Un exploitant agricole condamné pour la mort d'un travailleur migrant qui a bouleversé l'Italie

Les syndicats font pression sur le gouvernement pour qu'il prenne davantage de mesures afin de lutter contre l'exploitation des travailleurs agricoles migrants

EURACTIV.com
Des collègues et camarades de Satnam Singh, ouvrier agricole, participent à une manifestation contre l'exploitation et le gangmastering, le 22 juin 2024 à Latina, en Italie. [Photo : Simona Granati - Corbis/Corbis via Getty Images]

Mercredi, un tribunal de Latina, au sud de Rome, a condamné Antonello Lovato, propriétaire d’une exploitation agricole, à 16 ans de prison pour la mort de Satnam Singh, un ouvrier agricole indien dont le cas est devenu un symbole de l’exploitation par le travail dans le secteur agricole italien.

Connue sous le nom de « caporalato », l’exploitation systématique des ouvriers agricoles dans la péninsule est souvent liée aux réseaux du crime organisé.

Singh, alors âgé de 31 ans, a perdu un bras en juin 2024 alors qu’il utilisait une machine d’emballage sous film plastique non sécurisée dans l’exploitation de Lovato. Au lieu d’appeler à l’aide, Lovato l’a chargé dans une camionnette, avec le bras sectionné dans une caisse de fruits, et l’a déposé devant son domicile, où sa compagne Soni l’attendait. Singh est décédé à l’hôpital, où il est arrivé trop tard pour être sauvé.

Les juges ont reconnu Lovato coupable d’homicide volontaire avec « intention éventuelle », ce qui signifie qu’il n’avait pas l’intention de tuer Singh, mais qu’il a agi en sachant que ses actes pourraient entraîner la mort de celui-ci. Le parquet avait requis une peine de 22 ans ; la peine a été réduite après la prise en compte de circonstances atténuantes.

Dans le cadre d’un autre procès, toujours en cours, Lovato est accusé d’exploitation par le travail. Un inspecteur des carabiniers a témoigné que Singh n’avait ni contrat de travail officiel ni titre de séjour, et que seuls deux ouvriers agricoles avaient été déclarés ce jour-là. Selon le parquet, les ouvriers étaient payés 5,50 € de l’heure, au noir.

Les syndicats ont réagi rapidement. La Confédération générale italienne du travail (CGIL), partie civile dans le procès, a qualifié le verdict de « pas vers la justice, attendu depuis longtemps ». Le syndicat a pointé du doigt « un système d’exploitation fondé sur le gangmastering (recrutement illégal de main-d’œuvre), le travail non déclaré, la coercition et le déni de la dignité des travailleurs », appelant à des contrôles plus stricts dans l’attente du deuxième procès.

Le gouvernement met en avant les mesures prises depuis la mort de Singh, notamment un décret sur le travail d’un montant de 934 millions d’euros adopté en mai et visant en partie le « gangmastering numérique », ainsi que des engagements en faveur d’un renforcement des inspections agricoles, dont certaines par drone, et d’un effectif supplémentaire d’inspecteurs.

Les syndicats estiment que cette réponse est insuffisante. Le secrétaire local de la CGIL, Giovanni Mininni, a déclaré en juin qu’une table ronde gouvernementale sur le gangmastering, promise après la mort de Singh, « n’a pas été convoquée depuis deux ans », citant un incendie mortel qui a coûté la vie à des travailleurs agricoles migrants à Amendolara, en Calabre, comme preuve que « peu de choses ont changé ».

(adm, cm)