Voitures hybrides rechargeables : un nouveau bras de fer politique en vue sur les normes CO₂

L'écart entre les émissions officielles et les émissions réelles se creuse, les automobilistes semblant réticents à couper leur moteur à essence

EURACTIV.com
[Chesnot/Getty Images]

On constate un écart croissant entre les données officielles sur les émissions des voitures hybrides rechargeables et leur niveau réel de pollution, et une prochaine révision de la norme européenne semble sur le point de déclencher une nouvelle bataille entre Bruxelles et les constructeurs automobiles.

Les hybrides rechargeables sont des voitures à essence ou diesel équipées d’un moteur électrique auxiliaire et d’une batterie destinés aux trajets courts, qui constituent l’essentiel de l’utilisation d’une voiture. De nombreuses études menées au fil des ans ont montré que le moteur conventionnel est généralement utilisé davantage que prévu dans des conditions de conduite réelles.

Les émissions des modèles de 2021 se sont avérées environ 3,5 fois supérieures aux estimations officielles, selon un rapport publié jeudi par le Conseil international des transports propres (ICCT).

L’analyse réalisée par ce groupe de défense des données issues de 920 000 véhicules de l’Espace économique européen a révélé que cet écart avait atteint un facteur de 4,6 pour les véhicules immatriculés en 2023.

La raison principale : le comportement des conducteurs. Alors que l’augmentation de l’autonomie électrique permettait de réduire les estimations officielles des émissions de CO₂, les conducteurs rechargeaient moins souvent leur véhicule et recouraient davantage au moteur à combustion que prévu.

Le facteur d’utilisation

Le fait que les véhicules hybrides rechargeables (PHEV) polluent bien plus que ne le laissent entendre les essais officiels n’est un secret pour personne, ce qui a incité la Commission européenne, l’année dernière, à réduire le « facteur d’utilisation » – une estimation de la fréquence d’utilisation du moteur à combustion interne, utilisée pour vérifier la conformité aux normes d’émissions de l’UE.

La surestimation des avantages climatiques des véhicules hybrides rechargeables aide les constructeurs automobiles à respecter les normes de CO₂ de plus en plus strictes et réduit la nécessité de vendre davantage de voitures électriques à batterie zéro émission.

Une deuxième révision de ce facteur est prévue pour 2027, mais les constructeurs automobiles et les défenseurs du moteur à combustion interne se battent pour éviter toute nouvelle réduction.

Les ventes de voitures électriques ont explosé cette année dans toute l’Europe, la guerre en Iran et le blocus du détroit d’Ormuz ayant fait grimper en flèche les prix de l’essence et du diesel. L’abandon progressif de l’essence et du diesel semble toutefois favoriser l’option 100 % électrique.

La part de marché des voitures entièrement électriques dans l’UE est passée de 15,6 % au premier semestre 2025 à 20,7 % au cours de la même période cette année, tandis que celle des véhicules hybrides rechargeables (PHEV) n’a augmenté que de 8,5 % à 9,8 %.

Selon le directeur de l’ICCT Europe, Peter Mock, la mise à jour de 2027 du facteur d’utilité de l’UE « réduirait probablement l’attrait des hybrides rechargeables en tant qu’outil permettant aux constructeurs d’atteindre leurs objectifs européens en matière d’émissions de CO₂ pour les voitures neuves, et entraînerait une nouvelle baisse de leur part de marché ».

(rh)