L’étiquetage alimentaire : la présidence suédoise devra reprendre le dossier
La Commission européenne et les législateurs de l’UE vont continuer à travailler sur le contenu de la proposition sur l’étiquetage des denrées alimentaires. La présidence suédoise du Conseil de l’UE devra reprendre le dossier de la présidence tchèque.
La Commission européenne et les législateurs de l’UE vont continuer à travailler sur le contenu de la proposition sur l’étiquetage des denrées alimentaires. La présidence suédoise du Conseil de l’UE devra reprendre le dossier, car peu de progrès ont été réalisés sous la présidence tchèque.
La présidence tchèque du Conseil, qui se conclura à la fin de l’année, était censée poser un jalon dans le dossier toujours ouvert de l’étiquetage des denrées alimentaires sur le devant des emballages. En effet, la Commission européenne était censée présenter sa proposition finale.
Toutefois, la présidence a ralenti ses efforts lorsque l’exécutif européen a annoncé qu’il allait reporter ce dossier pour rassembler davantage de données.
Une conférence ouverte aux parties prenantes, organisée par la présidence tchèque en novembre, a été la seule occasion où les pratiques existantes et les options futures possibles concernant l’étiquetage ont été abordées.
« Suite aux échanges [lors de la conférence], il est devenu évident que le nouveau système harmonisé d’étiquetage nutritionnel sur le devant des emballages doit être axé sur des recommandations scientifiques et doit être clair », a déclaré le ministre tchèque de l’Agriculture Zdeněk Nekula lors du Conseil « Agriculture et pêche » de l’UE lundi (12 décembre).
La prochaine présidence suédoise accordera la priorité à la révision du règlement sur les informations alimentaires aux consommateurs, selon son programme, publié mercredi (14 décembre). En particulier les « dispositions [du règlement] en matière d’étiquetage des denrées alimentaires » seront revues.
La proposition donc devrait être présentée en 2023. Actuellement, l’exécutif européen travaille sur une analyse d’impact fondée sur les contributions des parties prenantes concernées et sur l’avis scientifique, notamment de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), le Centre commun de recherche de la Commission.
« Il est important que la future proposition au niveau de l’UE soit équilibrée et ait une réelle valeur ajoutée au profit des citoyens et également de nos entreprises alimentaires », a déclaré la directrice intérimaire pour One Health au service de santé de la Commission (DG SANTE), Roser Domenech Amado, lors d’un récent événement organisé par EURACTIV.
La fonctionnaire européenne a déclaré qu’elle comptait sur la Commission pour examiner les anciennes solutions d’étiquetage sur le devant des emballages qui sont actuellement sur le marché afin de prendre en compte les avantages aussi que les inconvénients.
« Les travaux sont toujours en cours. Nous sommes toujours en train de nous assurer que nous avons toutes les données importantes », a-t-elle déclaré. Elle a également ajouté qu’il est difficile de parvenir à une solution finale sachant que le futur cadre d’étiquetage de l’UE « doit être à la fois clair, complet et fondé sur des données scientifiques ».
« Tout cela doit figurer sur une minuscule étiquette. En fait, c’est un véritable cauchemar [pour les personnes chargées de présenter la proposition] », a déclaré Mme Domenech Amado.
Des choix sains et en connaissance de cause
La révision en cours vise les aspects nutritionnels, mais également l’extension de l’indication de l’origine pour certains produits, la révision des règles relatives à l’indication de la date et à la mention « à consommer de préférence avant le », ainsi que l’étiquetage des boissons alcooliques.
« Nous devons faire très attention à ne pas avoir un triangle d’étiquettes sur le devant des emballages », a déclaré l’eurodéputée de centre-droit Christine Schneider, membre de la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI).
Pour cette raison, elle a déjà proposée de considérer la mise en œuvre de solutions numériques sur les étiquettes, telles que les codes QR, quand les législateurs ont discuté de la stratégie « de la ferme à la table », la politique alimentaire phare de l’UE.
Bien que Mme Domenech Amado soit d’accord sur le principe, elle a déclaré qu’il est vrai que beaucoup de gens ne se rendent pas au supermarché pour lire des codes QR. Les informations devraient être visibles pour les consulter très rapidement.
À présent, les parties prenantes et les responsables politiques sont d’accord que l’étiquetage pourrait influencer les décisions des consommateurs. Par exemple, grâce aux informations sur l’emballage, ils pourraient opter pour une alimentation et un mode de vie plus durables et plus sains.
« Nous ne souhaitons pas que les consommateurs prennent leur décision uniquement en fonction du prix », a souligné l’eurodéputée Christine Schneider. Pour sa part, Mme Domenec Amado a indiqué que « notre ambition est de donner aux consommateurs les moyens de faire des choix alimentaires en connaissance de cause, sains et durables ».
Une approche harmonisée et non discriminatoire
La proposition doit contenir tous les éléments nécessaires pour éviter que les États membres n’adoptent des approches différentes, certaines fondées sur les habitudes alimentaires, d’autres sur les aspects nutritionnels et l’origine des aliments.
« Nous avons également mené des négociations récentes en marge du Conseil de l’UE et une majorité d’États membres préféreraient avoir des règles harmonisées au niveau de l’UE plutôt que des mesures nationales », a expliqué Mme Domenech Amado.
Toutefois, le ministre tchèque Nekula a souligné qu’il existe un risque que « cette approche unique ne soit pas la meilleure approche pour toutes les régions ».
L’un des systèmes d’étiquetage actuel, le Nutri-Score français avec un code couleur (du vert au rouge) composé de cinq lettres (de A à E), a été sévèrement critiqué par le ministre, car il se concentre uniquement sur certains aspects et en néglige d’autres.
« Nous ne devrions pas trop nous concentrer sur des produits alimentaires spécifiques, mais plutôt sur les ingrédients de ces produits », a déclaré M. Nekula. Il a également ajouté que certains produits alimentaires portent une étiquette « trop négative ». Pourtant, des produits alimentaires ne devraient faire l’objet d’aucune discrimination.
La directrice du Centre scientifique des jus de fruits, Carrie Ruxton, a déclaré que le nouveau système ne devrait pas se concentrer uniquement sur les nutriments néfastes.
« L’étiquetage peut évidemment être utile, mais seulement s’il offre une opinion globale des aliments », a-t-elle déclaré.
Cet article fait suite au débat politique organisé par EURACTIV « Donner aux consommateurs les moyens de faire des choix alimentaires sains », soutenu par l’Association européenne des jus de fruits.