Michel Barnier propose une « force européenne » pour lutter contre la crise sanitaire qui touche l'élevage
En déplacement au Sommet de l’élevage organisé dans le Puy-de-Dôme, le Premier ministre Michel Barnier a promis aux éleveurs des aides d'urgence afin de lutter contre les maladies animales, et suggère la mise en œuvre d'une « force européenne » de protection sanitaire.
En déplacement au Sommet de l’élevage organisé dans le Puy-de-Dôme, le Premier ministre Michel Barnier a promis aux éleveurs des aides d’urgence afin de lutter contre les maladies animales, et suggère la mise en œuvre d’une « force européenne » de protection sanitaire.
Accompagné de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, et du ministre de l’Économie Antoine Armand, Michel Barnier s’est exprimé depuis le Sommet de l’élevage, près de Clermont-Ferrand, afin de répondre à la détresse des éleveurs, vendredi 4 octobre.
« S’agissant de la recherche (…), de la production de vaccin (…), du stockage, nous pourrions faire, pour la santé animale, ce qu’on a pu faire à l’occasion du Covid », a proposé le Premier ministre, lors d’une conférence de presse, après avoir passé plusieurs heures en compagnie des éleveurs.
Le gouvernement était extrêmement attendu, plus de huit mois après la fin des manifestations agricoles et alors que les promesses de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal n’ont pas toutes été tenues, à l’image de la finalisation du vote de la loi d’orientation agricole (LOA), dont le processus parlementaire est resté bloqué depuis la dissolution.
La situation s’est depuis encore aggravée pour le monde agricole, en particulier pour les éleveurs, frappés par une triple crise sanitaire : la maladie hémorragique épizootique (MHE) chez les bovins, le retour de l’influenza aviaire hautement pathogène chez les canards, et surtout la fièvre catarrhale ovine qui affecte violemment les ovins, notamment le nouveau virus de type 3 (FCO3)
Des aides d’urgence pour l’élevage
Bien que le Premier ministre ait annoncé une forte contraction du budget de l’État lors de son discours de politique générale, celui-ci a tout de même concédé un nouveau fond d’urgence de 75 millions d’euros « immédiatement disponible », pour indemniser les éleveurs touchés par les pertes engendrées par le FCO3.
Comme l’avait communiqué la veille la ministre de l’Agriculture, l’État prendra en charge sur tout le territoire français les frais de vaccination contre le variant émergent FCO3, originaire du nord de l’Europe. Jusqu’à présent, seule la vaccination des élevages du nord de du pays étaient intégralement pris en charge.
Fin septembre, la France comptait 3743 cas de FCO3 en élevage. Une fois infectés, près de 20 % des animaux y succombent.
La ministre de l’Agriculture a également demandé à la Commission européenne de déclencher la Réserve de crise européenne. Enfin, Michel Barnier à proposé de nouveaux prêts garantis par l’État pour les exploitations touchées par la maladie.
Simplification
Pour alléger les contraintes qui pèsent sur les éleveurs, le Premier ministre s’est attaqué à la surcharge réglementaire. Il y a, selon lui, « trop de réglementations qui tombent d’en haut, parfois de Bruxelles, parfois de Paris », a-t-il insisté, alors que ces dernières « ne sont pas adaptées au terrain, ni aux conditions atmosphériques ».
Un exemple : les obligations d’épandange avant le 1er octobre, « alors que les champs sont gorgés d’eau, ce n’est pas possible », explique l’ancien ministre de l’Agriculture du président Nicolas Sarkozy.
La veille de son déplacement, Michel Barnier avait annoncé sur France 2 vouloir faire une « pause sur les normes », à l’image d’Emmanuel Macron qui avait réclamé une « pause réglementaire » dans le Pacte vert pour l’Europe, en 2023.
C’est d’ailleurs l’un des objectifs de la loi d’orientation agricole (LOA) que Michel Barnier a mis à l’ordre du jour parlementaire « au mois de janvier ». Le projet de loi, voté à l’Assemblée nationale en mai dernier, doit maintenant passer au Sénat. L’une de ses mesures phares : reconnaitre l’agriculture comme un secteur « d’intérêt majeur » de la nation.
le gouvernement fera également la chasse aux fameuses « sur-transpositions », autrement dit les règlementations françaises plus strictes que dans les autres pays européens, comme c’est le cas pour certains insecticides néonicotinoïdes.
Cette volonté a été répétée par Michel Barnier avec les éleveurs, à l’Assemblée nationale mardi, mais aussi par Annie Genevard lors de son premier discours au ministère, fin septembre.
Une « force européenne » sanitaire
L’ancien commissaire européen a cependant tenu à défendre la politique agricole commune (PAC). « Ce n’est pas une politique archaïque, mais une politique moderne, une politique vitale », a-t-il déclaré.
Michel Barnier a promis avec sa ministre Annie Genevard d’être « très actifs » à Bruxelles, pour faire avancer certaines causes « qui apparaissent sur le terrain », et trouvent « une meilleure réponse » au niveau européen, comme la crise sanitaire que traverse l’élevage.
Lors du prochain Conseil des ministres de l’UE (Agrifish) des 21 et 22 octobres, Annie Genevard défendra une stratégie de prévention et d’anticipation des risques à l’échelle européenne, a confirmé pour Euractiv le ministère de l’Agriculture.
Le Premier ministre va même plus loin en suggérant une coopération sanitaire d’urgence, à l’image d’une force européenne de protection civile – une idée qu’il avait déjà proposé en 2006 – afin d’intervenir rapidement lors de catastrophes naturelles, industrielles, sanitaires et même terroristes.
« Il y a des leçons à tirer de tout cela », a-t-il martelé.
Pour le Premier ministre, la réaction coordonnée de l’Union lors de la crise du Covid-19 avait permis de livrer des vaccins à l’ensemble des pays membres.
Une organisation similaire permettrait, lors des prochaines crises sanitaires de l’élevage, de prévenir les pénuries de vaccins – comme c’est actuellement le cas en France avec certaines doses contre la FCO (FCO8), achetées en Espagne.