Le Parlement européen rejette une demande hongroise de levée de l’immunité de deux eurodéputés
Le Parlement européen a refusé, mardi 7 octobre, la demande de la justice hongroise visant à lever l’immunité de deux eurodéputés : l’Italienne Ilaria Salis, issue du groupe La Gauche, et le Hongrois Péter Magyar, du Parti populaire européen, un opposant déclaré au Premier ministre Viktor Orbán.
STRASBOURG — Réunis en plénière, les eurodéputés ont voté ce mardi sur deux demandes de levée d’immunité de la justice hongroise.
Élue députée européenne du groupe de La Gauche (GUE/NGL) l’année dernière alors qu’elle était assignée à résidence à Budapest, Ilaria Salis, une militante antifasciste, est accusée d’avoir agressé des manifestants d’extrême droite dans la capitale hongroise en 2023. Devenue une cause célèbre pour la gauche européenne, elle nie toute infraction et estime que les accusations à son encontre sont motivées par des considérations politiques.
Son immunité a été maintenue avec une courte majorité : 306 voix pour, 305 contre — un résultat qui illustre les profondes divisions du Parlement sur son cas.
Dans l’hémicycle, La Gauche a salué le résultat par des applaudissements, tandis que des élus d’extrême droite ont accusé le Parti populaire européen (PPE, centre-droit) d’avoir « protégé des terroristes d’extrême gauche ».
« Le vote sur Salis, décidé à une seule voix près, marque le refus du Parlement de céder à la pression du gouvernement hongrois de Viktor Orbán, qui a une fois de plus cherché à utiliser le système judiciaire pour faire taire ses opposants politiques », a commenté l’eurodéputé écologiste David Cormand.
L’élu du PPE Péter Magyar, autrefois proche de Viktor Orbán mais aujourd’hui l’un de ses plus virulents détracteurs, est considéré par de nombreux députés européens comme la cible de pressions politiques à l’approche des élections de l’année prochaine en Hongrie.
Les eurodéputés ont rejeté trois demandes de levée de son immunité, liées à des affaires aussi diverses qu’un prétendu vol de téléphone dans une boîte de nuit ou une plainte en diffamation déposée par un ex-député du parti au pouvoir, György Simonka, et le parti d’extrême droite Notre Mouvement pour la Patrie.
Ces votes à bulletin secret traduisent une méfiance croissante du Parlement envers l’indépendance de la justice en Hongrie. Il s’agit d’un refus inhabituel de coopérer avec un État membre sur des demandes d’immunité.
La décision pourrait cependant nourrir la rhétorique de Viktor Orbán, qui accuse régulièrement Bruxelles d’ingérence et de protection des opposants hongrois. Le différend entre Budapest et l’Union européenne sur l’État de droit, la liberté des médias et l’indépendance judiciaire reste l’un des plus profonds de l’UE.
Ces décisions ont également mis à l’épreuve la doctrine traditionnelle du Parlement en matière de levée d’immunité, sauf en cas de motivation politique manifeste, une ligne qui est de plus en plus floue dans le cas de la Hongrie.
S’exprimant mardi depuis le Parlement à Strasbourg, Ilaria Salis a déclaré : « Ce vote prouve que lorsque les représentants élus, les militants et les citoyens défendent ensemble les valeurs démocratiques, les forces autoritaires peuvent être confrontées et vaincues ».
L’Italienne a également réitéré sa demande d’être jugée en Italie, indiquant qu’il n’y avait « aucune nouvelle à ce jour » de la part du gouvernement. Elle a ajouté que même si l’immunité était accordée, le procès pourrait tout de même avoir lieu. « Il appartient désormais aux autorités italiennes d’agir. »
Dans le même temps, l’homme de confiance de Giorgia Meloni à Bruxelles, Nicola Procaccini, coprésident du groupe des Conservateurs et Réformistes (CRE), a affirmé que « le pouvoir législatif a empiété sur la sphère judiciaire ». « Budapest, qui est accusée d’avoir enfreint la loi, a elle-même subi aujourd’hui une très grave violation de l’État de droit. »
Pour Zoltan Kovács, porte-parole international de la Hongrie « [l]a place [d’Ilaria Salis] est en prison, pas au Parlement ». « N’oublions pas qui est vraiment Salis : une militante violente d’Antifa qui est venue en Hongrie pour traquer ses opposants politiques dans les rues, armée d’un marteau », a-t-il commenté.
Interrogé pour savoir si la Hongrie ferait appel de la décision du Parlement en saisissant la deuxième instance judiciaire de l’UE, Zoltan Kovács n’a pas répondu immédiatement.
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(asg)