteurs, il faudrait prendre des mesures pour améliorer la qualité de l’eau du littoral, le retraitement des eaux usées, et en général limiter l’impact de l’homme sur l’environnement ».