À Bruxelles, les représentants du secteur de l’énergie rassurés par le rapport Draghi
Les associations européennes du secteur de l’énergie ont salué le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité européenne, se réjouissant que ce dernier ne s’attaque pas aux principes du marché de l’énergie de l’UE.
Les associations européennes du secteur de l’énergie ont salué le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité européenne, se réjouissant que ce dernier ne s’attaque pas aux principes du marché de l’énergie de l’Union européenne (UE).
Dans son rapport de 400 pages, le technocrate italien invite l’Europe à augmenter la productivité du continent. Son analyse est suffisamment épaisse pour que la plupart des groupes de pression bruxellois y trouvent leur compte — et surtout beaucoup à redire.
« Le rapport Draghi fait mouche sur de nombreux points », souligne ainsi Giles Dickson, directeur général de l’association industrielle WindEurope.
Alors que le rapport souligne la nécessité de découpler les prix de l’électricité de ceux du gaz, l’industrie s’est réjouie que l’économiste italien se soit abstenu d’attaquer le principe fondamental du marché de l’électricité, la préséance économique (« merit order »).
« Le secteur solaire est soulagé de lire la reconnaissance du rôle essentiel des contrats à long terme, tels que les contrats d’achat d’électricité [power purchase agreements, PPA] et les contrats d’écart compensatoire [contracts for difference, CfD], ainsi que de la tarification au coût marginal », indique Walburga Hemetsberger, le PDG de SolarPower Europe.
Contrairement aux rumeurs, « le rapport ne préconise pas un changement radical des réformes du marché récemment adoptées », souligne pour sa part l’association du secteur de l’électricité Eurelectric.
L’industrie éolienne a également salué la proposition de l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) pour que Bruxelles choisisse les secteurs des technologies propres dans lesquels elle peut dominer, tout en laissant les autres aux concurrents étrangers.
Selon Giles Dickson, la suggestion de « canaliser les fonds de l’UE vers les chaînes d’approvisionnement clés tout en résistant aux pratiques commerciales déloyales de l’étranger » était « pertinente ».
Toutefois, pour Walburga Hemetsberger, qui représente l’industrie solaire, où la Chine semble imbattable, « il est important de ne pas abandonner le renforcement de la chaîne d’approvisionnement solaire de l’UE ».
Le PDG d’Eurelectric, Kristian Ruby, met quant à lui en garde contre « plusieurs idées non testées pour réduire les coûts de l’énergie qui mériteraient d’être examinées plus attentivement ».
Mario Draghi a notamment suggéré que certains producteurs fournissent de l’électricité aux industries exposées à la concurrence internationale, en s’appuyant sur un contrat à long terme bon marché.
« Cette approche représente une intervention significative sur le marché qui risque de décourager les investissements dans le secteur de l’électricité », indique Kristian Ruby.
Le soutien du Parlement européen
Les députés européens saluent également largement le rapport Draghi. « Nous devons sérieusement réduire la charge règlementaire qui pèse sur les entreprises européennes », soutient l’eurodéputé allemand Andreas Schwab (Parti populaire européen, PPE).
« Je suis satisfait qu’il confirme de nombreuses demandes que le PPE formule depuis longtemps », poursuit le porte-parole du groupe pour le Marché unique.
« Nous sommes heureux de voir certaines des priorités du groupe S&D dans le rapport, telles que la décarbonation de l’économie de l’UE et la nécessité d’une stratégie industrielle verte », affirme de son côté l’Espagnole Iratxe Garcia, présidente des Socialistes et Démocrates européens (S&D).
Les deux partis ont promis de soutenir le rapport politiquement. « Ce dernier ne doit pas se perdre dans les tiroirs des bureaucrates de Bruxelles », insiste Christian Ehler, chef de file du PPE pour l’industrie, invitant Mario Draghi à rencontrer les législateurs à Strasbourg lors de la prochaine session plénière de l’hémicycle.
« Nous nous attendons à ce que ce rapport et celui d’Enrico Letta [sur le marché unique] façonnent la nouvelle Commission européenne et ses priorités », souligne Valérie Hayer, du groupe Renew.
[Édité par Laurent Geslin & Anne-Sophie Gayet]