Coûts de l'alimentation : une étude révèle les inégalités entre les consommateurs de l'UE
La hausse des prix des produits alimentaires et les pénuries qui les touchent inquiètent la plupart des consommateurs européens, avec près de la moitié des personnes interrogées estimant que ces coûts sont injustement répartis sur le continent.
La hausse des prix des produits alimentaires et les pénuries qui les touchent inquiètent la plupart des consommateurs européens, selon une nouvelle étude. Par ailleurs, près de la moitié des personnes interrogées estiment que ces coûts sont injustement répartis sur le continent.
À l’approche des fêtes de fin d’année, les consommateurs européens réduisent leurs dépenses alimentaires pour faire face aux pénuries et à la hausse des prix, d’après une enquête menée auprès de 5 000 personnes dans 10 pays européens.
Les données indiquent que la plupart des consommateurs considèrent que la guerre en Ukraine a entraîné une augmentation des prix des denrées alimentaires en Europe. Beaucoup pointent du doigt une répartition inégale de ces coûts et des profits tirés de la guerre par ces industries.
« Près de la moitié pense que ces coûts sont répartis de manière inéquitable, 48 % des personnes interrogées estimant que la guerre a permis aux détaillants et aux fabricants de produits alimentaires de réaliser davantage de profits », peut-on lire dans un communiqué rédigé par les chercheurs.
L’étude a été menée par un consortium d’universités européennes, sous la direction de l’université d’Aarhus et avec le soutien de l’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT Food).
Plus tôt dans l’année, Oxfam International a rapporté que la fortune des milliardaires du secteur de l’alimentation et de l’énergie a augmenté de plus de 400 milliards d’euros — soit 453 milliards de dollars — depuis 2020. Cela correspond à un milliard de dollars de profit tous les deux jours.
Les produits dont les consommateurs estiment que les prix ont le plus augmenté sont les produits d’origine animale, tels que la viande rouge (55 %), le poisson (52 %) et les produits laitiers (51 %).
L’enquête révèle que près de quatre consommateurs sur dix (37 %) achètent moins de viande rouge, tandis qu’un tiers d’entre eux achètent moins de poisson et de volaille (33 % pour chacun).
D’autres « comportements économes » constatés par les chercheurs sont le passage à des marques et des magasins moins chers afin de pouvoir continuer à remplir le panier d’achat.
Cependant, selon l’étude, certains consommateurs choisissent de renoncer complètement à certains produits de leur alimentation. Cela concerne essentiellement les plats cuisinés (12 %) — par exemple les repas préparés — et les boissons alcoolisées (10 %).
Augmentation de la pauvreté et choix « plus réfléchis »
En 2021, 7,3 % de la population totale de l’UE ne pouvait pas se permettre de manger un repas avec de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien un jour sur deux, selon Safe Food Advocacy Europe.
En outre, les recherches menées par des universités européennes ont révélé que la hausse des prix des produits alimentaires a poussé les consommateurs à faire des choix d’achat « plus réfléchis ».
En d’autres termes, plus de la moitié des personnes interrogées ont déclaré qu’elles vérifiaient davantage les prix qu’avant la pandémie, tandis que quatre personnes sur dix affirment faire moins d’achats non planifiés. Cela représente une augmentation de 35 % et 26 %, respectivement, depuis 2020.
Klaus Grunert, professeur à l’université d’Aarhus, espère que — bien que la crise en Ukraine et le ralentissement économique mondial constituent des menaces inédites et considérables pour le système alimentaire européen — cette nouvelle étude fournira aux décideurs les moyens de concevoir des politiques éclairées et adaptées.
Il estime que ces mesures doivent répondre de manière adéquate aux inquiétudes croissantes des consommateurs concernant la hausse fulgurante des prix des produits alimentaires.
Ce projet fait suite à une étude menée en 2020, qui avait révélé que les mesures de confinement liées à la Covid-19 étaient susceptibles d’entraîner des changements de comportement durables en matière de consommation alimentaire.
« N’oublions pas que pour les ménages les moins aisés, la simple adaptation de leurs comportements d’achat de produits alimentaires ne suffira pas », a expliqué Camille Perrin, responsable principale de la politique alimentaire au Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).
D’après elle, ces ménages doivent être épaulés par des politiques sociales adéquates tout au long de la crise du coût de la vie.
« Les supermarchés ont également un rôle à jouer, par exemple en veillant à ce que des gammes économiques soient disponibles là où les consommateurs en ont le plus besoin », a-t-elle poursuivi.
Les étiquettes jouent également un rôle essentiel dans le comportement des consommateurs, puisque l’étude révèle que près de quatre acheteurs sur dix les utilisent plus souvent pour comparer les produits.
De manière générale, la tendance en Europe indique que la plupart des consommateurs ont adapté leurs habitudes d’achat. Ils accordent plus d’attention aux prix des produits alimentaires ou font des « choix réfléchis », par exemple en vérifiant les étiquettes ou en cherchant des « innovations alimentaires ».