Course à la direction de la DG Concurrence : un poste clé sous pression américaine
La course à la tête de la DG Concurrence de la Commission se resserre à mesure que les enjeux politiques deviennent plus élevés. Seuls quelques candidats sont désormais considérés comme des prétendants sérieux, selon des responsables et avocats proches du processus interrogés par Euractiv.
Le groupe de candidats comprend des profils internes et externes se disputant la direction de la direction générale chargée de la concurrence, la « DG COMP » (pour Directorate-General for Competition), chargée d’évaluer les fusions d’entreprises, de faire respecter les règles en matière d’aides d’État et de veiller à ce que les géants technologiques, notamment américains, n’enfreignent pas les règles de l’UE en matière de concurrence.
La décision finale revient à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, mais le calendrier de nomination reste incertain.
Euractiv a interrogé huit fonctionnaires de la Commission, des avocats spécialisés dans le droit de la concurrence et d’autres personnes qui connaissent la DG COMP et les candidats, mais qui ne sont pas directement impliquées dans le processus décisionnel. Selon ces sources, les candidats encore en lice comprennent deux chefs de département adjoints, Guillaume Loriot et Anthony Whelan, l’actuelle directrice générale de la DG Énergie, Ditte Juul Jørgensen, et Céline Gauer, actuellement directrice générale de la task force pour les réformes et les investissements.
Toutefois, un outsider pourrait encore créer la surprise dans cette course.
Un poste clé
Le poste de directeur général de la DG COMP est stratégique : c’est l’un des rares domaines où la Commission détient à la fois un pouvoir législatif exclusif et la capacité d’infliger des amendes importantes aux géants technologiques pour les obliger à se conformer aux règles européennes.
La désignation d’un successeur pour remplacer le français Olivier Guersent à ce poste intervient alors que la règlementation numérique de l’UE fait l’objet de vives critiques de la part de l’administration du président américain Donald Trump, qui s’est montrée très agressive dans ses attaques contre l’application par l’UE de ses règles technologiques aux entreprises américaines.
Cette dynamique confère au poste une dimension hautement politique.
« La Commission est devenue de plus en plus politique au fil du temps », souligne pour Euractiv Mario Mariniello, analyste au think tank Bruegel, basé à Bruxelles. « Cela […] crée un risque, car l’application de la règlementation doit être très objective. »
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Le ou la futur⸱e directeur⸱ice général⸱e devra naviguer entre plusieurs pressions : appliquer la politique de concurrence de l’UE, gérer les relations avec les grandes entreprises et participer aux négociations commerciales complexes avec les États-Unis de Donald Trump.
Ces pressions géopolitiques auront une incidence sur la dynamique du nouveau directeur et pourraient le contraindre à appliquer la politique de concurrence de manière moins dogmatique que ses prédécesseurs.
« L’interaction entre ces dimensions est le plus grand défi que la concurrence va désormais devoir relever », explique Mario Mariniello.
La règlementation des grandes entreprises technologiques, quant à elle, ne va pas devenir plus aisée.
« Le prochain directeur général de la DG COMP doit être intrépide », avertit l’eurodéputée Alexandra Geese (Verts/ALE), ajoutant qu’il devra être prêt à freiner les comportements opportunistes des géants technologiques tout en garantissant une concurrence équitable pour les innovateurs européens.
Le jeu de la succession
Compte tenu de l’importance du poste, il est probable qu’Ursula von der Leyen souhaitera approuver elle-même la nomination, plutôt que de laisser cette tâche à la commissaire à la Concurrence, Teresa Ribera.
Par ailleurs, la présidente de la Commission européenne a certainement déjà une idée de la personne qu’elle souhaite voir prendre ce poste, autrefois occupé par nul autre que son père, Ernst Albrecht.
Olivier Guersent, qui dirigeait la DG COMP depuis 2020, a pris sa retraite en août. Il a laissé la direction par intérim à Linsey McCallum, directrice adjointe chargée de la concurrence et des plateformes numériques depuis 2020. La fonctionnaire de nationalité britannique et allemande continue d’exercer ses fonctions adjointes en parallèle et se serait, selon nos sources, retirée de la course au poste de directeur général. Elle a refusé de répondre à notre demande de commentaires.
Trois directeurs généraux adjoints, en poste depuis plusieurs années, sont considérés comme les principaux candidats en lice : Guillaume Loriot, responsable des fusions, Anthony Whelan, chargé des aides d’État.
Selon certaines sources, outre la nationalité, la personnalité et les relations avec Teresa Ribera, qui aura son mot à dire dans le choix du prochain directeur, sont des facteurs importants pour déterminer qui occupera ce poste.
Pas de favori
Pour l’heure, il ne semble pas y avoir de favori évident.
Interrogé par Euractiv, Guillaume Loriot, un avocat spécialisé dans le droit de la concurrence, a suggéré qu’il était peut-être « trop tôt » pour le promouvoir. De plus, il pourrait s’avérer délicat de nommer un autre ressortissant français si peu de temps après qu’Olivier Guersent ait occupé le poste.
Le fonctionnaire irlandais Anthony Whelan, qui n’a pris ses fonctions de vice-président que récemment après avoir occupé le poste de conseiller numérique et économique au sein du cabinet d’Ursula von der Leyen, pourrait avoir plus de chances, selon cette même source, qui le décrit comme « l’un des candidats les plus solides » car Anthony Whelan travaille directement avec la présidente depuis 2019 à l’élaboration de la politique numérique et de concurrence de la Commission.
Guillaume Loriot a refusé de commenter cette information. Anthony Whelan n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Euractiv.
Parmi les noms évoqués en dehors de la DG COMP figure celui de la fonctionnaire danoise et cheffe de la DG Énergie, Ditte Juul Jørgensen. Elle a notamment été cheffe de cabinet de l’ancienne commissaire à la concurrence Margrethe Vestager.
Le fait d’être originaire d’un petit État de l’UE est considéré par certains comme un avantage pour Ditte Juul Jørgensen lorsqu’il s’agit de gérer le dossier de la concurrence, car cela pourrait lui permettre d’échapper plus facilement aux accusations de conflits d’intérêts.
Un autre nom mentionné est celui de Céline Gauer, une fonctionnaire française qui a précédemment travaillé au sein de l’unité pendant plusieurs années et qui dirige actuellement la task force de la Commission sur les réformes et les investissements.
Deux avocats spécialisés dans le droit de la concurrence avec lesquels Euractiv s’est entretenu ont déclaré qu’elle était pressentie pour le poste depuis le début.
En fin de compte, l’importance de trouver la bonne personne pour un poste clé pourrait l’emporter sur des considérations moins importantes telles que la nationalité, affirme l’ancienne députée européenne tchèque Dita Charanzová.
Il s’agit d’une « nomination clé », et non d’une « décision technique en matière de ressources humaines », insiste-t-elle. Et d’ajouter que le ou la candidat⸱e choisi⸱e devra « être politiquement aligné⸱e sur le programme de la présidente von der Leyen ».
La Commission n’a pas précisé de calendrier. Un porte-parole a refusé de commenter le processus de nomination.