Prédation : "désemparés", les éleveurs français manifesteront ce vendredi, notamment au sujet des chiens de protection

Les syndicats agricoles français appellent à une journée de mobilisation nationale le 15 octobre - mais le sujet préoccupe aussi au-delà des frontières françaises, comme en témoigne la création d’un groupe de travail au Parlement européen.

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Alors que la prédation se généralise sur le territoire, les chiens de protection sont, eux aussi, de plus en plus présents partout en France, entraînant une multiplication des tensions entre éleveurs et citoyens. [Denisa V/Shutterstock]

Face à une prédation toujours en progression sur le territoire français, les principaux syndicats agricoles appellent à une journée de mobilisation nationale, ce vendredi 15 octobre. Parmi leurs demandes : la création d’un statut juridique spécial pour les chiens de protection. Au-delà des frontières françaises, la prédation préoccupe également, comme en témoigne l’annonce de la création d’un groupe interparlementaire sur le sujet au Parlement européen.

Une « progression systématique des prédations », marquée par « énormément d’attaques » et qui laisse de nombreux éleveurs « désemparés » : en entretien avec EURACTIV, le secrétaire général adjoint de la FNSEA (principal syndicat agricole français), Patrick Bénézit, dresse un bilan accablant de la prédation en France.

« On est en train d’assister à un ensauvagement total de notre territoire », déplore M. Bénézit. Face à cette situation « intenable » pour de plus en plus d’éleveurs français, confrontés aux attaques notamment de loups, mais aussi d’ours et de vautours sur leurs troupeaux, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs appellent à une journée de mobilisation nationale, ce vendredi 15 octobre.

Le problème n’est pour autant pas nouveau. Depuis la réintroduction du loup en France, dans les années 90, le nombre de prédateurs sur le territoire et donc la pression sur les élevages ne cesse de croître. Alors que le loup est strictement protégé dans l’Union européenne, le gouvernement français prône la coexistence : son plan d’actions 2018-2023 sur le loup et les activités d’élevage, ou « Plan Loup », vise à assurer la viabilité du prédateur en France, tout en protégeant mieux les troupeaux et les éleveurs.

Le plan promet notamment des aides pour les pertes subies lors des attaques des prédateurs – mais le versement de ces aides est conditionné à la mise en place préalable de mesures de protection par les éleveurs. L’une d’entre elles : des chiens de protection, généralement des chiens de montagne des Pyrénées, ou patous.

Or, ces chiens se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une nouvelle vague de crispations : alors que la prédation se généralise sur le territoire, ces chiens, jadis confinés aux zones de montagne, loin des citoyens, sont, eux aussi, de plus en plus présents partout en France. Avec, en conséquence, une multiplication des tensions entre éleveurs et citoyens.

Chiens de protection : « la justice se retourne contre les éleveurs »

Entre des accidents – notamment des morsures sur des promeneurs ou touristes en proximité des troupeaux – et des aboiements nocturnes, les plaintes à l’encontre des éleveurs se font de plus en plus nombreux, explique Annabelle Wurbel, éleveuse dans la Drôme, membre de la commission nationale Prédation et chargée du dossier Chiens de protection pour la Confédération Paysanne, à EURACTIV.

Mais en ce qui concerne l’aboiement notamment, « c’est l’outil numéro un de ces chiens pour faire leur travail » (qui, pour rappel, réside dans la dissuasion, et non l’attaque, à l’encontre de tout danger potentiel pour le troupeau). « Le chien de protection n’est pas un chien de traineau ou de particulier », rappelle Mme Wurbel. « Il est là dans le cadre d’un travail et d’une volonté de coexistence avec les prédateurs, donc vouloir lui interdire de faire son travail, c’est antinomique. »

Face au nombre croissant d’éleveurs qui se retrouvent devant des tribunaux « au même titre que des délinquants » pour tapage nocturne, les syndicats français requièrent donc un statut juridique spécifique pour les chiens de protection, « avant que la situation ne vire à la catastrophe », explique Mme Wurbel.

« Nous souhaitons que les moyens de protection, et notamment les chiens, relèvent de la responsabilité de la puissance publique alors que ces chiens nous sont imposés pour défendre nos troupeaux », déclare aussi M. Bénézit. Il ne serait pas acceptable que « la justice se retourne contre les éleveurs ».

Autres demandes majeures en vue de la journée de mobilisation ce vendredi, la mise en place de plans de régulation pour les grands prédateurs qui ne font pas encore l’objet d’un plan de gestion, ainsi que la possibilité de prélever des prédateurs en cas d’attaques au nom de la défense des troupeaux, ce prélèvement étant aujourd’hui strictement règlementé et soumis à de lourds dossiers d’autorisation.

« Si nous n’avons pas les moyens de défendre nos troupeaux et de réguler ces espèces, on assistera à une désertification des territoires », avertit M. Bénézit.

Un groupe de travail sur la prédation pour agir « sur tous les niveaux », partout en Europe

Les tensions autour de la prédation s’accroissent donc une nouvelle fois en France – mais aussi dans le reste de l’Europe.

« La population des loups augmente dans beaucoup de pays européens », constate l’eurodéputée française Anne Sander (PPE), membre de la commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) au Parlement européen, à EURACTIV.

Bien qu’il y ait une « multitude d’initiatives » pour répondre au problème de la prédation dans les différents pays, celles-ci peinent pour le moment à susciter une mobilisation globale au niveau européen. Face à ce problème, une quinzaine d’eurodéputés vient de prendre les devants, à l’initiative du député italien Herbert Dorfmann (PPE) : lors d’une première réunion de travail début octobre, « nous avons décidé de créer un groupe de parlementaires européens préoccupés par le sujet », affirme Mme Sander.

Le but : « mobiliser la Commission européenne, le Parlement européen, mais aussi les parlements nationaux » et « aller plus loin ensemble ». « Il faut qu’on agisse à tous les niveaux, du local au niveau européen », selon l’eurodéputée. Le groupe de travail, une fois mis en place, servira à « partager les bonnes pratiques » et à avancer de manière plus coordonnée sur la question de la prédation en Europe.