Réduction des pesticides : les promesses de l'édition génomique
Selon des acteurs de l’agriculture européenne, invités par Euractiv à débattre mercredi (25 octobre), les nouvelles techniques génomiques permettraient de réduire considérablement l’usage des pesticides, sans affecter la production.
Selon des acteurs de l’agriculture européenne, invités par Euractiv à débattre mercredi (25 octobre), les nouvelles techniques génomiques seraient inéluctables et permettraient de réduire considérablement l’usage des pesticides, sans affecter la production alimentaire.
« La résistance aux ravageurs et aux maladies fait l’objet d’une grande attention, notamment parce que dans le monde entier, et pas seulement dans l’Union européenne, l’utilisation des pesticides est soumise à des pressions« , affirme d’entrée Garlich von Essen, Secrétaire général d’Euroseeds (association professionnelle pour l’industrie des semences dans l’Union européenne), lors d’un débat organisé par Euractiv mercredi 25 octobre.
La solution ? Les nouvelles techniques de génomique dites NBT (new breeding techniques) ou NGT (new genomic techniques) permettant de créer de nouvelles variétés, et dont la Commission européenne souhaite alléger la réglementation. Une partie d’entre eux pourraient ainsi échapper la réglementation sur les OGM.
Dans sa proposition de règlement publiée le 5 juillet dernier, l’exécutif européen présente ces procédés comme des « outils innovants qui contribuent à accroître la durabilité et la résilience de notre système alimentaire ». Les variétés résistantes aux ravageurs et autres maladies permettraient, en particulier, de réduire la quantité de pesticides utilisés.
Dans ce contexte de pression des pouvoirs publics et de la société civile pour diminuer les produits phytosanitaires, une grande partie des acteurs agricoles mettent en avant cette promesse des NBT, qui devient le cœur de l’argument « écologiste » de défense de ces technologies controversées.
Espoir mondial
Alors que la commercialisation n’a pas démarré en Europe, quelques produits NBT existent ailleurs dans le monde. Des chercheurs californiens ont notamment conçu un riz résistant à la pyriculariose, qui permet de se passer des fongicides et de réduire les fertilisants azotés. En Europe, les recherches sont en cours, en attendant les autorisations de mise sur le marché. 90 demandes d’autorisation seraient déjà déposées pour des cultures NBT.
Aux Antilles françaises (mais aussi en Équateur, au Guatemala et au Costa Rica), les producteurs attendent de pied ferme ces autorisations pour commercialiser des bananes Cavendis – 50 % de la consommation mondiale – résistantes à la cercosporiose noire, une maladie foliaire des bananiers. Aujourd’hui de nombreux traitements sont nécessaires à leur culture, et des résistances aux pesticides se développent.
« Dans certains pays d’Afrique, les agriculteurs souffrent réellement des pulvérisations de pesticides, qu’ils appliquent 10 à 20 fois par saison, sans équipement de protection, parce qu’ils n’ont pas la possibilité d’utiliser des produits plus efficaces », insiste le Dr Sheila Ochugboju, Directrice d’Alliance for Science, une ONG qui lutte pour la sécurité alimentaire dans le monde, et promoteur des NBT.
« Mais de nombreux pays ne sont pas en sécurité sur le plan alimentaire, comme le Kenya, où les sécheresses dévastent les récoltes, avec leur lot de parasites. Ces technologies nous donnent un espoir pour l’avenir, car elles peuvent être rapidement enseignées aux scientifiques qui peuvent les utiliser de manière très spécifique », poursuit-elle.
Effet inverse pour les ONG et militants écologistes
Les NBT : la panacée pour réduire les pesticides ? Ce n’est pas l’avis des ONG environnementales, et des écologistes militants et élus. Ils rappellent que les recherches sur les OGM qui remontent à plusieurs décennies ont toujours du mal à créer des variétés résistantes aux maladies, ravageurs, et plus encore aux contraintes climatiques.
« Au lieu de cela, les producteurs d’OGM se concentrent sur la modification de caractères simples qui aident l’agro-industrie industrielle, souvent également productrice de nouvelles cultures tolérantes aux herbicides et aux insecticides », avance l’International Federation of Organic Agriculture Movements (IFOAM) dans un communiqué.
Pour les anti-NBT, ces technologies auraient l’effet inverse : ils encourageraient l’usage des produits phytosanitaires. Selon eux, une variété qui tolère plus d’herbicides encourage l’agriculteur à être moins vigilant sur la quantité épandue. Une étude américaine de 1996 a en effet montré que l’introduction des OGM a engendré une augmentation de plus de 15 % des pesticides utilisés.
Autre argument : les « mauvaises herbes » ou les insectes soumis aux pesticides deviennent de plus en plus résistants à ces derniers, poussant à une intensification des traitements.
Quid de la réglementation sur la réduction des pesticides ?
La question des produits des NGT résistants aux herbicides fait l’objet de débats au sein de l’UE. Alors qu’une première version du texte de la Commission européenne avait rangé ces variétés dans la seconde catégorie – comme les OGM – elles n’apparaissent plus dans le document final.
Les anti-NBT redoutent donc qu’elles puissent sortir de la réglementation, et freiner la sortie programmer par l’UE des produits de synthèse. « Comment décourager les agriculteurs d’utiliser des pesticides ? » demandait l’eurodéputée Irène Tolleret (Renew) au Parlement européen lors d’un débat sur le texte.
Selon certains eurodéputés, comme Pascal Cafin (Renew), et des membres de la Commission européenne, le texte sur les NBT ne peut tenir qu’associé à celui sur l’utilisation durable des pesticides (règlement SUR) qui prévoit notamment, dans le cadre de la stratégie « De la ferme à la table », une réduction par deux des pesticides à l’horizon 2030.
Dans une récente étude menée par l’institut de recherche HFFA Research et diffusée par Euroseeds, les pertes de productions agricoles engendrées par cette stratégie – 20 % en moyenne – pourraient être compensées par les NBT.
Ces dix prochaines années, ces technologies pourront « contrecarrer environ 55 % de la baisse des revenus agricoles, qui peut être attribuée aux impacts sur la production et l’approvisionnement de la mise en œuvre de ces stratégies », dit l’étude.
Pour Thor Gunnar Kofoed, Président du groupe de travail sur les semences au syndicat des agriculteurs européens Copa-Cogeca, la résistance aux pesticides rend de toute façon inéluctable la transition vers les NBT :
« Les pesticides que nous utilisons aujourd’hui ne seront plus utilisés dans une dizaine d’années, nous avons donc besoin d’autres outils ».