La Commission propose de sortir le loup de son statut d'espèce « strictement protégée »

La Commission européenne propose de modifier le statut international du loup, qui passerait de « strictement protégé » à « protégé », ce qui faciliterait les mesures de prévention comme les tirs défensifs.

Euractiv France
Golden,Morning,Gray,Wolf,(canis,Lupus),Trots,Through,Snow,Ice
En cas de changement de statut, les États membres bénéficieraient "d'une plus grande souplesse en matière de gestion", et pourraient généraliser les tirs. [Travis Potter / Shutterstock]

La Commission européenne propose de modifier le statut international du loup, qui passerait de « strictement protégé » à « protégé », facilitant ainsi les mesures de prévention comme les tirs défensifs.

La Commission européenne a proposé ce lundi (20 décembre) de modifier le statut du loup, celui-ci passant d’espèce « strictement protégée » à « protégée », dans la Convention de Berne et la directive européenne Habitats.

Pour la Présidente de la Commission Ursula von der Leyen, ce processus désormais engagé « est une étape importante » : « Je suis profondément convaincue que nous pouvons trouver, et que nous trouverons, des solutions ciblées permettant de protéger à la fois la biodiversité et nos moyens de subsistance en milieu rural », a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

Ce déclassement du grand carnivore avait déjà été défendu par Mme von der Leyen en personne début septembre 2023, avant que la Commission annonce, quelques jours après, le lancement d’une évaluation des populations en Europe pour, le cas échéant,  « adapter le cadre de protection » du loup.

Dans son « analyse approfondie », publiée ce lundi, la Commission constate une augmentation des populations de loups au cours de ces vingt dernières années, ces derniers occupant « des territoires de plus en plus vastes ».

« L’Europe compte plus de 20 000 loups, dont les populations sont généralement en augmentation et s’étendent sur des zones de plus en plus grandes, et des meutes reproductrices dans 23 États membres de l’UE », précise l’exécutif européen.

Si cette expansion est une réussite sur le plan environnemental, l’analyse note qu’elle « a toutefois entraîné la multiplication des conflits avec les activités humaines, notamment en raison des dommages causés au bétail, avec une forte pression sur des zones et des régions spécifiques ».

Chaque année en Europe, 65 500 animaux d’élevages sont tués par les loups. En France, l’Office français de la biodiversité (OFB) a recensé 3 359 attaques et 10 163 victimes en 2021. Les dernières estimations font état de 1 104 individus dans l’hexagone.

Selon l’INRAE, le coût de la prédation est estimé à 80 000 euros par loup et par an.

Une gestion plus souple

Actuellement la « protection stricte », inscrite dans la Convention de Berne et la directive Habitats, permet, par dérogations, d’effectuer des tirs défensifs contre l’animal en cas d’extrême urgence, seulement si les méthodes passives n’ont pas fonctionné, et si cela n’entraîne pas d’atteinte aux populations.

Or, en cas de changement de statut, les États membres bénéficieraient « d’une plus grande souplesse en matière de gestion », et pourraient généraliser les tirs.

Seule contrainte : que les autorités nationales respectent « l’objectif juridique global cohérent à atteindre et à maintenir un état de conservation favorable pour l’espèce ». Elle encourage par ailleurs les États à investir, avec les fonds européens – FEADER notamment -, dans des « mesures appropriées de prévention des dommages ».

Réactions

Christiane Lambert, présidente du syndicat européen Copa-Cogeca, a félicité la Commission européenne d’avoir « répondu au SOS des éleveurs victimes de prédations croissantes. »

« Choisir de mieux protéger l’élevage est plus porteur de durabilité économique,sociale, environnementale » , s’est-elle exprimée sur X.

Même son de cloche pour l’eurodéputé Jérémy Decerle (Renew) qui salue « cette étape attendue » : « Ce n’est évidemment pas une solution magique à un problème complexe, mais ce serait un verrou en moins pour essayer de rendre les conditions de travail de milliers d’éleveurs plus vivables. »

Pour sa collègue écologiste Caroline Roose (Verts / ALE), il s’agit en revanche d’une « énième attaque contre des décennies de travail de conservation de la faune ». Selon elle, « cette proposition sans fondement scientifique ou économique ne réglera pas la question de la cohabitation. Elle mettra en danger la biodiversité. »

« La Commission européenne met un nouveau coup de canif dans l’ambitieux Pacte vert (Green deal) annoncé en 2020, désavouant par là même la position de la Commission en défaveur de l’affaiblissement du statut de protection du loup, clairement exprimée jusqu’en 2022 », déplore de son côté Christophe Marie, directeur adjoint et porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot.

Pour les associations de défense du prédateur, les tirs ont une efficacité relative, voire contre-productive, et appellent à favoriser d’autres moyens de protections, en particulier la surveillance humaine des troupeaux.

Si la France avec son récent plan national loup (PNA) rejoint la Commission européenne sur la nécessité de changer le statut de l’animal, cette dernière devra obtenir l’accord des autres États membres en Conseil pour pouvoir soumettre ensuite ce texte aux 50 signataires de la Convention de Berne.