Résistance aux antimicrobiens : l’UE est en retard sur ses objectifs, selon une agence européenne
Selon un nouveau rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), l’UE est en retard sur ses objectifs de consommation d’antimicrobiens fixés pour 2030, certains États membres revenant même aux chiffres de 2019.
Selon un nouveau rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), l’Union européenne est en retard sur ses objectifs de consommation d’antimicrobiens fixés pour 2030, certains États membres revenant même aux chiffres de 2019.
La résistance aux antimicrobiens (RAM) tue 33 000 personnes chaque année dans l’UE. En 2015, plus de 670 000 cas de résistance avaient été enregistrés.
Cette « pandémie silencieuse » inquiète l’ECDC, qui a publié vendredi dernier (17 novembre) un nouveau rapport sur la consommation d’antibiotiques et le fardeau que représente la RAM en Europe.
« La résistance aux antimicrobiens reste une menace majeure pour la santé publique en Europe et dans le monde », a déclaré Andrea Ammon, directrice de l’ECDC, lors de la présentation du rapport lundi (20 novembre).
La RAM survient lorsque des bactéries, des virus, des champignons et des parasites évoluent et développent une résistance qui fait qu’ils ne répondent plus aux médicaments, ce qui complique le traitement des infections. La principale cause de cette résistance est la surconsommation ou la mauvaise utilisation des antibiotiques.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’environ la moitié de l’utilisation des antibiotiques dans le monde est inadaptée. Cela peut être dû à l’utilisation d’antibiotiques lorsqu’ils ne sont pas indiqués, au choix d’un antibiotique dont le spectre est trop large et à l’utilisation d’une dose ou à une durée de traitement inadéquate.
Le rapport de l’ECDC, qui se concentre sur les niveaux de consommation d’antimicrobiens dans l’UE, montre que la progression sur la voie des objectifs fixés pour 2030 est encore très lente dans les États membres.
Augmentation de la consommation d’antibiotiques
En juin, le Conseil de l’UE a adopté des recommandations visant à intensifier les actions contre la RAM.
Ces recommandations comprennent deux objectifs liés à la consommation d’antimicrobiens qui devraient être atteints d’ici 2030 en prenant 2019 comme année de référence : une réduction de 20 % de la consommation totale d’antibiotiques chez l’humain, et une part de 65 % des antibiotiques consommés devant appartenir au groupe Access, c’est-à-dire des antibiotiques au spectre étroit qui, selon la classification AWaRE de l’OMS, sont efficaces face à un large éventail d’infections courantes et présentent un risque relativement faible d’engendrer une résistance.
Ces recommandations « montrent qu’il existe un large consensus entre les États membres de l’UE, que tous comprennent qu’il s’agit d’une grave menace pour la santé et que des mesures immédiates sont nécessaires », a affirmé Mme Ammon lundi.
Selon le rapport, la consommation totale d’antibiotiques chez l’humain a diminué de 2,5 % entre 2019 et 2022, « indiquant des progrès lents vers l’objectif de réduction de 20 % d’ici 2030 ».
Ce chiffre fait suite à des réductions sans précédent en 2020 et 2021, durant la pandémie de Covid-19. Cependant, on observe depuis la fin de la pandémie un retour à la « normale », que l’ECDC attribue aux schémas des virus respiratoires hivernaux, à la reprise des contacts sociaux, aux changements dans les habitudes d’hygiène et aux pratiques de prescription d’antibiotiques.
Le rapport de l’ECDC montre que seuls neuf États membres de l’UE ont atteint ou dépassé l’objectif d’au moins 65 % de la consommation d’antibiotiques provenant du groupe Access, l’UE dans son ensemble atteignant 59,8 %.
Le rapport souligne également que le nombre de pays atteignant ou dépassant l’objectif de 65 % n’a pas changé depuis 2019 et que douze États membres avaient une consommation totale d’antimicrobiens plus élevée en 2022 qu’en 2019. C’est notamment le cas de la Bulgarie (+24 %), de Malte (+15 %) et de la Lituanie (+13,5 %).
En outre, des écarts importants subsistent entre les États membres, allant des chiffres inquiétants de la Bulgarie aux chiffres prometteurs de la Finlande, où la consommation a diminué de 15 %.
« Les progrès de l’UE ne peuvent être que la somme des progrès de chaque État membre », a souligné Mme Ammon lors de la présentation du rapport.
Redoubler d’efforts
L’ECDC appelle à une action urgente dans toute l’Union européenne, en garantissant des mesures visant à soutenir l’utilisation prudente des antimicrobiens et à promouvoir le développement de nouveaux antimicrobiens et d’autres solutions alternatives.
La commissaire européenne à la Santé Stélla Kyrakides a annoncé que l’UE allouerait 50 millions d’euros pour une nouvelle action conjointe sur la résistance aux antimicrobiens, qui sera lancée début 2024, et 17 millions d’euros supplémentaires pour améliorer l’accès aux nouveaux antibiotiques.
La proposition de la Commission européenne relative au nouveau règlement pharmaceutique aborde déjà cette question et vise à stimuler l’innovation et le développement de nouveaux antibiotiques dans l’UE.
La solution proposée consiste à tester pendant 15 ans un « système de bons d’exclusivité de données transférables » pour les nouveaux antibiotiques afin d’encourager le développement de nouveaux produits. Ces bons permettront aux entreprises développant un nouvel antibiotique d’étendre d’un an la durée pendant laquelle elles ont l’exclusivité sur la vente d’un autre produit plus rémunérateur, ou de revendre ce bon à une autre entreprise.
Bien que l’industrie pharmaceutique ait accueilli favorablement cette proposition, elle reste un sujet délicat dans les négociations au sein des institutions européennes, les États membres étant plutôt sceptiques quant à sa mise en œuvre.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]