Rapport sur la souveraineté numérique : la rapporteure Sarah Knafo écartée lors d’un vote

Jeudi 22 janvier, le Parlement européen a adopté à une large majorité un rapport sur la souveraineté numérique, après avoir approuvé un amendement de dernière minute destiné à isoler politiquement sa rapporteure, l’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo.

EURACTIV.com
The  »Reconquete! » Party’s Campaign Launch In Paris
L'eurodéputée française Sarah Knafo. [Getty Images/NurPhoto_Contributor]

Cet amendement, adopté par 426 voix contre 180, introduit une condamnation explicite des ingérences américaines dans l’application des législations numériques européennes. Il marque un tournant décisif dans le contenu et la portée politique du texte.

L’amendement critique également l’intelligence artificielle Grok, développée par Elon Musk et intégrée au réseau social X, en soulignant l’insuffisance de ses garde-fous. Le texte évoque notamment la possibilité pour des utilisateurs de générer des images dénudant des femmes et des enfants sans leur consentement.

En outre, le texte pointe du doigt l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) allemande, Reconquête, la Konfederacja polonaise et le Fidesz hongrois, tous des partis nationalistes ou de droite, pour avoir repris les discours américains et sapé la démocratie européenne.

Cette initiative a été largement considérée comme hostile et visant à ne laisser à Sarah Knafo, qui a des liens avec l’administration Trump et les grandes entreprises technologiques américaines, d’autre choix politique que de retirer son nom du rapport.

Dans un premier temps, et comme lors d’un précédent vote en juin 2025 au sein de la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie (ITRE), Sarah Knafo s’est opposée à cette stratégie en votant contre l’amendement.

À ce stade, les députés européens du Parti populaire européen (PPE, centre-droit), de Renew (libéraux), du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) et des Verts ont adopté une version entièrement remaniée du projet de texte initial. Cette réécriture a conduit à la suppression de l’intégralité du texte initial rédigé par Sarah Knafo, qui a néanmoins fini par soutenir la version finale.

Lors du même vote jeudi, le rapport a été adopté par une marge plus importante que l’amendement lui-même, avec 471 voix pour et 68 contre.

Bien que le rapport ne reflète plus son travail initial et inclue un amendement qualifiant son parti, Reconquête, de menace pour la démocratie, Sarah Knafo a finalement voté en faveur.

Elle a confié à Euractiv que le texte révisé incluait « toutes ses conclusions » et a rejeté les critiques comme étant « des règlements de comptes politiques sans pertinence ».

Le groupe S&D a réagi en qualifiant d’« absurde » que Sarah Knafo présente le rapport comme le sien sur les réseaux sociaux, arguant au contraire que le contenu du texte adopté n’avait « rien à voir » avec son projet initial.

Dès sa nomination, le rôle de l’élue française comme rapporteure avait suscité de fortes réticences au Parlement, certains craignant qu’il ne fragilise le « cordon sanitaire » traditionnellement érigé contre l’extrême droite au sein de l’institution.

Par la suite, il est apparu que Sarah Knafo, également candidate à la mairie de Paris en mars, considérait avant tout la portée symbolique de l’adoption d’un rapport parlementaire à son nom, au détriment d’enjeux politiques plus larges — une stratégie assumée dans un récent billet de blog faisant la promotion de « son » rapport.