Débat de l'entre-deux-tours : deux visions de l'agriculture se sont affrontées
« Je suis déçu de ne pas avoir pu parler d’agriculture ». Malgré ce regret d’Emmanuel Macron confié lors de la rencontre, les questions ayant trait à l’agriculture et à l’alimentation ont été abordées de manière transversale, hier soir (20 avril), durant le débat de l'entre-deux-tour.
« Je suis déçu de ne pas avoir pu parler d’agriculture ». Malgré ce regret d’Emmanuel Macron confié lors de la rencontre, les questions ayant trait à l’agriculture et à l’alimentation ont été abordées de manière transversale, hier soir (20 avril), durant le débat de l’entre-deux-tours.
La souveraineté est une pomme de discorde qui sépare fondamentalement les deux candidats. « Je suis convaincu que notre souveraineté est nationale et européenne, les deux se complètent » insiste le président-candidat au cours d’un bref échange sur l’Europe. Marine Le Pen, qui refuse désormais de sortir de l’Union européenne, défend, elle, une souveraineté nationale dans le cadre d’une Europe des Nations.
Très vite, le débat s’oriente vers l’agriculture. Pour Emmanuel Macron, « parler de l’Europe, c’est aussi parler de nos agriculteurs qui savent, ô combien, que l’Europe est importante pour eux, puisque la PAC les aide à vivre, à évoluer, à faire avancer cette nouvelle révolution qu’à leurs côtés nous conduisons. »
Il reviendra un peu plus tard sur la nouvelle PAC, dont il a élaboré le plan stratégique national ces deux dernières années. « On s’est battu pour une PAC qui ne baisse pas, malgré le Brexit, et que tous les autres voulaient faire baisser à quelques exceptions près » explique-t-il.
« Je suis opposé à la politique que vous avez soutenue « de la ferme à la fourchette« , qui vise à baisser de 10 % à 20 % la production agricole européenne, répond Marine Le Pen. Au moment où le monde est en train de faire face à une crise alimentaire qui va voir un certain nombre de pays, probablement, être victimes d’émeutes de la faim ». Une critique à laquelle souscrit le Président sortant, rappelant qu’il avait déjà remis en question les ambitions du green deal européen qui prévoit notamment une baisse de 50 % de pesticides et de 20 % d’engrais à l’horizon 2030. « La baisse de production n’est plus adaptée au contexte, il faut produire plus » admet-il.
Libre-échange
La candidate du Rassemblement national a concentré ses attaques sur le libre-échange, reprochant au modèle actuel de favoriser l’importation du « poulet du Brésil ou du bœuf du Canada ». Emmanuel Macron s’en est défendu en expliquant qu’il n’avait « pas voulu signer le traité Mercosur avec le Brésil ». « J’ai porté une clause-miroir, poursuit-il, avant de préciser : Quand nous, on demande à nos agriculteurs, à nos industriels des choses, on demande la même chose en face. »
Au cours d’un échange sur les projets écologiques, Marine Le Pen revient sur le libre-échange, fustigeant cette fois les émissions de gaz à effet de serre qu’il génère. « Produire à 10 000 km pour consommer 10 000 km plus loin tue la planète » assène-t-elle. Il faut arrêter d’« importer la moitié de nos fruits et légumes alors que nous sommes en capacité de répondre à la demande ». Son objectif, si la candidate est élue, sera de favoriser le localisme et de réimporter la production et les activités.
Une mesure concrète, inscrite dans son programme, est de faire en sorte que « les collectivités, l’Etat, la restauration collective s’engagent à acheter français ». Le bio ? Pas de systématisme. Il faut écarter, selon Marine Le Pen, « le bio étranger, dont les normes sont moins précises et sévères que le bio français ».
Autre sujet que la candidate d’extrême droite a décidé d’aborder : la souffrance animale. Pour elle, le libre-échange est « un modèle qui fait beaucoup de mal aux animaux ». Ce modèle où l’on « accepte des circuits qui font naître des bêtes en France que l’on va transporter dans les camions, dans des conditions qui sont, évidemment, éprouvantes et douloureuses, à des centaines de kilomètres pour aller les engraisser, puis à nouveau à des centaines de kilomètres, voire des milliers de kilomètres, pour aller les abattre » poursuit-elle.
D’autres sujets comme le pouvoir d’achat des produits alimentaires ont également été abordés. Alors que Marine Le Pen pointe les défaillances sociales du quinquennat passé, elle met en avant sa volonté de baisser la TVA sur l’alimentation. « Injuste », car cela favoriserait les plus aisés, et surtout inefficace a rétorqué l’actuel locataire de l’Élysée.
Finalement, ce débat a mis en lumière une divergence de fond qui détermine les différentes positions sur la thématique qui nous intéresse : l’Europe. Une agriculture nationale défendant « les intérêts des éleveurs et des producteurs français » pour l’une, l’intégration européenne favorisant la productivité pour l’autre. Souveraineté nationale contre souveraineté européenne.