Le plan de l’UE pour l’agroalimentaire oublie les recommandations du « dialogue stratégique »
La « vision » pour l’agriculture et l’alimentation de la Commission européenne, dévoilée mercredi, voulait plaire au plus grand nombre, mais n’a pas convaincu les organisations de la société civile qui trouvent le projet trop vague et trop timide.
La « vision » pour l’agriculture et l’alimentation de la Commission européenne, dévoilée mercredi, voulait plaire au plus grand nombre, mais n’a pas convaincu les organisations de la société civile qui trouvent le projet trop vague et trop timide.
Lors d’une conférence de presse, le vice-président de la Commission chargé de la Cohésion, Raffaele Fitto, a salué le texte comme une réponse aux appels à l’aide lancés par les agriculteurs lors des manifestations qui ont secoué l’Europe il y a un an.
Le commissaire européen de l’Agriculture, Christophe Hansen, a de son côté promis de trouver des solutions « de manière pragmatique et en consultation avec les parties prenantes ».
Beaucoup ont pourtant le sentiment que la Commission n’a pas pris en considération plusieurs demandes clés. Certains acteurs de la chaîne alimentaire ont ainsi critiqué le plan européen pour avoir ignoré le résultat des huit mois du « dialogue stratégique ».
Les organisations non gouvernementales (ONG) ont souligné l’absence d’engagements significatifs pour modifier les régimes alimentaires, en réduisant la part des produits d’origine animale, et elles ont dénoncé l’échec de la suppression des subventions à la surface.
« En essayant de plaire à tout le monde, la Commission européenne n’a pas réussi à traiter les questions essentielles », commente Giulia Riedo, responsable politique chez WWF.
Les consommateurs et le secteur de l’alimentation négligés
Alors que la vision promet de toucher à la fois à l’agriculture et à l’alimentation, les groupes de pression de ce dernier secteur se sentent mis à l’écart.
FoodDrink Europe, qui représente l’industrie de l’alimentation et des boissons — le plus grand secteur manufacturier de l’Union européenne (UE) —, a noté que, si la vision évoque l’importance du secteur, sans action concrète, « ce ne sont que des mots sur une page ».
« La dynamique positive du dialogue stratégique de l’année dernière sur l’avenir de l’agriculture de l’UE […] semble avoir été complètement oubliée », affirme le directeur général de FoodDrink Europe, Dirk Jacobs.
Les consommateurs sont également mécontents. Le Bureau européen des Unions de Consommateurs (BEUC) a critiqué le plan européen pour ne pas avoir choisi de soutenir les régimes alimentaires sains et durables, laissant les réglementations sur ces questions à la discrétion des États membres.
Le cœur du problème
La vision a été mieux accueillie par les agriculteurs, qui saluent son ambition, mais qui préviennent que ces propositions seront bientôt confrontées à la réalité.
Le Copa et la Cogeca estiment que la feuille de route sera peu utile sans un financement suffisant de la Politique agricole commune (PAC), et les deux organisations ont critiqué les projets de fusion des subventions agricoles de l’UE avec les Fonds de cohésion.
Le Conseil européen des Jeunes Agriculteurs (CEJA) s’est également demandé si l’UE avait les ressources nécessaires pour tenir sa promesse de durcir sa position sur le commerce.
La faisabilité de l’appel lancé par Christophe Hansen en faveur de normes strictes sur les importations alimentaires — notamment en matière de pesticides — reste incertaine. La Commission a assoupli sa position sur le commerce depuis une version antérieure du projet, consultée par Euractiv la semaine dernière.
Plutôt que de s’engager à garantir que les pesticides interdits par l’UE ne soient pas réintroduits par le biais des importations, elle prévoit désormais de mener une analyse d’impact et de ne proposer une législation que « si nécessaire ».
De même, l’engagement du projet visant à empêcher l’exportation de substances interdites par l’UE, une demande de longue date des ONG, a été revu à la baisse. L’exécutif de l’UE affirme désormais qu’il « évaluera » la question.
Perspectives pour 2025
La vision prévoit plusieurs initiatives. Les discussion sur la révision des règles relatives au bien-être animal — longtemps retardée — pourraient reprendre lors d’une réunion d’experts en mars, avec une proposition de loi attendue d’ici 2026.
En avril, un « paquet de simplification » ajustera la PAC, en donnant aux États membres plus de flexibilité pour gérer leurs plans stratégiques et en rationalisant les exigences pour les exploitations biologiques, petites et moyennes.
Un deuxième train de mesures de simplification, qui devrait être présenté entre septembre et décembre, abordera d’autres questions affectant les agriculteurs au-delà de la PAC. Il comprendra une proposition visant à accélérer l’accès au marché de l’UE pour les pesticides biologiques, ainsi que d’autres mesures destinées à rendre les entreprises du secteur de l’alimentation humaine et animale « plus compétitives et plus résilientes ».
En 2025, la Commission commencera également à travailler sur un « filet de sécurité unique » pour encourager les exportations et protéger le secteur agroalimentaire des pressions économiques, telles que les droits de douane chinois ou américains.
Cette stratégie comprendra des outils tels que des « crédits à l’exportation » à développer avec la Banque européenne d’investissement et la réserve de 1 milliard d’euros pour les agriculteurs de l’UE dans le cadre de l’accord commercial en cours entre l’UE et les pays du Mercosur.
(AM et LG)