Le Groenland face à Trump : que faire quand dire « non » n’est plus une option ?

La question d’une annexion américaine du Groenland a récemment pris une tournure plus subtile — et plus inquiétante. Existe-t-il encore une alternative crédible pour Copenhague et Nuuk autre que de céder face à la première puissance militaire mondiale ?

EURACTIV.com
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Le vice-président américain JD Vance. [Getty Images/Celal Gunes_Anadolu]

Ce dilemme sera au cœur de la réunion prévue mercredi à Washington, où les ministres des Affaires étrangères du Groenland et du Danemark doivent rencontrer le vice-président américain J. D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio, après plusieurs mois de pressions croissantes de la part des États-Unis.

Mardi 13 janvier, la Première ministre danoise Mette Frederiksen, aux côtés du Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen à Copenhague, a reconnu la gravité de la situation, avertissant que « le plus difficile reste à venir » après ce qu’elle a qualifié de « pression inacceptable » exercée par un allié proche.

Pour Copenhague, la question est simple : comment éviter de perdre 98 % du royaume danois au profit de ce qui ressemble de plus en plus à une prise de contrôle hostile, sans donner l’impression de bloquer le mouvement de l’île vers une plus grande indépendance vis-à-vis du Danemark, qui était déjà en cours avant les déclarations de Donald Trump ?

Jusqu’à présent, la pression exercée par Washington semble produire deux effets plutôt contradictoires.

« Si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark ici et maintenant, nous choisissons le Danemark […] nous choisissons l’UE », expliquait mardi le Premier ministre groenlandais, signalant que la pression américaine a renforcé l’alignement public de Nuuk sur Copenhague plutôt que de l’affaiblir.

Élu en avril dernier, Jens-Frederik Nielsen — fils d’une mère groenlandaise et d’un père danois — a bâti sa victoire sur une approche pragmatique de l’indépendance. Il estime que celle-ci ne doit intervenir qu’une fois l’économie groenlandaise devenue autosuffisante.

À moins que le gouvernement de coalition de Jens-Frederik Nielsen ne perde sa majorité (un scénario qui semble peu probable), les Groenlandais ne se rendront pas aux urnes pour une nouvelle élection avant le printemps 2029 — soit après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche.

Dans le même temps, les députés de la coalition groenlandaise ont remis en question la raison pour laquelle Nuuk ne peut pas discuter avec les États-Unis sans la présence du Danemark, ce qui soulève la question fondamentale de l’autonomie dont le Groenland peut jouir sans être totalement indépendant.

Libre association : l’option américaine

C’est précisément cette ambiguïté que les États-Unis semblent désormais prêts à exploiter.

La semaine dernière, The Economist rapportait que les responsables américains élaboraient des options pour proposer au Groenland un « accord de libre association » (COFA). Il s’agit du modèle utilisé par Washington avec les Îles Marshall, la Micronésie et les Palaos.

Ce cadre permettrait au Groenland d’être reconnu par l’ONU comme un pays indépendant, ce qui est important pour les décideurs de Nuuk. Les États-Unis conserveraient toutefois une grande influence sur la manière dont un Groenland indépendant opérerait sur la scène internationale.

Selon Rachael Lorna Johnstone, spécialiste en droit international à l’Université islandaise d’Akureyri, qui enseigne le droit international au Groenland depuis plus de dix ans, le principal attrait de la libre association réside dans sa flexibilité.

La chercheuse insiste : un éventuel accord entre le Groenland et les États-Unis ne refléterait pas nécessairement les modèles existants.

En théorie, il pourrait commencer par un traité restreint de défense et de sécurité, puis s’étendre à des accords complémentaires, pouvant inclure des paiements directs similaires à la subvention globale annuelle du Danemark, sous forme d’aide générale ou destinée à des domaines spécifiques.

Mais si la libre association pourrait offrir au Groenland une voie plus claire vers la reconnaissance internationale et un poids plus important en matière de politique étrangère, elle aggraverait également la perte stratégique du Danemark, et Copenhague n’aurait que peu de contrôle formel sur l’issue finale.

Pourtant, Rachael Lorna Johnstone fait valoir que Washington peut déjà obtenir tout ce qu’il veut, qu’il s’agisse des droits miniers, étant donné que le Groenland a à plusieurs reprises déclaré qu’il était ouvert aux affaires, ou d’une présence sécuritaire accrue, qui est déjà garantie par un accord de défense datant de 1951.

« Ils auraient pu obtenir tout cela en le demandant gentiment », précise Rachael Lorna Johnstone. e qui manque aux États-Unis n’est pas l’accès, mais la propriété — un élément que Donald Trump juge « nécessaire ».

Même si les promesses sont inscrites dans un traité, Rachael Lorna Johnstone fait remarquer que Washington peut toujours « passer outre » le Groenland, surtout sous la présidence d’un homme qui remet ouvertement en question les contraintes. « Comment peut-on dire un jour que l’on n’est pas lié par le droit international, et le lendemain demander : souhaitez-vous conclure un traité avec nous ? », conclut l’experte.

La réunion à la Maison-Blanche a lieu à 10 h 30 heure locale, soit 16 h 30 heure de Bruxelles.