Semi-conducteurs : la coalition allemande divisée sur l’augmentation des subventions accordées à la mega fab d’Intel

En Allemagne, la coalition tripartite au pouvoir est divisée sur l’augmentation des subventions publiques pour l’usine de semi-conducteurs d’Intel, d’un montant de 17 milliards d’euros. Le ministre libéral des Finances et le ministre écologiste de l’Économie s’opposent sur la question.

EURACTIV Allemagne
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L’usine de semi-conducteurs d’Intel est le plus gros investissement étranger de l’histoire de l’Allemagne de l’après-guerre. Elle est considérée comme cruciale pour les plans stratégiques de l’Union européenne, qui a déclaré que l’expansion des capacités européennes de fabrication de semi-conducteurs était une nécessité géostratégique. [SHUTTERSTOCK/Alexander Tolstykh]

En Allemagne, la coalition tripartite au pouvoir est divisée sur l’augmentation des subventions publiques pour l’usine de semi-conducteurs d’Intel, d’un montant de 17 milliards d’euros. Le ministre des Finances, Christian Lindner (Parti libéral-démocrate, FDP), et le ministre de l’Économie, Robert Habeck (Alliance 90/Les Verts) s’opposent sur la question.

Intel a récemment demandé davantage de subventions publiques pour construire sa nouvelle usine de 17 milliards d’euros à Magdebourg, dans l’est de l’Allemagne, comprenant deux méga-usines (« mega fabs ») et créant 10 000 emplois.

L’entreprise — troisième fabricant mondial de semi-conducteurs — finance une partie du projet, mais elle recevra également une aide de l’État de 6,8 milliards d’euros. Invoquant la hausse des coûts de l’énergie et de la construction a demandé que cette somme soit portée à 10 milliards d’euros.

L’usine de semi-conducteurs d’Intel est le plus gros investissement étranger de l’histoire de l’Allemagne de l’après-guerre. Elle est considérée comme cruciale pour les plans stratégiques de l’Union européenne, qui a déclaré que l’expansion des capacités européennes de fabrication de semi-conducteurs était une nécessité géostratégique.

Toutefois, les membres de la coalition tripartite allemande restent divisés sur la question du financement public. Dans un récent entretien accordé au Financial Times, le ministre des Finances, Christian Lindner, a déclaré : « Il n’y a plus d’argent disponible dans le budget ».

Le ministre de I’Économie et de la Protection du climat, Robert Habeck, est d’un avis différent. L’Allemagne s’est « clairement engagée dans cette voie », a-t-il affirmé au Forum économique de l’est de l’Allemagne lundi (12 juin).

« L’investissement élevé d’Intel est également un investissement dans l’ingénierie mécanique et les technologies », a indiqué M. Habeck.

« C’est pourquoi, de mon côté, je m’engage clairement dans cette voie : oui, nous voulons ces implantations, et oui, dans un environnement concurrentiel, elles sont coûteuses. Mais je pense que c’est un bon investissement pour l’avenir. Nous devrions veiller à utiliser et à renforcer l’attractivité du site et à attirer ces investissements ici », a-t-il ajouté.

La stabilité politique, la qualité des infrastructures et l’énergie verte font partie des raisons pour lesquelles Magdebourg a été choisie, a poursuivi M. Habeck.

Alors que le chancelier Olaf Scholz du Parti social-démocrate (SPD) et M. Habeck se sont montrés ouverts à un soutien financier plus important, M. Lindner a noté un déficit de financement de 20 milliards d’euros dans le budget de l’année prochaine.

Le montant de l’aide publique étant déjà fixé dans le budget fédéral et les ministres n’étant pas d’accord sur l’augmentation du financement, les décideurs politiques allemands se trouvent dans une position difficile.

Intel se concentre sur l’Europe

En mars 2022, Intel a annoncé son intention d’investir 33 milliards d’euros dans l’agrandissement des usines existantes et la construction de nouvelles usines en Europe.

L’entreprise prévoit par exemple de construire huit usines de semi-conducteurs pour produire des semi-conducteurs d’une taille de trois nanomètres — une première en Europe, la production de micropuces de cette taille étant jusqu’à présent limitée à l’Asie.

La production de ces petites puces étant fortement concentrée dans des pays asiatiques tels que la Corée du Sud et Taïwan, le continent européen bénéficierait ainsi d’une technologie de pointe.

La Commission européenne s’est fixé pour objectif d’accroître la production européenne de micropuces et compte sur l’objectif d’Intel d’atteindre une gravure fine de deux nanomètres pour assurer la compétitivité du bloc sur ce marché.

En effet, des puces aux gravures fines sont nécessaires pour de nombreuses technologies (notamment les applications basées sur l’IA ou la conduite autonome). De plus, les entreprises européennes souffrent de coûts élevés et dépensent actuellement des milliards en raison de pénuries de micropuces.

Course aux subventions

Mais pour atteindre ses objectifs sur le continent européen, Intel compte sur le financement de ses projets par l’État allemand à hauteur de 40 % du coût global de l’investissement.

Le montant requis pose déjà des problèmes aux pays de l’UE, qui reviennent à des mesures d’austérité.

L’Allemagne, par exemple, a annoncé un programme de soutien important de 3 milliards d’euros pour l’industrie des semi-conducteurs en 2021. Cependant, en moyenne, une seule usine de semi-conducteurs coûte environ 10 milliards d’euros. C’est pourquoi le programme de soutien allemand a été largement considéré comme une goutte d’eau dans l’océan.

L’Europe et les États-Unis se sont engagés à empêcher une course aux subventions dans le cadre du Conseil du commerce et des technologies (CCT) UE-États-Unis, les deux blocs s’étant engagés à mettre en place des plans de relance massifs pour stimuler leur capacité en matière de semi-conducteurs.

Néanmoins, des inquiétudes subsistent quant au fait que les entreprises pourraient continuellement relever la barre des aides d’État afin de maximiser le montant des subventions publiques.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]