Royaume-Uni : les travaillistes soutiendront l'agriculture, mais l'incertitude demeure

Le nouveau gouvernement britannique de centre gauche s’est engagé à soutenir l’agriculture et à donner la priorité à la sécurité alimentaire, mais des questions subsistent quant aux projets du Parti travailliste concernant les politiques agricoles après le Brexit.

EURACTIV.com
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Le Parti travailliste, dirigé par Keir Starmer, a remporté des victoires historiques dans plusieurs circonscriptions rurales traditionnellement conservatrices, notamment dans le North Somerset, le South West Norfolk et le Suffolk Coastal, lors des élections générales du 4 juillet. [Shutterstock/Cliff Day]

Le nouveau gouvernement britannique de centre gauche s’est engagé à soutenir l’agriculture et à donner la priorité à la sécurité alimentaire, mais des questions subsistent quant aux projets du Parti travailliste concernant les politiques agricoles du pays après le Brexit.

Le parti dirigé par Keir Starmer a remporté des victoires historiques dans plusieurs circonscriptions rurales traditionnellement conservatrices, notamment dans le North Somerset, le South West Norfolk et le Suffolk Coastal, lors des élections générales du 4 juillet.

Toutefois, le programme du Parti travailliste ne mentionnait pas de budget pour l’agriculture, alors que les Conservateurs et les Libéraux-démocrates promettaient un milliard de livres sterling (près de 1,2 milliard d’euros) supplémentaires pour le secteur agricole.

Nick von Westenholz, directeur de la stratégie du Syndicat national des agriculteurs (National Farmers Union’s, NFU), a déclaré à Euractiv qu’il était crucial de fixer un budget à long terme pour le programme de gestion environnementale des terres (Environmental Land Management, ELM).

L’ELM remplacera au Royaume-Uni la Politique agricole commune (PAC), le programme de subventions agricoles de l’UE.

« Contrairement à l’UE dans le cadre de la PAC, où vous avez un engagement financier pluriannuel de sept ans, nous n’avons pas d’engagement de dépenses pour financer ces programmes », a expliqué Nick von Westenholz.

« Nous nous attendons évidemment à ce qu’il y ait une certaine forme de provision budgétaire, et le gouvernement doit donc rapidement définir exactement quel sera le budget pour ces programmes », a-t-il ajouté.

Les paiements liés à la surface dans le cadre de la PAC seront entièrement supprimés d’ici 2027 et remplacés par quatre politiques agricoles distinctes, mises en œuvre par Angleterre, Écosse, Irlande du Nord et pays de Galles.

La nouvelle politique écossaise reste alignée sur les subventions européennes à l’hectare et sur le financement complémentaire des pratiques durables, tandis que l’Angleterre et le pays de Galles ont adopté des systèmes récompensant l’agriculture respectueuse de l’environnement.

Projets écologiques

Le secteur agricole d’Angleterre — le plus important du Royaume-Uni — est confronté à l’incertitude depuis le Brexit. Les gouvernements conservateurs successifs ont fréquemment modifié l’ELM jusqu’en 2023.

Dans la dernière version, les agriculteurs anglais peuvent choisir parmi plus d’une centaine de mesures pour recevoir des subventions, comme réduire l’utilisation des pesticides, planter des fleurs favorables aux pollinisateurs et optimiser l’utilisation des engrais pour protéger les eaux souterraines de la pollution.

Nick von Westenholz souligne qu’il est peu probable que le Parti travailliste apporte des changements radicaux aux programmes existants, mais qu’il est essentiel de les rendre financièrement attrayants pour les agriculteurs.

« Il y a une crainte que le budget ne soit pas suffisant et qu’il n’y ait pas assez d’arguments économiques pour que les agriculteurs adoptent le programme », a-t-il souligné.

Le manque de clarté a également entraîné une lenteur dans l’adoption des nouveaux programmes par les agriculteurs anglais au cours des premières années de leur mise en œuvre. Cependant, la tendance s’est récemment améliorée.

Ben Reynolds, directeur exécutif de l’Institut pour la politique environnementale européenne (Institute for European Environmental Policy, IEEP) au Royaume-Uni, un think tank spécialisé dans le développement durable, a expliqué à Euractiv que les agriculteurs demandaient plus de programmes ambitieux, ce qui implique un besoin de financement supplémentaire.

Ben Reynolds s’est fait l’écho des préoccupations du syndicat national des agriculteurs (NFU) concernant l’insuffisance du budget, faisant remarquer que la réduction des fonds existants entraverait la réalisation des objectifs de préservation de la nature.

À l’heure actuelle, le Royaume-Uni s’est engagé à protéger 30 % de la biodiversité terrestre et marine d’ici 2030, conformément à la promesse faite lors de la conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15) qui s’est tenue à Montréal en 2022.

« La plupart des problèmes du Royaume-Uni en termes de nature ne peuvent être résolus que par une bonne agriculture », a affirmé Ben Reynolds, qui préconise une approche de recompenses pour encourager les agriculteurs.

Les agriculteurs gallois s’insurgent

Au pays de Galles, le programme d’agriculture durable (Sustainable Farming Scheme, SFS) proposé pour remplacer les aides de la PAC de l’UE s’est heurté à des réactions négatives, provoquant des manifestations d’agriculteurs dans tout le pays au début de l’année 2024.

Le projet gallois exigeait des agriculteurs qu’ils mettent en œuvre un ensemble de mesures environnementales pour obtenir les subventions, y compris des mesures très controversées dans le secteur, telles que la plantation d’arbres sur 10 % de l’exploitation et la consécration de 10 % à la restauration des habitats de la faune et de la flore.

L’organisation caritative galloise de protection de la nature Woodland Trust a qualifié cette exigence de « modeste », étant donné que la couverture arborée moyenne des exploitations agricoles au Pays de Galles est déjà de 6 à 7 %.

« Je pense que le problème du programme gallois réside en partie dans la manière dont il a été présenté, ou peut-être manipulé, par certains groupes d’intérêt », estime Ben Reynolds.

Il a également souligné que les agriculteurs gallois, plus dépendants des anciennes subventions à l’hectare de la PAC, ont estimé que la nouvelle proposition n’était pas viable sur le plan financier.

En réponse aux manifestations, le gouvernement gallois a reporté la mise en œuvre du SFS à 2026, une décision applaudie par le NFU.

L’impact du Brexit

En ce qui concerne l’impact global du Brexit sur l’agriculture et l’environnement, Ben Reynolds parle d’un « bilan en demi-teinte ».

« De manière générale, je dirais que l’un des aspects positifs du Brexit, du point de vue de l’agenda environnemental, a été l’essai de nouveaux programmes agricoles, en particulier en Angleterre », a-t-il déclaré.

« Combien de ces changements aurions-nous pu effectuer au sein de l’UE ? Peut-être n’avions-nous pas besoin de quitter l’UE pour pouvoir les mettre en œuvre ? », a-t-il cependant ajouté.

[Édité par Anna Martino]