La « planification » écologique n'est plus un gros mot
The climate crisis is real, and simply hoping that EU citizens will voluntarily change their ways enough to create the necessary change is idealistic at best. European politicians are coming around to the idea of a more rigorously planned approach, so-called state 'planification'.
Dans quatre communes de Pyrénées-Orientales, l’eau manque au robinet, à tel point que les mairies distribuent des packs de six bouteilles : une par jour et par habitant. Autant dire que l’urgence commande, ce qu’il faudrait éviter pour régler la question climatique.
Ailleurs en Europe, les incendies ont dévoré des hectares de forêt des mois avant l’été, tandis que l’approvisionnement en gaz pour l’hiver 2024 est déjà menacé : « l’UE sera la dernière roue du carrosse » nous explique une source de l’industrie électrique française.
Pour autant, les dirigeants restent plutôt optimistes, arguant que la sobriété « heureuse » et « choisie » permettra d’amoindrir les effets de pénurie. Un certain nombre d’experts s’inquiètent de ce vocabulaire qui rappelle étrangement le mirage de la « mondialisation heureuse » vantée lors des années 1990.
Même les élus qui y sont biberonnés changent de discours : « nous devons passer d’une écologie de marché à une écologie de la planification » déclarait en ce sens le député Renaissance David Amiel lors d’un évènement organisé à Paris par le think tank I4CE, le 11 avril dernier, avant de plaider pour une loi de programmation des finances publiques pour le climat, capable d’orienter les investissements de la France et refaire de la politique autre chose qu’une gestion des affaires courantes.
Dans les jours qui ont suivi, la filière de la chaleur renouvelable française remettait à la ministre de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher, son “Plan Marshall” pour la filière. Les mots ont un sens.
Plus largement, tous les secteurs de l’énergie attendent du gouvernement français et des institutions européennes qu’ils présentent des lois portant des objectifs énergétiques et environnementaux ambitieux.
En 2023, le temps n’est plus aux échanges tous azimuts, à l’illusion du partage de la valeur mondiale. Plutôt, la crise énergétique rappelle le besoin d’une véritable vision d’avenir, financée par des investissements massifs et coordonnés. Les mots ont un poids.
Prendre le temps que la démocratie n’offre pas
En démocratie, où la rotation des gouvernements est importante, il n’est pas chose aisée de planifier, alors que la finitude d’un mandat parasite le temps que l’élu consacre à sa tâche. Entre deux campagnes et quelques compromis, difficile de penser long-terme et de tenir ses promesses.
D’autant que les choix qu’il est nécessaire de faire pour atteindre un horizons lointain, même de quelques années, peuvent être impopulaires.
Quoi de mieux alors, pour légitimer la prise de position ferme, que des opportunités de crise, des événements d’une telle gravité que l’immobilisme prédirait, à coup sûr, une issue malheureuse ? Quoi de mieux qu’une pandémie mondiale ou « une bonne guerre pour relancer l’économie » ?
Déjà, l’UE s’est rappelée au plan de sauvetage américain post-Seconde Guerre mondiale lorsqu’elle a déployé, post-Covid, son plan NextGenerationEU d’une ampleur économique similaire.
Déjà, la France a eu le coup d’œil face à la dépendance énergétique qu’entrainait le développement de l’Occident, déployant dans les années 1970 un plan nucléaire de 30 ans.
Début avril, les députés français Antoine Armand et Raphaël Schellenberger regardaient dans le rétroviseur les 30 années passées pour en tirer des leçons pour les 30 à venir.
L’Église réfléchit en siècle, a-t-on coutume de dire, les deux élus proposent qu’enfin, la politique se pense en générations.
Ce n’est pas une mince affaire, certes, mais c’est ainsi que la politique devrait se dessiner, plutôt que sur des agendas de « cent jours », le temps d’une « épopée héroïque » qui, si elle se finit bien, peut n’amener à rien de concret, et si elle se finit mal, à la fin d’un empereur.
La bonne nouvelle est que la « planification écologique » serait en route, selon d’influents dirigeants, comme l’eurodéputé centriste et défenseur sans relâche du Green Deal européen, Pascal Canfin. L’UE serait même en « véritable mutation » déclarait à EURACTIV France le député M. Amiel.
Fin des énergies fossiles, réindustrialisation, contrat d’électricité de long terme, protectionnisme européen… le basculement idéologique doit être abordé dans tous les pans de l’économie pour ne plus être les « idiots utiles du village planétaire », selon l’expression employée par l’eurodéputé de la Gauche unie, Emmanuel Maurel.
« À une autre époque, nous aurions regardé ailleurs », mais face à l’Inflation Reduction Act américain, enfin l’UE bouge, et c’est tant mieux, lui répond Jean Quatremer, journaliste français et spécialiste des questions européennes.
Espérons que cela continue et que, pendant que notre maison brûle, nous ne regardions pas ailleurs.