Recyclage : la France tempère son bilan alarmant comparé aux objectifs européens

La Commission européenne alerte la France et 17 autres États membres sur le risque important qu’ils n’atteignent pas les objectifs européens de recyclage de déchets.

Euractiv France
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Dans un rapport publié jeudi (8 juin), la Commission européenne fait un constat alarmant, puisque seulement 9 États membres sont en passe d’atteindre les objectifs fixés — Autriche, Allemagne, Belgique, Danemark, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Slovénie et Tchéquie. La France n'en fait donc pas partie. [DROPERDER / Shutterstock]

La Commission européenne alerte la France et 17 autres États membres sur le risque important qu’ils n’atteignent pas les objectifs européens de recyclage de déchets. 

En 2021, Eurostat estimait que moins de 50 % des plus de 200 millions de tonnes de déchets municipaux produits par les ressortissants européens étaient recyclées. Une situation que l’UE a voulu changer, en adoptant, en 2008, une directive relative aux déchets portant des objectifs ambitieux – modifiée en 2018.

55 % de réemploi et de recyclage des déchets municipaux et 65 % de recyclage des déchets d’emballage devront être recyclés d’ici à 2025. Ils sont d’ailleurs détaillés avec des objectifs sectoriels selon les matières 75 % pour le papier et le carton, 70 % pour le verre, 50 % pour l’aluminium et le plastique, ainsi que 25 % pour le bois.

Dans un rapport publié jeudi (8 juin), la Commission européenne fait un constat alarmant, puisque seulement 9 États membres sont en passe d’atteindre les objectifs fixés — Autriche, Allemagne, Belgique, Danemark, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Slovénie et Tchéquie. 

La France n’en fait donc pas partie. Elle risque, selon la Commission, de ne pas atteindre l’objectif général relatif aux déchets municipaux avec un taux de recyclage de seulement 42,7 % en 2020.

Les déchets municipaux regroupent les déchets des ménages — carton, verre, plastiques, encombrants, etc. — et provenant d’autres sources lorsqu’ils sont similaires. Le taux de recyclage est compté en kilogramme plutôt qu’en nombre de produits recyclés.

Ils représentent, certes, seulement 7 à 10 % des déchets produits dans l’UE, mais eu égard à la complexité du flux de ces déchets, « la manière dont il est [géré] donne en général une bonne indication de la qualité de l’ensemble du système de gestion des déchets d’un pays », peut-on lire dans la directive de 2008.

Un problème ? Le plastique

Sur un certain nombre d’objectifs sectoriels, la France est bon élève — bois, carton, papier, verre, aluminium, métaux ferreux. Les objectifs de recyclage des déchets d’emballage (issue des déchets municipaux, mais aussi industriels et commerciaux) sont aussi en passe d’être atteints : 60 % de recyclage en 2020, pour un objectif européen de 65 % en 2025.

Sur le plastique, en revanche, la France est loin du compte. Seuls 20,1 % des déchets plastiques étaient, en effet, recyclés en 2020, alors que l’objectif est de 50 % en 2025.  

L’exécutif européen enjoint donc la France à « renforcer considérablement son action ». 

Les autorités publiques en ont conscience. « Nous le savons et nous ne nous cachons pas », avancent pour EURACTIV France les services de la secrétaire d’État à l’Écologie, Bérangère Couillard, en charge de ces questions au ministère de la Transition écologique. 

Jouant cartes sur table, ils rappellent même qu’avec l’harmonisation des règles de comptage du recyclage au niveau européen, les taux de recyclage français sont encore plus mauvais que les chiffres annoncés par la Commission européenne. 

En revanche, « nous avons une marge de progression importante », tempèrent-ils. 

En 2021, la France a promulgué une loi sur le gaspillage et l’économie circulaire. Elle contient des objectifs ambitieux, comme un taux de recyclage de 100 % du plastique à usage unique en 2025. 

Elle prévoit également qu’au 1er janvier 2024, tous les ménages devront disposer d’une solution pratique pour trier leurs biodéchets à proximité de chez eux. Dans ce domaine, « nous partons de loin, peut-être même de plus loin qu’avec le plastique », nous confient les services du ministère. 

À travers le Fonds vert destiné à financer une partie des mesures de la transition écologique, la France a prolongé le financement de 100 millions d’euros du plan post-Covid France Relance destiné à aider les collectivités à mettre en place des collectes de biodéchets. Aussi, une campagne pour la mise en œuvre de solution est en cours de préparation, annoncent les services du ministère.

Recommandations de la Commission

Améliorer la collecte des biodéchets est d’ailleurs l’une des recommandations formulées par la Commission européenne à la France. Une autre consiste à adopter un système de paiement aux déchets « à l’échelle de toute la population ». 

La France dispose déjà d’un système de tarification incitative depuis 2016, qui consiste à faire payer les usagers du service de gestion des déchets en fonction des quantités produites et non triées. Malgré un objectif selon lequel elle devrait concerner 25 millions de Français en 2025, elle ne touche, actuellement, que 6 à 7 millions de personnes, confessent les services du ministère. Un certain nombre de freins, relatifs notamment à la disposition de l’habitat, rendent difficile la généralisation de ces pratiques, expliquent-ils. 

La Commission européenne recommande également d’étendre les systèmes de collecte séparée pour chaque matière. Un point sur lequel les États membres sont effectivement très dispersés, reconnaissent les services du ministère.

En outre, « tous les leviers sont étudiés par les services des autorités publiques étatiques et territoriales », avancent-ils. Une feuille de route 2024-2029 pour améliorer la collecte des emballages sera d’ailleurs dévoilée la semaine du 19 juin, nous confient-ils. 

Qui plus est, la Commission reconnaît que « de nombreuses mesures ont été adoptées, mais qu’il faudra du temps avant qu’elles ne donnent des résultats ».

Pour l’heure, CITEO, entreprise à mission et à but non lucratif créée par les acteurs de la grande distribution, considère qu’au rythme actuel de croissance du recyclage, la France ne sera pas en phase avec les objectifs européens. 

Et en attendant, la France paye toujours une taxe dite « plastique » à l’UE pour chaque kilogramme de déchet plastique non recyclé. En 2021, elle s’est élevait à plus de 1,2 milliard d’euros. C’est moins qu’en Allemagne, premier contributeur, mais plus qu’en Italie ou que dans tout autre État membre de l’UE.