Le Green Brief : le retour des gaz fluorés

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Depuis le mois de mars de l’année dernière, les gaz fluorés suscitent une nouvelle frénésie de lobbying. Mais de quoi s’agit-il et en quoi cela est-il important pour le climat  ?

L’histoire des gaz fluorés commence en 1987. À l’époque, l’humanité s’unie pour faire face à une menace très immédiate : l’appauvrissement rapide de la couche d’ozone, causé en partie par les chlorofluorocarbones (CFC) et les hydrochlorofluorocarbones (HCFC), largement utilisés dans la réfrigération. Un traité radical, le protocole de Montréal, les interdits.

Dès lors, ils sont progressivement remplacés par des hydrofluorocarbures (HFC). Les fabricants de réfrigérateurs et de climatiseurs furent soulagés, disposant d’un nouveau fluide caloporteur qui n’appauvrit pas la couche d’ozone.

Néanmoins, un tout autre dilemme se pose aujourd’hui, car le pouvoir de réchauffement climatique des HFC est, pour certain d’entres eux, 24 000 fois plus important que pour le dioxyde de carbone (CO2).

Dans les années 2000, l’UE a donc commencé à adopter des lois visant à les éliminer progressivement. En parallèle, les règles internationales ont été maintes fois révisées, jusqu’à l’amendement de Kigali au protocole de Montréal entré en vigueur en 2019 et ayant comme objectif de réduire drastiquement le recours aux HFC.

Le combat est plus que noble : les gaz fluorés sont responsables d’environ 2,5 % des émissions totales d’équivalent CO2 de l’UE.

Jusqu’en mars 2022, les institutions européennes ont donc bataillés pour réorganiser le règlement européen en la matière, avant que les lobbyistes tirent la sonnette d’alarme : les velléités européennes iraient trop loin. 

Pour compliquer encore les débats, une nouvelle technologie dépendant des gaz fluorés est apparue : la pompe à chaleur, petite révolution dans le monde énergétique, car pour chaque unité d’énergie consommée, elle génère trois unités de chaleur en concentrant l’énergie thermique ambiante.

Une prouesse en partie possible grâce au pouvoir caloporteur des HFC.

De plus, les pompes à chaleurs sont dorénavant essentielles au chauffage écologique, car elles aident à réduire la dépendance de l’UE à l’égard des importations de gaz russe.

Mais le lobbying à ses limites, et la Commission européenne a proposé une trajectoire de réduction progressive sévère des gaz fluorés : en 2024-2026, la quantité de gaz fluorés sur le marché de l’UE devrait représenter 23,5 % de leur volume de 2015, avant de chuter brusquement à 10 % pour la période 2027-2029, selon la proposition.

Alors que les législateurs affirment qu’il existe des alternatives écologiques, les groupes de pression de l’industrie rétorquent que l’UE « risque de compromettre ses propres objectifs en matière de climat et de sécurité énergétique » en mettant en péril le déploiement des pompes à chaleur.

Les instances industrielles estiment que l’impact des gaz fluorés sur le climat est négligeable face à la réduction considérable des émissions offerte par la technologie du chauffage écologique. Et cet argument est valable.

L’analyse de l’Agence internationale de l’énergie (IEA) montre en effet que la différence en termes d’économies de CO2 entre le chauffage à base de combustibles fossiles et les pompes à chaleur est frappante, même lorsque ces dernières fonctionnent aux gaz fluorés.

Mais les gaz fluorés ne se limitent pas à la réfrigération ou au chauffage . Ils sont également omniprésents dans l’équipement électrique. Peu de fabricants peuvent produire des appareillages de commutation, à savoir des équipements de régulation des systèmes électriques, sans gaz fluorés. Dès lors, le lobbying du secteur s’est aussi mis en branle, tout comme le secteur médical, car les gaz fluorés jouent un rôle clé dans les anesthésies.

Il n’est donc pas surprenant que le Parlement européen et les 27 États membres de l’UE souhaitent modifier la trajectoire à court terme proposée par Bruxelles, que beaucoup considèrent comme trop ambitieuse.

