La Commission propose de supprimer progressivement l’abattage des poussins mâles dans toute l’UE

La Commission présentera une proposition visant à éliminer progressivement l’abattage systématique des poussins mâles, a annoncé Stella Kyriakides lors d’une réunion au cours de laquelle plusieurs États membres ont demandé l’interdiction de cette pratique à l’échelle de l'UE.

Euractiv.com
Photo,Hatched,Chicks,Closeup
Chaque année, dans toute l’Union européenne, des millions de poussins mâles sont tués peu après l’éclosion, car ils ne sont pas adaptés à la production de viande et sont donc considérés comme inutiles par l’industrie. [[SHUTTERSTOCK]]

La Commission européenne présentera une proposition visant à éliminer progressivement l’abattage systématique des poussins mâles. C’est ce qu’a annoncé la commissaire européenne Stella Kyriakides lors d’une réunion au cours de laquelle plusieurs États membres ont demandé l’interdiction de cette pratique à l’échelle européenne.

« Je veux proposer de supprimer progressivement cette pratique », a déclaré la commissaire européenne à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Stella Kyriakides, lors de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE à Luxembourg lundi (17 octobre). Elle a également appelé les États membres de l’UE à soutenir cet effort.

Chaque année, dans toute l’Union européenne, des millions de poussins mâles sont tués peu après l’éclosion, car ils ne sont pas adaptés à la production de viande et sont donc considérés comme inutiles par l’industrie.

Cette pratique est jugée contraire à l’éthique par les défenseurs des droits des animaux, qui dénoncent les souffrances endurées par les poussins, le plus souvent tués par broyage ou gazage.

Pour sa part, Mme Kyriakides a qualifié l’abattage de poussins âgés d’un jour de « phénomène inquiétant », laissant entendre qu’une telle proposition pourrait être présentée dans le cadre de la révision actuelle de la législation européenne sur le bien-être animal.

Les commentaires de l’exécutif européen répondent à une note déposée par l’Allemagne et la France et soutenue par l’Autriche, la Belgique, Chypre, la Finlande, l’Irlande, le Luxembourg et le Portugal.

Les neuf États membres ont appelé à « mettre fin, à l’échelle de l’UE, à la mise à mort systématique des poussins mâles », car cette pratique « ne répond pas aux attentes des consommateurs européens ».

La note de lundi fait écho à une impulsion donnée en juillet 2021, lorsque la France et l’Allemagne avaient déjà pris la tête d’une coalition d’États membres pour faire pression en faveur d’une interdiction de l’abattage des poussins à l’échelle de l’UE, peu après que les deux pays eurent décidé d’interdire cette pratique au niveau national à partir du début de cette année.

Récemment, l’Autriche et le Luxembourg ont également interdit l’abattage systématique des poussins mâles sans raison particulière.

Attention à ne pas déplacer le problème

Si la quasi-totalité des États membres a largement manifesté son soutien à l’avancée de l’Allemagne et de la France, plusieurs d’entre eux ont également souligné le fait qu’imposer une interdiction de l’abattage des poussins uniquement sur la production au sein de l’UE pourrait avoir pour effet de déplacer le problème ailleurs.

Il est « important de ne pas perdre de vue les possibles effets négatifs d’une interdiction, comme le déplacement de l’abattage des poussins âgés d’un jour vers d’autres pays », a souligné le représentant néerlandais, tandis que son collègue hongrois a déclaré qu’une interdiction devrait inclure « tous les produits sur le marché européen, y compris les produits importés », afin de garantir le maintien de la production alimentaire en Europe.

Face à ce risque et à d’autres risques potentiels, une grande majorité d’États a également demandé à la Commission de réaliser une étude d’impact approfondie avant de proposer une interdiction à l’échelle européenne.

Selon Mme Kyriakides, la Commission intégrera une telle étude, « qui tiendra également compte du contexte économique très difficile », dans son analyse d’impact en cours, destinée à préparer la refonte de la législation européenne sur le bien-être animal.

Rechercher des alternatives

La recherche d’alternatives économiquement viables constitue un autre obstacle à l’arrêt de l’abattage des poussins mâles.

L’une des options consiste à continuer à élever les poussins mâles et à les utiliser pour la production de viande, mais, en raison de leur faible taux de croissance, cette solution n’est généralement pas rentable.

L’autre solution principale est une solution technique récemment développée, mais souvent coûteuse — connue sous le nom de sexage in-ovo – qui permet aux producteurs de détecter le sexe des poussins avant leur éclosion et donc de ne pas faire éclore de poussins mâles.

Alors que les neuf États membres reconnaissent que « la mise en œuvre d’alternatives constitue un défi majeur pour le secteur », la note souligne l’expérience de pays comme la France ou l’Allemagne, où les interdictions sont déjà en place et où des alternatives « existent ou sont actuellement explorées, développées et optimisées ».

Cependant, plusieurs autres États membres ont souligné que le coût supplémentaire de ces alternatives devrait être pris en compte en cas d’interdiction à l’échelle européenne.

La ministre croate Marija Vučković, par exemple, estime qu’un financement supplémentaire au niveau de l’UE devrait être envisagé, « soit pour la prise en charge de nouvelles technologies et d’équipements, soit en guise de compensation pour l’élevage durable de poussins mâles ».

Les défenseurs du bien-être animal satisfaits

Les défenseurs du bien-être animal se sont félicités des efforts déployés en faveur d’une interdiction à l’échelle européenne.

« Nous sommes heureux de voir tant d’États membres de l’UE présenter un front uni contre la mise à mort des poussins mâles », a déclaré Olga Kikou, directrice de Compassion in World Farming EU, dans un communiqué, avant d’ajouter que « les citoyens ont demandé à plusieurs reprises une interdiction ».

De son côté, Andreas Manz, coordinateur de la politique européenne des animaux d’élevage chez FOUR PAWS, a appelé l’exécutif européen à conclure son analyse d’impact et à commencer à jeter les bases d’une nouvelle proposition législative.

Malgré le soutien croissant en faveur d’une telle mesure, l’association européenne des producteurs de volaille AVEC a refusé de commenter les derniers développements lorsqu’elle a été contactée par EURACTIV, indiquant qu’elle n’avait « pas le temps » de répondre.