Pologne : la construction d’un méga-aéroport à Varsovie démontre l’« hypocrisie » des écologistes

Les objections environnementales à la construction d’une nouvelle plateforme de transit aérien à Varsovie relèvent de l’« hypocrisie » selon le chef de projet Marcin Horała, qui affirme que les projets similaires en Europe occidentale ne font pas l’objet du même examen minutieux.

Euractiv.com
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La majorité du trafic aérien commercial devrait être transférée de l’aéroport de Varsovie-Chopin à la plateforme CPK une fois sa construction achevée. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/warsawpoland-8-june-2018-warsaw-chopin-1109029880" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/Grand Warszawski</a>]

Les objections environnementales à la construction d’une nouvelle plateforme de transit aérien à Varsovie relèvent de l’« hypocrisie » selon le chef de projet Marcin Horała, qui affirme que les projets similaires en Europe occidentale ne font pas l’objet du même examen minutieux.

Connue sous le nom de Solidarity Transport Hub (ou CPK selon l’acronyme polonais), la nouvelle infrastructure aéroportuaire devrait devenir la principale plateforme de transit aérien pour l’Europe centrale et orientale lorsqu’elle sera inaugurée à l’été 2028.

L’achèvement du projet devrait dynamiser l’économie polonaise et en faire une destination plus attrayante pour les entreprises, selon les promoteurs du projet.

Avec un coût de quelque 8 milliards d’euros, la plateforme CPK est considérée comme le plus grand projet de construction d’infrastructure en cours en Europe.

Le méga-aéroport sera relié aux villes environnantes par des trains à grande vitesse et un réseau routier, dans le but d’en faire le principal point de départ pour près de 180 millions d’habitants d’Europe centrale et orientale.

La plateforme absorbera l’essentiel du trafic commercial des deux autres aéroports de Varsovie, Chopin et Modlin, dont le rôle dans la connectivité aérienne polonaise sera réduit.

Critiques environnementales

Des critiques ont remis en question l’expansion des infrastructures de transport aérien, l’un des modes de transport à la plus forte intensité de carbone, en pleine crise climatique.

Les ONG écologistes ont demandé à l’Europe de mettre fin aux investissements dans les aéroports et de les réorienter vers des modes de transport à plus faible émission.

La Commission européenne a soutenu des programmes visant à encourager les voyageurs à privilégier le train, un mode de transport relativement plus respectueux de l’environnement, tandis que la Banque européenne d’investissement (BEI), l’organe de financement de l’Union européenne, envisage de mettre un terme aux investissements destinés à l’agrandissement des aéroports.

Toutefois, une telle approche serait injuste pour les pays d’Europe centrale et orientale, qui ont eu moins de temps pour développer leurs infrastructures de transport que les États membres occidentaux, a expliqué M. Horała à EURACTIV.

« En Europe centrale, à cause du régime communiste, nous n’avons pas eu l’occasion de nous développer — nous n’avons pas construit nos aéroports, nous n’avons pas augmenté notre trafic à ce point, parce que nous ne pouvions pas le faire », a-t-il dit.

« Aujourd’hui, nous avons parfois l’impression d’être ceux qui subissent le plus durement les conséquences des restrictions environnementales. Nous ne pouvons pas construire, par exemple, un aéroport qui a déjà été construit il y a des dizaines d’années à une telle échelle en Europe occidentale », a-t-il regretté.

« Laissez-nous construire les infrastructures nécessaires comme vous l’avez fait. Ensuite, nous pourrons faire preuve d’une grande sensibilité à l’égard de l’environnement », a-t-il poursuivi.

M. Horała a également souligné que les Polonais ont en moyenne tendance à prendre moins l’avion que les voyageurs des pays d’Europe occidentale.

« Actuellement, les citoyens des pays d’Europe occidentale voyagent deux, trois, voire quatre fois par an. Supposons que nous limitions ce nombre à deux vols par an. Pour la Pologne, [cette mesure] revient à doubler notre marché aérien actuel, car, statistiquement, le Polonais moyen ne voyage qu’une fois par an », a-t-il déclaré.

« Atteindre ce niveau, même après une telle baisse en Europe occidentale, représente une énorme augmentation pour la Pologne », a-t-il précisé.

La création d’une plaque tournante internationale dans la capitale polonaise permettra également aux passagers d’Europe de l’Est de ne plus avoir à prendre des vols court-courriers polluants pour se rendre dans les aéroports d’Europe occidentale afin d’y prendre un vol long-courrier, a fait valoir M. Horała.

La construction de la plateforme CPK comprendrait également des « technologies de pointe », ce qui rendrait l’aéroport plus écologique que ceux construits dans le passé, a-t-il affirmé. « Il est toujours plus difficile de rénover ou de moderniser une infrastructure existante que de la planifier et de la concevoir dès le départ au moyen de technologies respectueuses de l’environnement », a déclaré M. Horała.

Critiques de Ryanair

La compagnie aérienne low cost Ryanair s’est fermement opposée aux projets de construction de méga-aéroport en Pologne. Michael O’Leary, le PDG de la compagnie aérienne irlandaise, a qualifié le projet d’« incompréhensible » et d’« inutile ».

« Varsovie possède déjà deux aéroports. Il suffirait de bien les utiliser », a déclaré M. O’Leary.

Selon M. Horała, cette critique excessive est typique de M. O’Leary. « Il s’agit d’une personne très particulière. [Ses citations] sont assez amusantes… mais prenons un peu de distance par rapport à ces commentaires », a-t-il déclaré.

D’après M. Horała, la réaction de Ryanair vient en réalité du fait que la compagnie a perdu son influence sur les petits aéroports qu’elle dessert actuellement.

« La structure actuelle du marché aérien polonais est rentable pour les compagnies aériennes comme Ryanair. Nous disposons d’un grand nombre de petits aéroports qui accusent des pertes et Ryanair négocie avec eux en position de force et conclut des accords qui creusent ces pertes sur le site des aéroports et augmentent les bénéfices de Ryanair », a-t-il affirmé.

« Lorsque la [plateforme] CPK existera et que nous aurons intégré les [plus petits aéroports] dans le groupe, le marché polonais cessera de se prêter à de telles pratiques prédatrices de la part de Ryanair. L’intérêt [de M. O’Leary] est donc d’éviter [cette situation] », a-t-il expliqué.

M. Horała estime toutefois qu’au moment opportun, les deux parties « peuvent s’asseoir à une table, négocier de bonne foi et conclure un accord gagnant-gagnant ».

« Le marché polonais dans son ensemble est beaucoup trop rentable pour que [M. O’Leary] laisse passer une telle opportunité », a-t-il précisé.

Selon les plans actuels, la construction de l’aéroport devrait être achevée d’ici la fin de l’année 2027 et les premiers passagers pourront être accueillis d’ici l’été 2028, estime M. Horała.

« C’est très ambitieux. Il faudrait que nous construisions deux fois plus vite que la moyenne européenne, à un rythme plus proche des calendriers chinois. Nous en sommes donc conscients. Il y a beaucoup de risques à venir, mais je suis heureux de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement », a-t-il confié.

« Nous sommes très avancés dans [la réalisation de] ce projet. Après quatre ans de gestion, je suis vraiment satisfait. Je ne m’attendais pas à ce que les choses se passent aussi bien », a-t-il conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]