L’Allemagne va cesser ses exportations de pesticides interdits par l’UE et fera pression pour une interdiction à l’échelle du bloc
L’Allemagne va interdire l’exportation vers des pays tiers de pesticides non autorisés sur le marché de l’Union européenne et fera également pression, avec la France, en faveur d’une interdiction des exportations de ces produits à l’échelle du bloc.
L’Allemagne interdira, à partir du printemps prochain, l’exportation vers des pays tiers de pesticides non autorisés sur le marché de l’Union européenne et fera également pression, avec la France, en faveur d’une interdiction des exportations de ces produits à l’échelle du bloc.
Le ministère allemand de l’Agriculture prépare une réglementation nationale qui devrait entrer en vigueur au printemps 2023 et qui interdirait l’exportation de certains produits phytopharmaceutiques dangereux pour la santé humaine et dont l’utilisation est interdite dans l’Union européenne.
« Il est inacceptable que nous continuions à produire et à exporter des pesticides que nous avons à juste titre interdits ici pour la santé des gens », a déclaré le ministre allemand de l’Agriculture Cem Özdemir dans un communiqué lundi (12 septembre).
Il a ajouté que Berlin va faire pression pour une interdiction d’exportation à l’échelle de l’UE avec la France afin d’assurer « la protection de la santé humaine et d’établir des normes mondiales » en la matière.
Contacté par EURACTIV, un porte-parole du ministère allemand n’a pas souhaité confirmer si les deux pays allaient déjà inscrire la question à l’ordre du jour d’une réunion informelle des ministres de l’Agriculture de l’UE qui se tiendra à Prague ce vendredi (16 septembre), indiquant simplement que « l’Allemagne et la France sont en discussion sur le sujet ».
« Les gens ont le même droit à la santé partout, et cela doit s’appliquer également aux agriculteurs des pays tiers », estime M. Özdemir. Par ailleurs, il a ajouté que cette mesure aiderait également les agriculteurs nationaux en rendant le marché plus « équitable » puisque « les substances interdites ici ne pourraient plus être utilisées ailleurs non plus ».
L’Allemagne a exporté à elle seule plus de 8 500 tonnes de substances actives non autorisées dans le bloc utilisées pour les produits phytopharmaceutiques en 2021, sur un total de 53 000 tonnes exportées, indique le ministère. Ce dernier a également précisé qu’environ 160 des substances non autorisées présentent des risques pour la santé humaine.
Dans la stratégie de l’UE pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques présentée en octobre 2020 dans le cadre de la stratégie phare du bloc en matière de durabilité, le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), l’exécutif européen s’est engagé à « montrer l’exemple et à veiller à ce que les produits chimiques dangereux interdits dans l’UE n’y soient pas produits pour l’exportation, y compris en modifiant la législation applicable si nécessaire ».
Toutefois, la stratégie n’est pas juridiquement contraignante et l’engagement concernant les exportations de pesticides n’a pas encore été inscrit dans quelque législation que ce soit.
Une solution nationale ne suffit pas
Le gouvernement allemand soutient cette approche, a insisté M. Özdemir avant d’ajouter qu’un « large éventail d’efforts », y compris au niveau supranational et international, serait nécessaire pour réduire les pesticides et promouvoir une utilisation durable des produits phytosanitaires dans le monde.
Avec une loi entrée en vigueur cette année, la France a été le premier État membre de l’UE à mettre en œuvre une interdiction d’exportation et de transport des pesticides non autorisés dans l’Union, associée à une interdiction d’importation des produits fabriqués à l’étranger à l’aide de ces pesticides.
Si les défenseurs de l’environnement ont salué l’avancée réalisée par M. Özdemir en Allemagne, ils ont souligné la nécessité d’une solution à l’échelle européenne.
Dans un communiqué, Johann Rathke, responsable de la campagne agricole du Fonds mondial pour la nature (World Wide Fund for Nature, WWF) en Allemagne, a déclaré que l’interdiction nationale d’exportation serait « une étape importante ». Toutefois, il a précisé qu’une « interdiction à l’échelle européenne serait encore mieux ».
Les organisations de la société civile demandent depuis longtemps à l’UE de donner suite à l’engagement pris dans le cadre de la stratégie sur les produits chimiques en adoptant une législation contraignante afin d’empêcher les entreprises européennes de produire et de vendre des pesticides à des pays tiers dont la législation en matière de santé humaine et de protection de l’environnement est moins stricte.
Elles ont également fait valoir que des traces des substances nocives utilisées dans des pays tiers peuvent être trouvées dans les produits importés dans l’UE en provenance de ces pays.
De son côté, l’industrie phytosanitaire a soutenu que les pesticides ne sont pas automatiquement plus nocifs parce qu’ils sont interdits dans l’Union, et qu’ils peuvent être importants ailleurs.