Le Green Brief : échec du « grand compromis » européen sur l’énergie

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L’Europe est à l’aube d’un traumatisme générationnel profond : la crise pétrolière des années 1970 a marqué toute une génération, et la crise énergétique des années 2020 fera de même. Nos dirigeants font-ils suffisamment d’efforts ?

Tout autour de nous, les gens se mettent à compter les kilowatts avec anxiété, redoutant la flambée de leurs factures d’énergie provoquée par la guerre de la Russie en Ukraine et la militarisation de l’approvisionnement en gaz par Moscou.

« C’est une guerre contre notre énergie, une guerre contre notre économie, une guerre contre nos valeurs et une guerre contre notre avenir », a expliqué Ursula von der Leyen, dans son discours annuel sur l’état de l’Union la semaine dernière. 

Il est révélateur que Mme von der Leyen ait utilisé onze fois le mot « solidarité » dans son discours devant le Parlement européen. Ses propos s’adressaient toutefois probablement aux gouvernements nationaux qui ont tendance à privilégier les intérêts nationaux lorsqu’ils sont confrontés à des crises d’envergure européenne.

Selon le think-tank Bruegel, basé à Bruxelles, l’Europe a besoin d’un « grand compromis sur l’énergie ». Un engagement mutuel de chacun à faire le bien pour tous les Européens, et pas seulement pour ses propres électeurs.

Les chercheurs de Bruegel appellent à « l’unité en matière d’énergie » et à ce que « tous les pays prennent des décisions nationales difficiles pour exploiter les divers potentiels énergétiques inexploités. »

Pourtant, le grand compromis qui sera indispensable pour nous permettre de passer l’hiver semble condamné d’avance. Les gouvernements font actuellement ce qu’ils savent faire de mieux : calmer les électeurs. 

En septembre, le gouvernement allemand a confirmé que, sans qu’elle en porte le nom, la sortie du nucléaire aura lieu en 2022. Il prive ainsi sa propre population, ainsi que l’Europe dans son ensemble, d’une source d’électricité bon marché et à faible teneur en carbone dans un moment social et écologique critique. 

En France, les médias ont rapporté que le géant de l’électricité EDF voulait interdire les exportations vers l’Italie.

Aux Pays-Bas, le gouvernement maintient sa décision d’arrêter la production du champ gazier de Groningue — le plus grand d’Europe — qui s’épuise rapidement et cause des secousses dans la région.

« Les personnes qui vivent là-bas détestent vraiment l’idée que j’ouvre les vannes, juste, par exemple, pour faire baisser les prix », a déclaré le secrétaire d’État néerlandais aux Industries extractives, Hans Vijlbrief, aux journalistes le 9 septembre.

Bien qu’il ait laissé la voie ouverte à une augmentation de la production en cas de situation d’urgence, comme par exemple une pénurie de gaz dans les hôpitaux, sa déclaration met en exergue la faille qui caractérise systématiquement le raisonnement des dirigeants européens.

À l’instar des Néerlandais et des Français, les Allemands préfèrent mener une politique du chacun pour soi : la solidarité européenne dans les mots bute contre les actes.

Prolonger l’utilisation des centrales nucléaires allemandes aurait permis d’économiser plus de gaz et d’argent à l’étranger qu’en Allemagne. Au lieu de cela, l’achat effréné de gaz par Berlin a provoqué une nouvelle flambée des prix. Ses stocks sont maintenant remplis à 90 %, alors que ceux de l’Autriche voisine tournent toujours autour de 70 %.

La France investit dans les énergies renouvelables, ce qui peut porter atteinte aux sensibilités nationales, mais pourrait être un atout pour l’approvisionnement en électricité de l’Europe. Paris continue de bloquer le projet de gazoduc MidCat ainsi que les tentatives visant à connecter la péninsule ibérique au marché européen de l’énergie.

La liste est encore longue. Et tandis que les grands pays mènent la danse, les plus petits se laissent aller à des élans similaires d’« égoïsme » national.

La Hongrie, pour sa part, a entièrement cessé d’exporter du gaz. La Croatie a interdit les exportations de gaz produit localement tout en cherchant à accroître sa production. La Norvège, qui souffre de faibles rendements hydroélectriques en raison de la sécheresse, envisage d’arrêter ses exportations vers l’Europe.

D’autres, en revanche, résistent aux accords dits de solidarité gazière avec Berlin. « La Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Pologne évitent les négociations constructives et la conclusion d’accords de solidarité bilatéraux avec nous », selon un document interne du gouvernement allemand cité par dpa.

Le grand compromis sur l’énergie proposé par Bruegel est une idée qui aurait dû être mise en œuvre il y a des années, voire des décennies. 

Parallèlement, les pays européens continuent de faire ce qu’ils savent faire le mieux : mener des politiques du chacun pour soi au lieu de faire preuve de solidarité.

– Nikolaus J. Kurmayer


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Les principales actualités de la semaine

Plus d’actualités


L’actualité en bref

Nouvelles dates de trilogues pour les lois sur le climat et l’environnement. Le mois d’octobre s’annonce chargé pour les négociateurs qui prennent part aux discussions entre la Commission européenne, le Parlement européen et les pays de l’UE, appelées trilogues. 

Parmi les textes en cours de négociation figurent plusieurs éléments du paquet climat « Fit for 55 », le règlement sur les batteries et le premier cycle de discussions sur une loi visant à mettre fin à la déforestation causée par les produits importés dans l’UE. La République tchèque, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois, conduira les négociations au nom des gouvernements nationaux.

