Les ministres de l’Agriculture s’opposent à l’interdiction du transport d’animaux vivants hors UE

Plusieurs ministres européens de l’Agriculture s’opposent à une éventuelle interdiction du transport d’animaux vivants vers des pays tiers, mais la Commission souligne quant à elle la nécessité de se montrer ambitieux en matière de bien-être animal.

Euractiv.com
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En 2022, la Commission européenne a évalué la législation européenne en vigueur en matière de bien-être animal et a conclu qu’une révision était nécessaire. L’idée d’interdire les exportations d’animaux vivants hors des frontières de l’UE a été évoquée dans le cadre de cette discussion, mais elle s’est révélée être une pomme de discorde entre les États membres. [SHUTTERSTOCK]

Plusieurs ministres européens de l’Agriculture ont uni leurs forces pour s’opposer à une éventuelle interdiction du transport d’animaux vivants vers des pays tiers, mais la Commission souligne quant à elle la nécessité de se montrer ambitieux en matière de bien-être animal.

Lundi (30 janvier), lors du premier Conseil « Agriculture » de l’année, le bien-être animal a été un sujet de discussion central.

En 2022, la Commission européenne a évalué la législation européenne en vigueur en matière de bien-être animal et a conclu qu’une révision était nécessaire.

Parallèlement, une série d’incidents récents très médiatisés de bétail échoué en mer ont poussé l’exécutif européen à préparer, dans le cadre juridique existant, des actes d’exécution et des actes délégués visant à améliorer les contrôles officiels des navires de transport de bétail, qui devraient être adoptés à la fin de l’année.

L’idée d’interdire les exportations d’animaux vivants hors des frontières de l’UE a été évoquée dans le cadre de cette discussion, mais elle s’est révélée être une pomme de discorde entre les États membres, puisque neuf d’entre eux se sont regroupés pour s’opposer à une telle mesure.

Selon la ministre portugaise Maria do Céu Antunes, qui a pris la tête de la coalition, l’objectif de la révision devrait être de garantir « des niveaux élevés de bien-être animal dans le commerce intracommunautaire et dans l’exportation d’animaux vivants » plutôt qu’une interdiction totale.

La ministre a fait remarquer que puisque le transport des animaux est l’une des « parties les plus visibles de la production animale », il « attire l’attention et les préoccupations de notre public ».

D’autres ministres lui ont emboîté le pas, soulignant que la révision devait se concentrer sur les conditions dans lesquelles les animaux vivants sont transportés vers les pays tiers plutôt que de simplement les interdire.

« Il s’agit d’une question très délicate pour secteur de l’élevage de notre pays, ainsi que d’autres pays périphériques de l’UE », a déclaré le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, tandis que son homologue français, Marc Fesneau, a ajouté qu’une interdiction des exportations d’animaux « entraînerait un bouleversement de la chaîne de production ».

Cependant, Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé et à la Sécurité alimentaire, n’a pas fléchi, soulignant que devant les preuves scientifiques, « l’inaction n’est pas une solution ».

« Si la science et l’expérience nous disent que certaines pratiques de transport sont néfastes pour le bien-être des animaux, vous conviendrez avec moi que nous devons envisager des moyens d’adapter ces pratiques », a-t-elle déclaré.

D’autres États membres, dont l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, ont soutenu cette position.

« Nous ne pouvons pas continuer à regarder les animaux mourir dans la douleur sur la route ou souffrir inutilement », a déclaré le ministre allemand Cem Özdemir en marge du Conseil.

« En Allemagne, nous avons fait notre travail en ce qui concerne le transport vers des pays tiers », a-t-il souligné, « mais pour s’assurer que les règles nationales ne puissent pas être contournées, nous devons de toute urgence trouver des règles communes en Europe ».

En novembre, l’Allemagne a pris des mesures au niveau national pour restreindre autant que possible le transport d’animaux vivants vers des pays tiers et a annoncé le retrait des certificats vétérinaires pour les bovins, les ovins et les caprins d’ici mi-2023.

Étant donné qu’une interdiction complète ne peut être mise en place que par l’UE, M. Özdemir a appelé l’ensemble de l’Union à suivre l’exemple de l’Allemagne.

Cependant, M. Özdemir a également exprimé ses inquiétudes quant au fait que « la proposition pourrait tomber à l’eau dans le contexte des prochaines élections européennes ».

Un nombre croissant de voix appellent la Commission à ne pas céder à la pression des ministres européens de l’Agriculture.

L’intergroupe « Bien-être et protection des animaux » du Parlement européen a adressé une lettre à la commissaire Stella Kyriakides avant la réunion du Conseil, soulignant qu’il n’est pas possible de garantir que les normes de bien-être animal soient respectées au-delà des frontières de l’UE.

« Vous avez l’occasion d’établir les bases d’un règlement révisé sur les transports qui réponde à la fois aux besoins des animaux et contribue à la construction d’une Europe durable », conclut la lettre.

Les ONG ont également critiqué la position du Portugal, qui défend le « statu quo » et prolonge la souffrance de millions d’animaux.

« De nombreux ministres de l’Agriculture de l’UE s’en moquent éperdument et continuent de protéger les intérêts du statu quo, prolongeant ainsi la souffrance inutile des animaux. Quelle honte », a déclaré Olga Kikou, directrice de Compassion in World Farming EU.

La législation européenne actuelle sur la protection des animaux pendant le transport est entrée en vigueur en 2005.

En octobre 2022, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié un avis scientifique indiquant que les durées de transport des animaux devraient être réduites afin d’améliorer le bien-être des animaux d’élevage pendant le transport et le risque de propagation de la résistance aux antimicrobiens.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]