Le Parlement européen reporte l'approbation du chef de la politique climatique de l'UE
L’ex-ministre néerlandais des Affaires étrangères, Wopke Hoekstra, n’a pas été nommé commissaire européen au climat, suite à une audition peu concluante au Parlement européen ce lundi (2 octobre).
L’ex-ministre néerlandais des Affaires étrangères, Wopke Hoekstra, n’a pas été nommé commissaire européen au Climat après une audition peu concluante au Parlement européen lundi (2 octobre).
Wopke Hoekstra savait qu’il serait confronté à des questions du Parlement sur les « positions commerciales » qu’il a occupées chez le pétrolier Shell il y a vingt ans et sur une pétition mettant en garde contre les dangers de sa nomination qui a recueilli 100 000 signatures.
Le candidat aura besoin du soutien d’au moins quatre groupes politiques pour obtenir un vote d’approbation formel lors de l’assemblée plénière du Parlement jeudi (5 octobre).
« Nous pouvons y arriver », a promis M. Hoekstra à la fin de son discours d’introduction, plaçant sa candidature sous le signe de « la continuité, l’ambition et l’ouverture ».
Mais après des heures de délibérations, les discussions ont été suspendues. « Les coordinateurs de la commission de l’Environnement viennent de décider de reporter à demain après-midi leur décision finale sur la nomination du commissaire désigné pour le climat, Wopke Hoekstra », a déclaré Pascal Canfin, eurodéputé français président la commission de l’environnement (ENVI) du Parlement.
La décision sur M. Hoekstra est attendue mardi après-midi (3 octobre) après l’audition du social-démocrate Maroš Šefčovič, candidat désigné pour coordonner les politiques vertes de l’UE.
Lors d’un entretien avec Euractiv avant l’élection, Pascal Canfin a expliqué que prendre les deux décisions en même temps était un moyen pour les groupes politiques opposés de s’assurer que le candidat de leur rival ne soit approuvé que si leur propre candidat l’est. Chaque décision doit être soutenue par deux tiers de la commission parlementaire pour être adoptée.
« Ce dilemme politique ne se limite pas à l’élection du commissaire au climat, mais concerne les deux candidats et les votes lors de ces deux auditions », a en effet expliqué M. Canfin à Euractiv.
L’objectif climatique pour 2040
Anticipant les questions sur l’objectif climatique de l’UE pour 2040, M. Hoekstra, ancien consultant de McKinsey, s’est prononcé en faveur d’une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre, conformément à l’avis du Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique.
« Mon engagement est clair : j’agirai conformément à l’avis du Conseil », a-t-il affirmé. « J’utiliserai tous les instruments disponibles pour permettre à l’UE d’atteindre l’objectif minimum recommandé de 90 % de réductions nettes. Et je ferai en sorte que notre industrie à suive le mouvement ».
Il s’est également engagé à supprimer les subventions aux combustibles fossiles du budget pluriannuel de l’UE et à encourager les efforts mondiaux dans la lutte contre le changement climatique en réorientant les fonds provenant du marché carbone européen.
En ce qui concerne le prochain sommet international sur le climat COP28 qui se tiendra aux Émirats arabes unis en novembre prochain, il a déclaré que l’UE ne pouvait pas « quitter Dubaï sans plus d’ambition en matière d’atténuation ».
« Je promouvrai les efforts de l’UE pour tripler la capacité mondiale en matière d’énergies renouvelables, l’efficacité énergétique mondiale et l’élimination progressive des combustibles fossiles », a souligné Wopke Hoekstra.
Pour convaincre les sceptiques, le Néerlandais a mentionné la protection de la nature, un point sensible pour les législateurs Verts qui hésitaient à soutenir M. Hoekstra en raison de son affiliation au Parti populaire européen (PPE) qui a fait obstacle à la proposition de loi sur la restauration de la nature de l’UE au début de l’année.
Michael Bloss, eurodéputé Vert allemand qui souhaite devenir chef de son parti à Bruxelles, a déclaré aux journalistes qu’il était disposé à soutenir M. Hoekstra, après avoir annoncé l’inverse.
« Les objectifs de la Commission de réduire les émissions de CO2 d’au moins 90 % d’ici 2040 représentent un accomplissement majeur pour les Verts », a déclaré Michael Bloss. « Wopke Hoekstra a essayé de plaire à tout le monde dans sa présentation, mais il n’a réellement fait de proposition concrète », a-t-il ajouté, affirmant que plus de détails étaient nécessaires et suggérant qu’une seconde audition serait indispensable.
Les critiques néerlandais ne sont pas restés silencieux
Parmi les critiques les plus virulents de M. Hoekstra figuraient des législateurs des Pays-Bas, où des élections générales sont prévues en novembre.
« Je pense que tout le monde dans cette salle est un peu surpris par vos déclarations introductives, car si l’on regarde votre CV jusqu’à présent, vous n’avez pas vraiment été un défenseur du climat », a commenté un autre Néerlandais, Bas Eickhout, qui représente les Verts au sein de la commission ENVI.
Un autre Néerlandais, le socialiste Mohammed Chahim, s’est également montré sceptique. « Vous semblez revenir à l’époque où vous étiez consultant. Vous comprenez parfaitement ce que les gens ici dans la salle veulent entendre et vous jouez là-dessus ».
« Il est très difficile de nommer quelqu’un au poste de commissaire au Climat, de donner une approbation sans aucun engagement ni garantie », a-t-il ajouté.
Peter Liese, un conservateur allemand (PPE) qui a cherché à obtenir l’approbation de M. Hoekstra, a accusé la politique intérieure des Pays-Bas d’être à l’origine du retard qu’accuse les discussions en commission ENVI.
« Je crains que la politique néerlandaise ne domine la position des autres groupes », a-t-il déploré.