Mélanges de miel importé : les ministres de l'UE demandent un étiquetage plus clair

Lors du Conseil des ministres européens de l'Agriculture, ces derniers ont appelé la Commission à réviser la législation sur l’étiquetage des mélanges de miel afin de protéger les producteurs et les consommateurs.

Euractiv France
En Europe, 40 % du miel est importé depuis des pays triers, en particulier la Chine ou l'Ukraine. [Focus and Blur / Shutterstock]

Lors du Conseil des ministres européens de l’Agriculture, ces derniers ont appelé la Commission à réviser la législation sur l’étiquetage des mélanges de miel afin de protéger les producteurs et les consommateurs.

Cette revendication remonte à janvier 2020, les Etats membres avaient alors publié une déclaration commune enjoignant l’exécutif européen à revoir la directive européenne, dite « Directive Miel », pour améliorer la traçabilité des mélanges de produits.

En Europe, 40 % du miel est importé depuis les pays tiers, comme la Chine, l’Ukraine ou l’Argentine. La raison ? Son prix. Alors que le kilo oscille entre 10 et 30 euros en France, il ne dépassait pas 1,36 euro en Chine et 1,89 euro en Ukraine en 2021.

Mais pour le consommateur, il est difficile d’en connaître la véritable origine.

Si la législation européenne impose de mentionner la provenance sur le pot de miel, elle ne s’applique pas lorsque les origines sont multiples. Les étiquettes peuvent afficher : « mélange de miels originaires de l’UE », « mélange de miels non originaires de l’UE », ou « mélange de miels originaires et non originaires de l’UE ».

Protection des producteurs et des consommateurs

Pour les ministres des Etats membres, rassemblés le 30 janvier pour le Conseil « Agriculture et pêche », cela porte préjudice à la fois aux consommateurs qui manquent d’information et de transparence, mais aussi aux producteurs.

« Les règles actuelles d’étiquetage de l’origine du miel placent les producteurs de miel provenant d’un seul pays sur un pied d’inégalité par rapport aux autres producteurs », écrit la délégation slovène dans une note en amont du Conseil.

Pour le ministre hongrois Sándor Fazekas, « il n’y a aucun intérêt à protéger les insectes pollinisateurs, si l’Union européenne est incapable de protéger ses propres produits apicoles et ses apiculteurs. »

La délégation slovène, appuyée par 19 autres pays membres dont la France, a plaidé pour une modification de la législation. « Chaque pays d’origine doit figurer sur l’étiquette avec la proportion dans laquelle ils se trouvent dans le mélange, cela permettra d’accroître la rentabilité du secteur et de retrouver la confiance des consommateurs dans nos produits », a expliqué la ministre slovène de l’Agriculture Irena Šinko.

Comme l’ont rappelé les ministres, ce renforcement de la legislation permettra aussi de lutter contre la fraude, le miel étant aujourd’hui l’un des produits des plus contrefaits au monde.

Une prochaine révision de la directive

Cet été, la France a imposé à son échelle un décret équivalent. Le miel conditionné dans l’hexagone doit désormais indiquer sur son étiquette le nom de tous les pays d’origine, par ordre décroissant. Par exemple : « 70 % de miel d’Espagne », « 20 % de miel d’Ukraine », « 10 % de miel de Chine ». En France, plus de 70 % de la consommation nationale est importée.

Mais cette réglementation ne concerne pas les produits vendus en France après conditionnement dans les autres pays européens.

L’union nationale de l’apiculture française (UNAF) appelle l’Europe à mettre fin à une « ineptie », et à rapidement réviser la « Directive Miel » pour que tous les miels européens indiquent leurs origines.

Le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a annoncé que la Commission profiterait de la révision des normes de commercialisation en cours dans le cadre de la stratégie De la ferme à la table, pour « lancer une évaluation d’impact » et faire une « proposition législative très rapidement ».

Le Pacte vert pour l’Europe, et en particulier la stratégie De la ferme à la table, sa déclinaison agricole, prévoit en effet la nécessité d’un étiquetage clair.

Pour le commissaire, ces nouvelles règles devront toutefois « garantir le marché unique européen », ne pas « imposer des charges administratives excessives aux parties prenantes ». L’exécutif européen s’assurera également « que les informations présentes sur ces étiquettes [soient] proportionnées et vérifiables », prévient Janusz Wojciechowski.

Une proposition de révision de la directive devrait être présentée au Conseil et au Parlement européen au printemps prochain, alors que ce dernier avait déjà fait part d’une résolution dans ce sens en octobre 2021.