L'Allemagne n'exclut pas de dépasser la limite du déficit budgétaire fixée par l'UE
Les dépenses prévues cette année par l'Allemagne en matière de défense et d'infrastructures pourraient bien lui faire dépasser la limite fixée par l'UE pour le déficit public, a reconnu le ministre allemand des Finances lundi 12 mai.
Les dépenses prévues cette année par l’Allemagne en matière de défense et d’infrastructures pourraient bien lui faire dépasser la limite fixée par l’UE pour le déficit public des États membres, a reconnu le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, lundi 12 mai.
Lars Klingbeil a confié aux journalistes qu’il était trop tôt pour dire si le prochain budget allemand allait faire passer le déficit public de la première économie de l’UE au-dessus du plafond de 3 % du PIB fixé par Bruxelles en 2025.
« C’est mon cinquième jour en fonction », a rappelé le ministre socialiste. « Nous nous préparons actuellement à établir le budget pour [2025]. Toutes ces questions seront également clarifiées dans les prochaines semaines. Nous voulons toujours présenter le projet de budget au cabinet en juin. »
Ces déclarations interviennent à la veille d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles. Elles font suite à l’annonce, en début d’année, d’un ambitieux plan d’investissement allemand de 1 000 milliards d’euros pour la défense et les infrastructures, marquant un tournant par rapport à des décennies de rigueur budgétaire.
Les règles budgétaires de l’UE imposent aux États membres de maintenir leur déficit public sous la barre des 3 % de leur PIB, et leur dette publique en dessous de 60 % de leur PIB.
Traditionnellement à la tête du camp des pays « frugaux » de l’UE — principalement nord-européens — l’Allemagne, aux côtés des Pays-Bas, a longtemps défendu une discipline stricte en matière budgétaire.
Mais Berlin a été le premier État membre de l’UE à répondre positivement à l’appel de la Commission européenne à activer la « clause dérogatoire » du Pacte de stabilité et de croissance de l’UE afin d’augmenter les dépenses de défense.
Les pays plus dépensiers, tels que l’Italie, l’Espagne et la France, n’ont pas formulé de telles demandes, même si Madrid envisagerait de le faire selon certaines sources.
L’activation de la « clause dérogatoire » du Pacte permettrait à Berlin d’augmenter ses dépenses de défense jusqu’à 1,5 % du PIB annuel pendant quatre ans sans enfreindre les règles de l’Union.
L’approche de Lars Klingbeil contraste avec celle de son prédécesseur, Christian Lindner (Parti libéral-démocrate, FDP), largement reconnu pour avoir défendu avec vigueur le maintien de règles strictes lors de la réforme des règles budgétaires de l’UE.
Toutefois, avant la réunion de lundi, d’autres ministres des Finances de l’UE se sont dits convaincus que l’Allemagne continuerait à respecter les nouvelles règles.
« Nous savons que l’Allemagne est un pays prudent sur le plan budgétaire, et nous attendons d’elle qu’elle le reste à l’avenir », a déclaré le ministre néerlandais des Finances, Eelco Heinen.
Le président de l’Eurogroupe, Paschal Donohoe, a pour sa part indiqué qu’il « saluait » la décision de l’Allemagne de renforcer ses investissements dans les infrastructures et la défense, soulignant l’impact positif que cela aurait sur la croissance et la compétitivité de l’Union.
Paschal Donohoe a ajouté qu’il « pensait » que les plans budgétaires de Berlin « seraient conformes » aux règles budgétaires de l’UE, tout en précisant qu’il y aurait une « discussion » entre les ministres des Finances des Vingt-Sept sur cette question au cours des prochaines semaines.
Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit que le déficit allemand atteindra 2,95 % cette année, avant de remonter à 4,41 % en 2030.
Le FMI prévoit également que le niveau d’endettement actuel de l’Allemagne, qui est déjà supérieur au seuil de 60 % fixé par l’Union européenne, passera à 74,85 % en 2030.
Nick Alipour a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]