Von der Leyen aurait tout à gagner du projet allemand pour le SEAE
Le Service européen pour l'action extérieure s'installerait au Berlaymont
L’Allemagne fait avancer un projet visant à intégrer le service diplomatique de l’UE au sein de la Commission européenne, renforçant ainsi l’emprise d’Ursula von der Leyen sur la politique étrangère.
Cette proposition, élaborée avec la contribution de la France et qui doit être débattue cette semaine par les ministres des Affaires étrangères en Irlande, signifierait de facto la fin du service autonome dirigé par Kaja Kallas.
Selon des diplomates informés de la proposition, l’Allemagne suggère que le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) redevienne une direction générale de la Commission européenne, dans le but de réduire les rivalités internes.
Kaja Kallas se verrait officiellement confier de nouvelles responsabilités, consistant à coordonner un éventail plus large de politiques actuellement du ressort de la Commission, allant de l’aide humanitaire et du développement à la défense, en passant par la politique de voisinage et même le commerce.
Toutefois, ce projet ferait de Kallas une subordonnée à part entière de von der Leyen, la présidente de la Commission, qui s’est déjà positionnée comme l’acteur géopolitique principal au sein des institutions de l’UE.
Au cours des deux dernières années, von der Leyen et Kallas se sont livrés à une guerre de territoire peu glorieuse sur tous les sujets, des colonies israéliennes à la coordination des services de renseignement en passant par les nominations de personnel.
Kallas porte deux casquettes, représentant à la fois la Commission et le Conseil de l’UE, composé des gouvernements nationaux.
Selon le projet allemand, elle deviendrait vice-présidente exécutive de la Commission chargée de l’action extérieure – un rôle formellement renforcé qui impliquerait une collaboration étroite avec le secrétariat général de l’exécutif.
Berlin a brièvement consulté une douzaine d’autres pays de l’UE, mais il faudra probablement beaucoup de temps pour parvenir à un consensus.
Créé en 2010, sous l’impulsion de la France et du Royaume-Uni, le SEAE peine depuis longtemps à tenir ses promesses, en partie parce que les gouvernements nationaux se sont montrés peu enclins à déléguer la politique étrangère à Bruxelles.
Suppression ou réforme
Kallas a elle-même minimisé en juin la perspective d’un démantèlement imminent du SEAE, déclarant au personnel que son rôle et son statut sont définis par les traités de l’UE.
Le projet allemand ne viserait pas à remanier de fond en comble l’architecture de l’UE, mais plutôt à modifier le document fondateur du SEAE.
Kallas a lancé un processus similaire pour rendre le SEAE plus efficace, en envoyant un questionnaire aux ministres des Affaires étrangères avant une réunion prévue mercredi afin de recueillir leurs contributions.
L’Estonienne a récemment remanié son équipe dirigeante, en nommant Kajsa Ollongren, l’ancienne ministre néerlandaise de la Défense, au poste de secrétaire générale du SEAE.
Le lieu de la réunion des ministres des Affaires étrangères a été corrigé.
(mm, bw)