Pollution : les villes européennes encore à la traîne

L’Union européenne (UE) et les grandes villes ont été trop lentes à s’attaquer aux risques sanitaires liés à la pollution atmosphérique et sonore, a averti la Cour des comptes européenne (CCE) dans un nouveau rapport publié mercredi 15 janvier.

EURACTIV.com
Greece – Heavy air pollution over Athens
Grèce - Forte pollution atmosphérique au-dessus d'Athènes. [In Pictures Ltd./Corbis via Getty Images]

L’Union européenne (UE) et les grandes villes ont été trop lentes à s’attaquer aux risques sanitaires liés à la pollution atmosphérique et sonore, a averti la Cour des comptes européenne (CCE) dans un nouveau rapport publié mercredi 15 janvier.

Selon les auditeurs européens, si la qualité de l’air s’est globalement améliorée dans l’UE, les objectifs plus stricts en matière de pollution atmosphérique fixés par la directive sur la qualité de l’air ambiant et un air pur pour l’Europe (DQAA) d’ici 2030 ont peu de chances d’être atteints.

Les grandes villes — Athènes, Cracovie et Barcelone ont été sélectionnées par la Cour des comptes européenne à titre d’exemple — ne parviennent pas à lutter contre le bruit et la pollution de l’air. Les auteurs du rapport attribuent cette situation à la longueur des procédures d’infraction de la Commission européenne, à la mauvaise utilisation des fonds de l’UE par les autorités municipales et à la résistance locale à des mesures telles que les zones à faibles émissions et les espaces verts.

« L’UE et ses États membres doivent se rendre compte que les objectifs ambitieux qui ont été fixés ne pourront être atteints sans de gros efforts supplémentaires de leur part », explique Klaus-Heiner Lehne, membre de la CCE et auteur du rapport.

350 000 décès par an

Selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), en Europe, l’exposition à la pollution atmosphérique est liée à environ 350 000 décès chaque année. En conséquence, les auditeurs ont appelé les villes européennes à aligner leurs objectifs sur la directive relative à la qualité de l’air ambiant, qui reste moins stricte que les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon les auditeurs, les émissions de dioxyde d’azote (NO2) provenant des voitures et des camions constituent toujours un « problème majeur ». En 2022, plus de 10 États membres dépassaient encore les limites de l’UE, ce qui cause une augmentation des maladies respiratoires chez les citoyens.

Quant au procédures d’infraction lancées par la Commission à l’encontre des États membres qui ne respectaient pas les limites de pollution atmosphérique établies par l’UE, les auditeurs ont déclaré qu’elles étaient souvent longues et inefficaces.

En Espagne, en Grèce et en Pologne, les procédures relatives à la pollution atmosphérique ont été lancées cinq, six et neuf ans après la première signalation à la Commission, et sur les 106 procédures engagées depuis l’entrée en vigueur de la directive sur la qualité de l’air, la moitié a été classée sans suite.

Un débat houleux

D’un autre côté, les mesures visant à améliorer la santé dans les villes et à réduire la pollution urbaine, telles que les zones à faibles émissions, ont essuyé de nombreuses critiques.

À Barcelone, le modèle de rues en axes verts ou « superblocs », qui a montré des améliorations notables en matière de santé mentale, a fait l’objet de « problèmes juridiques pour cause de discrimination ou de limitation de l’accès et de la libre circulation », selon la CCE.

« Alors que les problèmes sont résolus localement, les deux phénomènes [pollution atmosphérique et sonore] ont augmenté dans les zones adjacentes », a indiqué Katarzyna Radecka-Moroz, auditrice environnementale, lors d’une conférence de presse, notant que toute solution telle que les axes verts devrait être conçue de manière « holistique ».

Thomas Lymes, responsable du plaidoyer au sein du réseau Eurocities, explique que les zones à faibles émissions doivent être introduites progressivement avec d’autres mesures, telles que la gratuité des transports en commun, pour être efficaces.

Une menace pas si silencieuse

Une autre menace pour la santé souvent négligée est la pollution sonore, qui, selon les auditeurs, reste mal comprise en raison de lacunes dans la cartographie stratégique du bruit et de retards dans les rapports dans la plupart des États membres de l’UE.

Selon l’OMS, la pollution sonore — principalement due au trafic routier et aérien — est étroitement corrélée à des fonctions cognitives réduites et à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2.

Pour le groupe de pression Eurocities, si l’UE veut agir sérieusement sur la question du bruit, elle devrait réviser la législation existante pour introduire des objectifs de réduction obligatoires.

Contrairement à la qualité de l’air, il n’existe pas d’objectifs de réduction du bruit à l’échelle de l’UE — seulement des plans d’action définis par les États membres — ce qui signifie que la motivation pour signaler la pollution sonore et prendre des mesures supplémentaires est faible, explique Klaus-Heiner Lehne.

« En Grèce, par exemple, les dernières données sur la pollution sonore datent de 2014 et les autorités grecques n’ont pas suivi les exigences de la législation européenne », a souligné Katarzyna Radecka-Moroz. Sur une note plus positive, elle a toutefois indiqué qu’Athènes a maintenant lancé un projet financé par l’UE pour surveiller les niveaux de bruit dans la ville.

À Cracovie, les autorités polonaises ont déclaré qu’il n’était pas possible de s’aligner totalement sur un plan d’action contre le bruit, invoquant des problèmes budgétaires.

L’année dernière, l’OMS Europe a lancé une étude pour mieux comprendre les impacts sanitaires du bruit environnemental, mais doit encore mettre à jour ses lignes directrices de 2018 sur la pollution sonore, qui, selon la CCE, devraient être suivies aussi rigoureusement que possible.

[Édité par Anna Martino]