Les échéances prévues sont les suivantes :

  • 27/09 : Règlement applicable aux produits « zéro déforestation »
  • 10/10 : Révision du système communautaire d’échange de quotas d’émission (SEQE) et de la réserve de stabilité du marché (RSM)
  • 11/10 : Règlement sur les batteries
  • 11/10 : Règlement sur la répartition de l’effort
  • 13/10 : Fonds social pour le climat
  • 27/10 : Normes de CO2 pour les voitures et utilitaires

La date de discussion du règlement sur l’utilisation des terres et la foresterie (LULUCF) n’est pas encore fixée, mais pourrait avoir lieu le 10 ou le 26 octobre. Il y aura également des trilogues pour le mécanisme d’ajustement aux frontières du carbone les 4/10 et 8/11, d’après Contexte. Pour les dates des trilogues sur la législation en matière d’agriculture, veuillez consulter le compte-rendu de notre consœur Natasha Foote. 

(Kira Taylor et Valentina Romano | EURACTIV.com)


Nos évènements

12 OCTOBRE. Réduire la demande en gaz fossile dans l’industrie en Europe — quelles sont les prochaines étapes ? Selon de nouvelles données recueillies par l’institut de recherche « Climact », il est possible de réduire la consommation de gaz fossile dans de nombreux processus industriels. Participez à cette conférence organisée en ligne par EURACTIV pour discuter de la manière dont certains secteurs industriels peuvent abandonner le gaz fossile via l’électrification. Programme et inscription ici. (Organisée avec le soutien de la European Climate Foundation).

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24 OCTOBRE. Le chauffage urbain dans l’UE – que nous réserve l’avenir ? Participez à cette conférence virtuelle d’EURACTIV pour discuter de l’avenir du chauffage urbain dans l’Union européenne, compte tenu de la guerre en Ukraine. Programme et inscription ici. (Soutenu par PGE Polska Grupa Energetyczna).

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27 OCTOBRE. Comment augmenter la production d’hydrogène et accélérer la transition de l’industrie sidérurgique, tout en traversant une crise énergétique sans précédent ? Participez à cette conférence hybride organisée par EURACTIV pour discuter de la manière d’accélérer la production d’hydrogène et la transition de l’industrie sidérurgique dans le contexte actuel marqué par une crise énergétique inédite. Parmi les intervenants, retrouvez l’eurodéputé Jens Geier, rapporteur de la directive relative à l’hydrogène et au gaz, ainsi que d’autres participants qui seront bientôt annoncés. Programme et inscription ici. (Avec le soutien de Eurofer).

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7 DÉCEMBRE. Transition énergétique de l’UE — quel rôle pour les matières premières critiques  ? En collaboration avec les parties prenantes concernées, la Commission européenne travaille sur différents plans d’action et initiatives pour traiter les matières premières critiques dans les chaînes d’approvisionnement. Une révision de la liste des matières premières critiques en vigueur est attendue à la fin de l’année. Participez à cette conférence organisée en ligne par EURACTIV pour discuter du rôle des matières premières critiques pour garantir une transition énergétique rapide et ambitieuse à travers l’Europe. Programme et inscription ici. (Avec le soutien de Nickel Institute).


Agenda

SEPTEMBRE

26—30 SEPTEMBRE. Semaine européenne de l’énergie durable.

27 SEPTEMBRE. Trilogue sur les produits « zéro déforestation ».

30 SEPTEMBRE. Conseil « Énergie » extraordinaire.

OCTOBRE

6—7 OCTOBRE. Conférence de l’UE sur la bioéconomie.

10 OCTOBRE. Trilogues sur le système d’échange de quotas d’émission et la réserve de stabilité du marché.

11 OCTOBRE. Trilogue sur le règlement sur la répartition de l’effort (ESR).

11—12 OCTOBRE. Réunion informelle des ministres de l’Energie.

12 OCTOBRE. Élaboration de normes d’émission post-Euro 6/VI pour les voitures, les camionnettes, les camions et les bus.

13 OCTOBRE. Trilogue sur le fonds social pour le climat.

20—21 OCTOBRE. Conseil européen.

23 OCTOBRE. La Commission européenne décide du programme de travail 2023.

24 OCTOBRE. Conseil «  Environnement  ».

25 OCTOBRE. Conseil «  Énergie  ».

26 OCTOBRE. Paquet «  zéro pollution  » :

  • Gestion intégrée de l’eau — listes révisées des polluants des eaux de surface et des eaux souterraines.
  • Révision de la législation européenne sur la qualité de l’air ambiant
  • Révision de la directive sur le traitement des eaux résiduaires urbaines Révision du règlement sur la classification, l’étiquetage et l’emballage des produits chimiques

NOVEMBRE

6—18 NOVEMBRE. Conférence sur le changement climatique de Sharm el-Sheikh (COP27).

30 NOVEMBRE. Paquet économie circulaire 2 :

  • Proposition de règlement relatif à la justification des allégations environnementales au moyen des méthodes d’empreinte environnementale de produit/organisation (allégations vertes)
  • Cadre politique pour les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables
  • Révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pour renforcer les exigences essentielles en matière d’emballages et établir des mesures et des objectifs de prévention des déchets d’emballages au niveau de l’UE
  • Mesures visant à réduire la libération de microplastiques dans l’environnement
  • Consommation durable des biens — promouvoir la réparation et la réutilisation (le droit à la réparation)

30 NOVEMBRE. Paquet climat :

  • Certification de l’élimination du carbone ;
  • Révision des normes d’émission de CO2 pour les poids lourds.

DÉCEMBRE

5—17 DÉCEMBRE. Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP15) à Montréal, Canada.

15—16 DÉCEMBRE. Conseil européen.

19 DÉCEMBRE. Conseil «  Transports, Télécommunications et Énergie  » (Énergie).

20 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement ».