Réforme des retraites : Emmanuel Macron contre la rue, l’éternel combat
Plus de 1,27 millions de manifestants, un record selon les chiffres du ministère de l’intérieur, pourtant conservateurs, ont battu le pavé mardi contre la réforme des retraites. Emmanuel Macron, qui a juré de faire passer la réforme coûte que coûte, est fragilisé.
Plus de 1,27 millions de manifestants, un record selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, pourtant conservateurs, ont battu le pavé mardi contre la réforme des retraites. Emmanuel Macron, qui a juré de faire passer la réforme coûte que coûte, est fragilisé.
Selon les données du ministère de l’Intérieur, 1,272 million de personnes sont descendues dans la rue dans le pays mardi (31 janvier) – un record depuis les grandes grèves de 1995 contre la réforme des retraites du Premier ministre de l’époque Alain Juppé. Selon les syndicats, ce chiffre atteint 2,8 millions de personnes.
Le pays est au coeur d’une crise sociale depuis que la réforme a été présentée par la Première ministre française, Elisabeth Borne, le 10 janvier. Le relèvement de l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans a cristallisé les tensions, et l’intersyndicale s’est mobilisée d’une seule voix pour dire « non » au projet de loi.
Mme Borne affirmait encore sur Franceinfo dimanche (29 janvier) que le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite « n’est pas négociable », alors que le projet de loi est sur les bureaux de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale depuis lundi (30 janvier). Les opposants de tous bords ont condamné la « provocation » du gouvernement – et ont fait de la grève de mardi un exultoire.
Entre 75 et 100 % des salariés des raffineries et des dépôts de TotalEnergies ne se sont pas présentés au travail. Les syndicats de l’énergie ont annoncé qu’ils allaient « geler » un certain nombre de raffineries au cours de la semaine à venir.
« Ils font payer la classe moyenne »
« C’est le début d’une nouvelle cure d’austérité, pas seulement en France mais dans toute l’Europe », a déclaré Jean-Philippe Daviaud, conseiller socialiste (PS), à EURACTIV France dans le cortège.
Alors que les déséquilibres démographiques frappent tous les États membres et que le poids d’un système à répartition pèse de plus en plus sur les actifs, les déficits des systèmes de retraites européens se creusent plus que jamais. « Ils font payer la classe moyenne, encore et encore », a ajouté M. Daviaud.
Une étude d’impact du gouvernement, divulguée la semaine dernière dans Les Echos, a également révélé que la réforme toucherait plus durement les femmes. En moyenne, les femmes nées au début des années 1970 devront travailler neuf mois supplémentaires, contre cinq pour les hommes. De quoi alimenter les revendications des manifestants, qui estiment que la réforme est injuste, inéquitable et socialement violente.
Pas de majorité claire en perspective
Cette situation n’est pas à l’avantage de M. Macron, qui risque de voir son autorité ébranlée. Il a clairement indiqué lundi être prêt à faire passer cette réforme « indispensable », et n’a donné aucun signe de baisser les bras.
Or, jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas de majorité au sein de l’Assemblée nationale, analyse Datapolitics, qui suit à la loupe les tendances de vote.
Le parti Les Républicains (LR), convoité par les bancs de Renaissance, se fait vouloir. Ils ont déposé une série d’amendements qui conditionnerait un vote favorable – mais les députés macronistes refusent pour l’instant de céder.
La NUPES a quant à elle déposé plus de 6 000 amendements, dans le but de « forcer le gouvernement à s’expliquer », selon Hadrien Clouet (LFI), chef de file de la gauche sur cette question.
Enfin, certains députés Renaissance ont fait part à la presse de leurs propres hésitations. Quelques-uns, à l’instar de Stella Dupont, députée du Maine-et-Loire, ont condamné les « injustices » du texte.
La réforme est présentée comme un instrument budgétaire public permettant de contrôler un déficit croissant : selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), une croissance économique (optimiste) de 1,3 % à long terme verrait le déficit des retraites atteindre 0,5 % du PIB en 2032, avant de se résorber lentement d’ici 2043.
Deux nouvelles mobilisations ont été annoncées pour les 7 et 11 février.