Face au coronavirus, l’exception pas si folle de la Suède
Pas de confinement obligatoire, pas de fermeture d’écoles… Non, le gouvernement suédois ne prend pas l’épidémie de coronavirus à la légère, mais il fait face autrement. En misant sur le civisme et la confiance. Un article de notre partenaire Ouest-France.
Pas de confinement obligatoire, pas de fermeture d’écoles… Non, le gouvernement suédois ne prend pas l’épidémie de coronavirus à la légère, mais il fait face autrement. En misant sur le civisme et la confiance. Un article de notre partenaire Ouest-France.
Le week-end pascal a servi de test. Dans un pays qui a choisi la responsabilité individuelle plutôt que le confinement, les habitants étaient priés de renoncer à leurs projets de sortie. Pas d’interdiction, juste une recommandation, qui a valeur de directive. C’est la méthode, controversée, de la Suède face au coronavirus.
Selon les données recueillies par l’opérateur de téléphonie Telia, les Suédois ont largement respecté les consignes. Les habitants de l’île de Gotland avaient demandé aux Stockholmois de ne pas venir : les voyages ont baissé de 96 % par rapport à 2019, selon Telia.
Responsabilité individuelle et civisme
Il faut dire que le ministre de l’Intérieur, Mikael Damberg, avait tapé du poing sur la table, le 9 avril : Je ne veux voir de terrasses bondées nulle part. Mercredi, la Suède affichait 11 927 contaminations et 1 203 décès, dont près de la moitié en maison de retraite. Un bilan bien plus lourd que ses voisins scandinaves. Et pourtant, il n’est toujours pas question d’imposer le confinement, ou de fermer les écoles.
Vue de l’étranger, la Suède donne l’impression de ne rien faire et de réagir avec désinvolture face à la pandémie. Or ce n’est pas le cas, met en garde l’historien Lars Trägårdh, spécialiste des relations entre l’État et la société civile. Il y a un sentiment de gravité, et les Suédois ont reçu les mêmes recommandations qu’ailleurs : rester à la maison au moindre symptôme, éviter les interactions sociales, protéger les personnes à risque… La différence se situe dans la méthode appliquée : au lieu d’avoir recours à la contrainte, les autorités font appel à la responsabilité individuelle et au civisme.
« La liberté sous responsabilité »
Lars Trägårdh explique la stratégie suédoise par les spécificités du contrat social, basé sur l’individualisme et la relation forte à l’État : « En Suède, les études révèlent un très haut degré de confiance, tant des citoyens à l’égard de l’État, que de l’État vis-à-vis des citoyens, ou encore des Suédois entre eux. » Dans le contexte de la pandémie, poursuit-il, « lorsque les autorités émettent des recommandations, elles partent du principe qu’elles seront suivies, tandis que les citoyens ont confiance dans les recommandations qui leur sont données ». Plutôt que de mettre en place un contrôle, la Suède fait appel à « la liberté sous responsabilité ».
Le directeur de l’Agence de santé publique, Johan Carlsson, cite en exemple la vaccination, non-obligatoire en Suède, et qui atteint pourtant un taux de 98 % : « Face au coronavirus, nous faisons ce que nous avons toujours fait, affirme-t-il. Notre stratégie est basée sur l’information et l’acceptation. »
Des scientifiques critiquent la méthode
La Suède atteindra-t-elle, plus vite que d’autres, la fameuse immunité collective ? Quand le virus a touché plus 60 % de la population et ne circule quasiment plus ? Tout en évitant une embolie de son système de soins ? Les avis sont partagés. Des scientifiques critiquent la méthode, qu’ils jugent dangereuse.
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