Comment la pandémie de Covid-19 a boosté la plateforme Doctolib
Le Covid a propulsé Doctolib et ses 1 600 salariés sur le devant de la scène, quitte à faire passer aux oubliettes les deux autres spécialistes sélectionnés par l’État, Maiia et Keldoc.
La plateforme de réservation médicale a conquis le marché français en un rien de temps. 150 000 professionnels de santé y sont abonnés. À Nantes, Doctolib a installé sa seconde antenne nationale. Un article de notre partenaire Ouest-France.
Il ne boude pas son plaisir. Entendre le président de la République encourager les citoyens à se connecter en deux clics sur la plateforme Doctolib pour se faire vacciner, a comblé Thibault Aliadière. Record battu, dès vendredi, plus de 500 000 prises de rendez-vous !
Mais le tout jeune directeur commercial de l’antenne nantaise ne s’étonne guère du succès fulgurant de l’entreprise française, qui n’existait pas il y a dix ans. Depuis, elle a absorbé ou coiffé sur le poteau tous ses concurrents. « Avant la pandémie, on était déjà bien connu avec 50 millions de comptes patients », argumente Thibault Aliadière. À tel point que certains praticiens ne peuvent plus s’en passer pour créer leur patientèle.
« On a su être très réactif »
Le Covid a propulsé Doctolib et ses 1 600 salariés sur le devant de la scène, quitte à faire passer aux oubliettes les deux autres spécialistes sélectionnés par l’État, Maiia et Keldoc.
« On a su être très réactif. Lors du premier confinement, du jour au lendemain, on a installé la télé-consultation chez 30 000 praticiens et gratuitement durant cette période. On a équipé ensuite 1 800 centres de vaccinations. »
Devenu leader, Doctolib en vient même à donner, dans la presse, des conseils en stratégie pour booster la vaccination. « On n’est pas là pour faire du business sur le malheur des autres, mais la pandémie a participé à notre succès », admet Typhaine Nicolas, recruteuse à Nantes, où l’entreprise a choisi d’installer sa deuxième antenne nationale.
Depuis un an, Doctolib occupe les trois étages d’un immeuble et emploie en CDI 200 personnes, majoritairement recrutées en plein confinement et en télétravail, des informaticiens, des chargés de clientèle qui répondent au téléphone, six jours sur sept. Et des commerciaux qui sillonnent les rues et frappent aux portes des cabinets médicaux. « On continue à embaucher vingt personnes par mois à Nantes. »
Pas encore rentable
Aujourd’hui 150 000 professionnels de santé payent ce service, 129 € par mois pour la prise de rendez-vous, 79 € pour la télé-consultation. Des hôpitaux l’ont aussi adopté. « On a lancé un nouveau logiciel de gestion du dossier médical élaboré à Nantes ». La plupart des médecins en sont déjà équipés mais Doctolib propose un service tout en un et espère à nouveau conquérir ce marché.
Cela dit, l’essor de la plateforme commence à susciter des inquiétudes dans un pays où le secret médical est strictement encadré. « Toutes les données sont cryptées et hébergées chez un hébergeur certifié : nous ne possédons aucune information médicale. Rien n’est monétisé », se défend Thibault Aliadière.
En dépit de ce très fort développement, Doctolib, qui a réalisé en 2019, une levée de fonds de 150 millions d’euros, n’est pas encore rentable et ne publie pas ses comptes. Difficile d’en savoir plus. « Parler d’argent dans le domaine de la santé, c’est malvenu. Mais si l’État nous fait confiance, c’est que tout va bien. »