Les eurodéputés de la commission de l’Environnement du Parlement veulent réduire le volume des gaz à effet de serre fluorés à 12 % de leur niveau de 2015 au cours de la période 2027-2027, soit une augmentation d’un cinquième par rapport à la proposition initiale de la Commission européenne. Cette position doit encore être formellement adoptée par l’ensemble de l’hémicycle.

Les États membres s’alignent : 24,2 % de 2024 à 2026, puis 12,2% de 2027 à 2029.

Pour les lobbyistes des pompes à chaleurs, ce n’est toutefois pas suffisant. De l’autre côté du spectre, nombre d’observateurs arguent que le retour de l’industrie en Europe mettrait, de toute les façons, un coup d’arrêt aux gaz fluorés, produit en très grande partie en Chine, tout comme une grande partie des pompes à chaleur.

« De nombreuses entreprises européennes sont déjà à l’avant-garde [de l’abandon des gaz à effet de serre fluorés] et en bénéficieront », a déclaré Bas Eickhout, eurodéputé écologiste néerlandais et négociateur en chef sur le règlement relatif aux gaz fluorés pour la deuxième fois consécutive.

Sur ce point, le PPE (centre droit) devrait soutenir M. Eickhout.

« Des entreprises allemandes comme Viessmann ou Siemens Energy proposent déjà des alternatives sans gaz fluorés pour les pompes à chaleur et l’appareillage électrique », a déclaré en ce sens le député allemand Peter Liese, qui représente le PPE au sein de la commission de l’Environnement du Parlement.

Dès lors, il y a des raisons de croire que le règlement sur les gaz fluorés aura un rôle à jouer, alors que l’UE s’efforce de définir sa propre approche en matière de politique industrielle.

La question clé est maintenant de savoir si elle veut fermer la porte aux importations de pompes à chaleur fonctionnant aux gaz fluorés ou non. Cela pourrait grandement décider du rythme de l’abandon des combustibles fossiles au profit du chauffage électrique, soit dit en passant.

– Nikolaus J. Kurmayer

Les principales actualités de la semaine

Pour approfondir

L’actualité en bref

La capacité de production d’électricité à base de charbon diminue dans le monde entier en 2022, sauf en Chine. Selon la nouvelle étude annuelle du Global Energy Monitor, le nombre de centrales électriques au charbon en activité et en projet a diminué dans les pays développés et en développement — à l’exception de la Chine — en 2022, avec la mise hors service de centrales existantes et l’annulation de centrales en projet.

L’étude, publiée le 6 avril, révèle que la capacité de production d’électricité à partir du charbon a été réduite de 26 gigawatts (GW) en 2022, et qu’une réduction supplémentaire de 25 GW a été annoncée à l’horizon 2030. La capacité de production d’électricité au charbon prévue dans les pays en développement a diminué de 23 GW, à l’exception de la capacité prévue en Chine qui l’a augmentée de 126 GW.

Dans l’Union européenne, après un record de 14,6 GW de capacité au charbon en 2021, la crise énergétique et la guerre en Ukraine ont entraîné un ralentissement des mises hors service de centrales au charbon, avec seulement 2,2 GW mis hors service en 2022.

Pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, toutes les centrales au charbon existantes doivent être mises hors service d’ici 2030 dans les pays les plus riches, et d’ici 2040 dans le monde entier. Toutefois, pour y parvenir, le rythme des mises hors service doit être multiplié par 4,5 et la construction de nouvelles centrales au charbon doit cesser, selon le rapport.

« La nécessité d’arrêter immédiatement la construction de centrales au charbon n’a jamais été aussi évidente qu’aujourd’hui. La plupart des nations du monde l’ont compris et ont cessé de planifier de nouveaux projets liés au charbon, et pour la toute première fois, l’Amérique du Nord et l’Union européenne n’ont aucun plan de production d’électricité à partir du charbon encore sur la table », a déclaré Oyku Senlen, chercheuse principale à E3G.

« Le nouvel essor du charbon en Chine l’entraîne sur une voie différente, mettant en péril sa propre économie et le climat mondial, mais heureusement, il n’est pas trop tard pour que la Chine rectifie le tir et suive la tendance mondiale à l’abandon des nouvelles centrales au charbon », a-t-elle ajouté. Consultez le rapport complet ici.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)

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1 000 milliards de dollars sont nécessaires d’ici 2030 pour protéger la biodiversité. Le cadre mondial pour la biodiversité, adopté en décembre dernier lors de la COP15, pourrait contribuer de manière significative à enrayer et à inverser la perte de biodiversité, mais un financement important sera nécessaire pour atteindre les objectifs fixés, selon une nouvelle étude réalisée par BloombergNEF.

Les financements consacrés à la protection et à la restauration des ressources naturelles de la planète s’élèvent actuellement à 166 milliards de dollars par an, mais devront atteindre près de 1 000 milliards de dollars d’ici 2030 « pour gérer durablement la biodiversité et maintenir l’intégrité des écosystèmes », selon l’étude.

Pour y parvenir, les gouvernements, les entreprises et les institutions financières doivent intégrer la biodiversité dans leurs évaluations des risques et leurs processus de planification, indique le rapport. Bien que le secteur privé puisse prendre l’initiative dans ce domaine, une réglementation pourrait également s’avérer nécessaire.

Si la sauvegarde de la biodiversité de la Terre nécessite une intensification des efforts financiers, elle sera néanmoins moins coûteuse que le « coût de l’inaction ». En effet, la détérioration de processus naturels tels que la pollinisation sauvage et de ressources telles que les pêcheries marines pourrait entraîner une baisse du PIB mondial de 2 700 milliards de dollars par an par rapport aux niveaux prévus d’ici 2030, a constaté BloombergNEF.

« L’accord de 2022 sur la biodiversité ne vaudra pas le papier sur lequel il est écrit, à moins que les gouvernements, les institutions financières et les entreprises n’accélèrent le financement et n’intègrent la nature dans leurs plans et leurs politiques », a déclaré Victoria Cuming, responsable de la politique mondiale chez BloombergNEF et autrice principale du rapport. Consultez le rapport complet sur le financement de la biodiversité ici.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)

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L’UE lance une consultation publique sur les nouveaux critères de la « taxonomie verte ». La Commission européenne a lancé une période de consultation de quatre semaines — ouverte jusqu’au 3 mai — sur une nouvelle série de critères de taxonomie de l’UE pour les activités économiques apportant une contribution substantielle aux objectifs environnementaux suivants : utilisation durable et protection des ressources hydriques et marines, transition vers une économie circulaire, prévention et contrôle de la pollution et protection et restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

La Commission consulte également sur les propositions de modification de l’acte délégué relatif à la taxonomie climatique, qui couvre les objectifs environnementaux d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, et sur l’acte délégué relatif à la taxonomie des informations à fournir.

En outre, afin d’aider les utilisateurs à mieux comprendre la taxonomie de l’UE, la Commission a mis à jour son EU Taxonomy Navigator, qui fournit une série d’outils en ligne pour aider les entreprises à remplir leurs obligations en matière d’information.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)

Agenda

AVRIL

  • 18 et 19 AVRIL. Réunion informelle des ministres de l’Environnement.

MAI

  • 17 MAI. Mesures visant à réduire les rejets de microplastiques dans l’environnement.

JUIN

  • JUIN. Vote en plénière du Parlement européen sur la loi européenne sur la restauration de la nature.
  • 6-7 JUIN. Semaine verte de l’UE.
  • 19 JUIN. Conseil « Énergie ».
  • 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
  • 21 JUIN. Paquet pour un fret plus vert.
  • 29 et 30 JUIN. Conseil européen.
  • 30 JUIN. Date limite pour la mise à jour par les États membres européens de leurs plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) révisés

DEUXIÈME SEMESTRE 2023

  • Q4. Révision du règlement Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques (règlement REACH).
  • 26 et 27 OCTOBRE. Conseil européen.
  • 30 NOVEMBRE—12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), Dubaï.
  • 14 et 15 DÉCEMBRE. Conseil européen.